‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 196 sur 323 · Lettre à Napoléon, 20 nov. 180G · texte numérisé non relu

Lettre à Napoléon, 20 nov. 180G

L'HOMICIDE A l.\ GUERRE. 859

les deux adversaires ont Lutté â armes égales; et l'on mesurait jadis les bâtons des vilains, comme de nos jouis on mesure les épées des duellistes misen présence. Eh bien, pour les luttes entre Dations, le droit international lâche aussi d'équilibrer les chances respectives dans la mesure la plus équitable. Or les moyens interdits comme barbares sont les cruautés et la perfidie.

L'emploi de certains procédés de destruction est également défendu, par exemple : la mitraille, le verre pilé, \es balles mâchées, les boulets à chaîne dans les guerres continentales, et les boulets rouges dans les guerres maritimes. Le pape Innocent III avait jadis pris l'initiative de décider les nations chrétiennes à renoncer aux projectiles et à se contenter de l'arme blanche; mais il échoua dans sa tentative.

Tandis que les peuples civilisés signent des pactes, pour déterminer les conditions auxquelles ils pourront se détruire « convenablement », se tuer selon les règles, les sauvages, eux^ avec leur logique primitive se disent qu'à la guerre, le droit étant réputé appartenir au plus fort, il serait absurde d'épargner ses adversaires au lieu de les anéantir par tous les moyens imaginables.

Aussi commencent-ils par empoisonner leurs armes pour qu'elles donnent plus sûrement la mort. Gomme le sol d'Amérique produit quantité d'essences mortelles, les Indiens du Nouveau Monde étaient passés maîtres dans l'art de préparer les poisons : on a essayé en Europe certains de ces dards trempés dans le suc du mancenillier; et après cent cinquante ans écoulés, leur vertu maligne n'était point épuisée encore.

Les Asiatiques, plusieurs siècles avant Alexandre, et les habitants du Latium avant la fondation de Rome, se lançaient déjà des traits envenimés. D'après Strabon, les habitants de la Colchide trempaient leurs flèches dans une infusion qui tuait infailliblement les personnes atteintes, et qui répandait une odeur si forte, qu'elle suffoquait ceux que le trait ne perçait point.

Les Scythes enduisaient les leurs de sanie de vipère, et Pline assure que pareilles blessures étaient incurables.

Les flèches qu'on nomme alênes de Macassar, sont si redoutables, que la plus petite écorchure faite par elles donne aussitôt

la mort dans d'horribles convulsions. En vain recourt-on à l'amputation; le venin s'empare si promptement du reste du corps, que l'opération demeure inutile.

Les Javans empoisonnent le fer de leurs poignards au moment de la trempe; et sur mille blessures, il n'y en a pas une qui ne soit fatale.

Aux îles Mariannes, les habitants garnissent leurs bâtons de certains os pointus préparés ; la moindre esquille de ces os produit une sorte d'empoisonnement, et l'on n'a point encore trouvé de remède contre un agent si subtil.

(( Nous nous demandions, écrit Stanley, .en quoi consistait le produit homicide, inoculé par les armes des Africains. Or, en revenant de Nyanza pour aller porter secours au major Barthelot, nous trouvâmes parmi les cabanes des paquets de fourmis rouges : nous apprîmes alors que les corps de ces insectes séchés et réduits en poudre, cuits ensuite dans de l'huile de palme, servaient à frotter la pointe des flèches1. »

Dans ses ardeurs martiales, l'Europe civilisée s'était approprié en partie l'idée des sauvages, si bien qu'encore au xvie siècle, on ne se faisait point scrupule d' « envenimer les dards ».

Lors de la conquête du Nouveau Monde , les Espagnols dressaient des chiens pour la guerre , et l'on sait avec quelle fureur ceux-ci mettaient en pièces les Américains.

Il paraît que cette inclination, ou bien plutôt cette éducation perverse a persisté chez les chiens du Pérou : encore aujourd'hui ils font preuve d'acharnement contre les Indiens; et d'un autre côté, assure- t-on, les chiens élevés parles Indiens ne détestent pas moins les Espagnols.

