‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 195 sur 323 · M. Guizot · texte numérisé non relu

M. Guizot

2. Ost. service de guerre, de hostis. (Établiss. de saint Louis.)

L'HOMICIDE a LA GUERRE. B57

Supposons la guerre déclarée : Le roi appelle aux armes les s gne ira Ceux-ci de leur côté s'entourent (h* leurs vassaux qui combattent en seconde Ligne1. Les nobles cavaliers représentent la grande force militaire. Sans doute L'infanterie est robuste et vaillante; mais personne en quelque sorte n'en prend souci, car il e>t incontestable que le fantassin était bien impuissant contre la grosse cavalerie toute bardée de fer.

Les cavaliers formés en groupes, portant bannière, constituèrent L'unité d'usage, en sorte que l'on en vint à compter L'effectif des cavaliers « par bannière ». Chacune correspondait à <( cinq /an <rs fournies », et une lance fournie se composait d'un chevalier et de quatre hommes de suite.

Quant à L'illustre corporation connue sous le nom de Chevalerie, des œuvres magistrales l'ont si bien mise en lumière, qu'il serait téméraire de chercher à les compléter.

De tout temps la poésie s'est plu h chanter les belles actions des guerriers, et leurs brillantes entreprises. La Chevalerie, aux mœurs aventureuses, se prêtait à merveille à cette glorification; aussi servit-elle de thème favori, thème charmant, patriotique et inépuisable, qui a inspiré les trouvères2!

Voici l'un de ces chants que nous reproduisons en lui conservant sa forme exquise : « Quel est le gentil bachelier (bas che- « valier) né au milieu des armes, allaité dans un heaume, bercé « sur un bouclier, et nourri de chair de lion, s'endormant au < bruit du tonnerre...? — Il a le visage du dragon, les yeux du « léopard et l'impétuosité du tigre. — Dans le combat, voilà qu'il « s'enivre de fureur et découvre son ennemi au travers des tour- « billons de poussière : tel le faucon voit sa proie à travers les « nuages. — Rapide comme la foudre, de son coursier il ren- « verse le paladin, et son poing ainsi qu'une massue, peut les écraser l'un et l'autre. — Pour mettre fin à une grande aventure, il ne craindra pas de franchir les mers d'Angleterre, ou

1. Les souverains, en cas de guerre, louaient des mercenaires appelés toudoyerg, que remplacèrent les francs-archers ou troupes permanentes à la charge des paroisses.

2. Les trouvères, poètes du Nord, se livraient de préférence à la poésie épique et chevaleresque. Par troubadour, est-il besoin de le rappeler, on désigne spécialement les potftes provençaux du moyeu âge, qui allaient de château en château dans le midi de la France, chanter sonnets, pastorales - a de gaie science ».

<( les cimes du Jura. — Dans la bataille, on fuit devant lui comme « la paille légère devant la tempête. — Aux joutes, ni fer ni place tine (plaques), ni lance, ni bouclier ne peut résister à ses coups, a — Les glaives brisés, l'haleine des chevaux fumants, les piu ques, les hauberts fracassés : voilà les spectacles et les fêtes « chères à son noble coeur! — Il aime à parcourir les monts « et les vallées pour attaquer les ours, les sangliers et les « cerfs. Pendant son sommeil, son casque est son oreiller ».

Diverses Ordonnances de 1314, 1338, etc.. indiquent que les nobles seuls étaient sujets au ban l, c'est-à-dire à l'appel direct du roi ; toutes les autres personnes en état de porter les armes étaient comprises dans Y arrière-ban. Pour que les sujets fussent forcés de se rendre à l'armée, il fallait que l'arrière-ban fût l'objet d'une convocation générale, par exemple, en cas de péril imminent et public.

Déjà sous le roi Jean (30 avril 1351) une solde- était assurée aux gens de guerre, pour vivre ; mais ce ne fut que sous Charles VII que la force armée se constitua véritablement d'une manière permanente et durable, grâce aux Ordonnances de 1439 et 1446 : désormais la guerre devient l'affaire du roi, et il est interdit aux barons de rien prélever au delà de leurs droits seigneuriaux sous prétexte d'entreprises belliqueuses.

Une différence profonde entre les guerres anciennes et les guerres modernes, consiste en ceci : jadis pour s'assurer la victoire tout était permis, tout semblait licite pour ainsi dire ; aujourd'hui l'emploi de la force contre les ennemis est limité par certaines restrictions résultant, soit d'usages, soit de conventions internationales. « Les nations civilisées doivent, selon l'expression de Talleyrand, dans la paix, faire le plus de bien, et dans la guerre, le moins de mal possible3. »

En tout temps, quand il s'est agi d'un combat privé, d'un duel,

1. Ban, proclamation. La banlieue était la circonscription féodale où l'appel était fait à son de trompe, par le seigneur à ses vassaux.

2. De nos jours, un soldat, solde comprise, coûte à son pays une somme proportionnelle aux nombres suivants : en France, 43 ; en Allemagne, 43 ; en Russie, 37 ; en Autriche, 34 ; en Italie, 33 ; en Angleterre, 86 ; aux Etats-Unis, 440.

Page 1