Historien grec du 11e siècle
L'HOMICIDE A l.A GUERRE. B48
servaient à ouvrir les lignes ennemies, « comme La proue fend l'eau de la mer ».
« Les jours de bataille, on donnait aux éléphants des boissons enivrantes et des infusions propres à les stimuler : c'était, en Europe, du vin aromatisé ou mêlé avec de L'encens; en Orient, une Liqueur fermentée tirée du riz et de la canne a sucre, et où l'on taisait macérer de la myrrhe; à Ceylan, on se servait d'opium. Qùinte-Curce t'ait probablement allusion A l'état d'ivresse des éléphants de Porns, lorsqu'il dit qu'ils avaient été rendus furieux à dessein. 11 résulte également de l'histoire des Macchabées, que déjà les Syriens et les Égyptiens usaient de préparations pour exciter ces animaux au combat. »
A l'époque de la guerre de Troie, la cavalerie était presque inconnue des Grecs et des peuples de l'Asie Mineure. Dans Homère il n'est question que de chars, montés ordinairement par des guerriers dont l'un tenait les rênes, les autres mettant pied à terre pour combattre corps à corps.
Du temps d'Alexandre, les chariots de guerre étaient en grande faveur dans l'Inde, au dire de Quinte-Curce. Les Carthaginois s'en servaient d'ordinaire dans leurs expéditions : lorsque Agathocle porta la guerre en Afrique, l'armée qu'ils lui opposèrent comptait 2,000 chars armés.
Quant aux Romains, dit Yégèce1, ils se défendaient de la manière suivante contre les chariots garnis de faux : au moment du combat, ils semaient sur le champ de bataille des chausse-trapes aux pointes acérées, sur lesquelles les chevaux des chariots, venant à toute bride, ne pouvaient manquer de s'estropier2...
Par la correspondance de Voltaire, on sait qu'il essaya de faire adopter un chariot de guerre de son invention. Le 18 juin 175V il écrivit au duc de Richelieu la lettre suivante : « Donnez-vous le plaisir, je vous en prie, de vous faire rendre compte par Florian de la machine dont je lui ai confié le dessin. Il l'a exécutée; il est convaincu qu'avec six cents hommes et six cents chevaux on
'.vain latin, auteur d'un traité de l'art militaire (IVe siècle). ■2. La chausse-trape, composée de quatre pointes, en présentait toujours une, de quelque façon qu'elle tombât.
détruirait en plaine une armée de dix mille hommes. Je lui dis mon secret au voyage qu'il fit aux Délices, Tannée passée. Il en parla à M. d'Argenson, qui fit sur-le-champ exécuter le modèle. Si cette invention est utile, comme je le crois, à qui peut-on mieux la confier qu'à vous? Il nous faut un homme de génie, et le voilà tout trouvé! Je sais très bien que ce n'est pas à moi de me mêler de la manière la plus commode de tuer les hommes. Je me confesse ridicule ; mais enfin si un moine, avec du charbon, du soufre et du salpêtre, a changé l'art de la guerre dans tout ce vilain globe, pourquoi un barbouilleur de papier comme moi ne pourrait-il pas rendre quelque petit service incognito? Je m'imagine que Florian vous a déjà communiqué cette nouvelle cuisine. J'en ai parlé à un excellent officier qui se meurt, et qui ne sera pas par conséquent à portée d'en faire usage. Il ne doute pas du succès; il dit qu'il n'y a que cinquante canons, tirés bien juste, qui puissent empêcher l'effet de ma petite drôlerie. Essayez, pour voir, seulement deux de ces machines contre un bataillon ou un escadron. J'engage ma vie qu'ils ne tiendront pas. »
Bien que Voltaire garantît « sur sa vie » le succès de sa machine de mort, il redoutait néanmoins que les hommes compétents ne la jugeassent tout différemment; aussi écrivit-il le 18 juillet suivant à Mme Fontaine : « Jamais aucun général n'osera s'en servir, de peur du ridicule en cas de mauvais succès, Il faudrait un homme absolu , qui ne craignit point le ridicule , qui fut un peu machiniste, et qui aimât l'histoire ancienne. »
Le philosophe ne renonça pas sans un vif regret à trouver un chef d'armée disposé à utiliser « sa petite drôlerie ».
Suivant les auteurs byzantins, c'est en 673, sous Constantin IV, lors du siège de Gonstantinople par les Arabes, que Callinicus, architecte d'Héliopolis, porta aux Grecs le feu grégeois. « Grâce à cette invention, ajoutent les mômes historiens, la flotte arabe fut incendiée et détruite à Cyzique. »
Tel est le récit succinct de l'origine et du premier emploi de ce feu.
Cette découverte, qu'au lieu d'appeler simplement feu grec,
jtous appelons encore aujourd'hui, comme Joinville « feu grégeois1 . a reçu «les écrivains byzantins différents noms dont voici Les principaux : feu maritime , à cause de son emploi sur mer; feu liquide dénomination la pins employée); feu mède, ou d'artifice, feu énergique, etc.
Les empereurs grecs comprirent vite toute L'importance de ce produit, et sa préparation fut solennellement mise au rang des secrets d'État par Constantin Porphyrogénète. Ce prince, dans son « Traité de l'administration de l'empire », voua à la malédiction du ciel et des hommes quiconque oserait la communiquer aux étrangers. Ses successeurs se soumirent fidèlement à ses injonctions. Le secret fut scrupuleusement gardé, même lorsque les rois de l'Occident obtinrent des empereurs le concours des navires grecs munis dudit feu.
Voilà pourquoi la question de sa composition exacte reste toujours un problème : cependant en se rappelant que le mot feu liquide était l'appellation usuelle, on s'est demandé s'il ne s'agissait point simplement d'une sorte de pétrole, car le feu grégeois passait pour brûler même sur l'eau. Il était lancé « au moyen de tubes d'airain, et au milieu de la fumée, embrasait les vaisseaux. » L'emploi de ce feu était facile, puisqu'un seul homme y suffisait.
Ordinairement il n'y avait qu'un seul tube à bord de chaque navire; mais dans la suite on en établit plusieurs, ainsi que le montre la relation suivante d'une bataille navale livrée par Alexis Comnène aux Pisans. « L'empereur, dit Anne Gomnène, sachant combien les ennemis étaient habiles dans les combats sur mer, plaça sur la proue de chaque navire des têtes d'animaux sauvages avec la gueule béante , et les fit dorer, afin de rendre leur aspect encore plus terrible; il ordonna ensuite de préparer le feu qui. au moyen de ressorts, devait être lancé à travers lesdites gueules, afin qu'il parût vomi par les lions et les autres animaux. Ce stratagème réussit, car les barbares furent épouvantés. »
Une opinion assez répandue est que Yignis volatilis, ou f(;u fusé, n'était pas précisément un liquide, mais un composé de salpêtre,