Faut-il admettre que le chien devine et partage les sentiments de son maître. . . ? Le simple dressage suffît à expliquer la direction donnée à l'instinct de l'animal. Par exemple, les individus qui se livrent à la contrebande, surtout sur les frontières belges, enferment dans une pièce le chien qu'ils veulent utiliser et qu'ils ont pris soin de museler d'abord. Alors, un individu déguisé en

1. Scottish Geographical Magazine. — Stanley raconte que c'est en enveloppant de feuilles fraîches le bout du dard que les sauvages évitent de s'empoisonner eux-mêmes par le contact de leurs terribles armes.

douanier ei armé d'un énorme bâton, pénètre dans la pièce et roue de coups la pauvre bête, qui de ce jour, éprouve pour l'uniforme de drap vert une terreur effroyable; aussi quand 1 animal porteur de tabac de contrebande, entrevoit le douanier de service, fait-il merveille pour l'éviter.

Au \ix" siècle, la pensée d'écarter de la guerre les maux superflus a motivé, entre tous les États de l'Europe, la Convention de Saint-Pétersbourg1, aux termes de laquelle, dans un but d'humanité, les parties contractantes ont renoncé mutuellement à se servir de projectiles explosiblcs, ou d'un poids inférieur à 400 grammes.

On ne doit pas non plus faire usage de poison pour gâter l'eau des sources ou des rivières, ni répandre sur le territoire ennemi des substances dangereuses, susceptibles d'y développer des maladies contagieuses.

Si entre combattants, la ruse, les feintes, sont stratagèmes de « bonne guerre », la perfidie n'est point un moyen licite. Ainsi il serait déloyal de demander une suspension d'armes et de la rompre par surprise; de faire semblant de se rendre, pour ensuite fusiller de plus près les ennemis; de désigner comme hôpital un magasin à munitions, etc..

Y aurait-il ruse coupable à se servir des uniformes et des insignes de l'adversaire? Celui qui les revêt ou les arbore déclare par là même appartenir à tel ou tel parti : c'est un langage très intelligible auquel on doit reconnaître autant de valeur qu'à une parole ou à un signe écrit, semble-t-il. Toutefois il a été admis qu'un certain déguisement est acceptable, à condition qu'au moment décisif, au moment d'en venir aux mains, les belligérants montrent leurs vraies couleurs et se révèlent pour ce qu'ils sont.

Le droit maritime a même réglé par des démonstrations spéeiales l'emploi des stratagèmes, et fixé le moment où, à peine de perfidie, il doit cesser. Lorsque deux vaisseaux de guerre se rencontrent, celui qui désire connaître réellement la nationalité de l'autre, arbore ses couleurs et tire un coup de canon; et

1.11 décembre 1S08. V. aussi : Convent. de La Haye, 29 juillet 1891».

Fautre bâtiment doit répondre de même. Ce coup de canon ou coup cV assurance y est la parole d'honneur donnée par le commandant, que le pavillon qui flotte est bien celui de la nation à laquelle appartient le navire.

En cas de siège ou de bombardement, à moins que l'intention de résistance ne résulte des préparatifs de défense, il est prescrit de s'assurer au préalable des dispositions de la place, en la sommant de se rendre : on permet ainsi aux habitants inoflensifs de se soustraire aux horreurs de la guerre en se retirant.

Le bombardement de Paris en 1871, sans dénonciation préalable, motiva les réclamations de divers membres du corps diplomatique résidant dans la capitale. M. Kern, ministre de Suisse, se fit leur interprète dans une lettre qu'il adressa1 au chancelier allemand. Voici quelle fut la réponse de M. de Bismarck : « En réservant aux gouvernements de Votre Excellence et de Messieurs vos cosignataires l'initiative d'un examen plus approfondi de la question théorique, je me borne à maintenir que la dénonciation préalable d'un bombardement n'est point exigée, d'après les principes du droit des gens, ni reconnue comme obligatoire par les usages militaires. »

On remarquera que c'est justement parce que l'opinion des diplomates était pour Y avertissement, que leur doyen prenait l'initiative de la protestation : on vit en sffet un seul obus broyer quatre jeunes enfants et en atteindre cinq autres, en tombant sur une école de Vaugirard, ainsi que le relate le Moniteur Officiel du 10 janvier 1871.

En tout cas, à Rome comme en Crimée, nos officiers se firent, eux, un strict devoir de signifier à l'ennemi les bombardements projetés.

Parlons maintenant des blessés.

On lit dans Diodore de Sicile que les soldats égyptiens frappés à la guerre, étaient soignés par des médecins que salariait le trésor public 2.

Les Grecs, au siège de Troie, avaient aussi leurs médecins pour

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