‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 199 sur 323 · De Cyr. instit., I, et Socrat., II · texte numérisé non relu

De Cyr. instit., I, et Socrat., II

L'HOMICIDB A I.\ BUBBRB. 305

Philon le Juif1, et bien d'autres auteurs trouvent très Légitime L'emploi d'un faux discours à L'égard de ceux à < j u î on fait la guerre... D'après le droit des gens on ne saurait admettre le mensonge quand il se rattache à une affirmation par serment, ou à une promesse faite, fût-ce à un ennemi, car i'intérêl ne peut passer avant L'honneur, et une parole donnée au nom de la nation n'en es! que plus respectable et pins sacrée.

Diverses sectes religieuses, dont il existe encore des représentants . professent qu'il n'est jamais permis de donner la mort, fût-ce à la guerre!

Pareille croyance étant inconciliable, on le comprend, avec le service militaire, les Quakers envoyèrent en 1791 , à la barre de L'Assemblée Nationale2, une députation qui présenta la requête suivante :

« Vous avez, Messieurs, donné un grand exemple aux nations qui persécutent encore les opinions religieuses; et nous espérons qu'elles ne manqueront pas de suivre ces grands principes de justice, auxquels notre secte est restée inviolablement attachée depuis son origine. L'un de ces principes est celui qui nous interdit de tuer les hommes, sous aucun prétexte : les Quakers ont prouvé dans la Pensylvanie qu'on pourrait soutenir un grand établissement sans l'appareil militaire. Nous vous demandons de ne jamais souiller nos mains du sang d'aucun homme. Les Américains nous ont accordé cette dispense, et nous n'avons jamais cessé de leur être utiles. »

A leur tour, les Anabaptistes du département de la Meurthe vinrent aussi représenter à l'Assemblée Nationale3 que leurs convictions défendaient de verser le sang humain, même dans des guerres justes. Ils la conjurèrent au nom de la déclaration des Droits concernant la liberté des cultes, de les exempter de porter les armes, offrant d'ailleurs de servir leur patrie par tous les moyens pécuniaires.

1. De migrât. Abrah. — Philon est né à Alexandrie, vers l'an 20 av. J.-C.

2. Séance du 10 février 1701. Les Quakers ou trembleurs sont répandus en Angleterre et en Amérique.

3. Séance du 15 août 1793. Les anabaptistes, comme l'indique leur nom, prétendaient faire rebaptiser chaque chrétien après l'âge de sept ans.

Les Memnonitcs des États-Unis et de la Russie repoussent également, comme immoral, l'usage des armes; dans le canton de Neuchâtel, en Suisse, une de leurs églises persiste à résister. Les Memnonites de la Hollande et du sud de l'Allemagne se sont soumis au service militaire depuis le commencement de ce siècle ; mais d'ordinaire, ceux de Prusse sont placés comme infirmiers, pour ménager leurs scrupules de conscience.

Au xvie siècle, une secte d'Anabaptistes, les Bacillaires, gens à bdton1, professaient sur la guerre une opinion bizarre. Suivant eux c'est un crime de porter d'autres armes qu'un bâton; et il n'est jamais licite de repousser la force par la force, puisque, disent-ils, Jésus-Christ a défendu de se servir de l'épée, à peine de périr par elle... Les Baculaires oublient que les devoirs des citoyens diffèrent de ceux des simples particuliers, et que la Société a des droits supérieurs à ceux des individus. Le Dieu de paix étant en même temps le Dieu des batailles, l'usage du glaive est souvent aussi légitime que nécessaire. Au contraire, il est rare que l'emploi du bâton soit justifié : comme protestation c'est trop violent, et comme défense dans les combats, c'est très insuffisant.

La guerre est un phénomène si universel, qu'elle apparaît à toutes les dates de l'histoire avec la permanence d'un fait normal ; c'est comme une loi de nature, un mal inéluctable ! Et force est de reconnaître que , dans la pensée des peuples, il n'y a point de gloire qui soit supérieure à celle des armes : en réalité une nation prend rang dans la hiérarchie générale , en raison même de la supériorité dont elle fait preuve dans l'art militaire.

De plus, le prestige qui s'attache au courage et au mépris de la mort a séduit même des philosophes, qui ont vu dans le soldat un sacrificateur, chargé d'exécuter sur le champ de bataille la justice mystérieuse de Dieu sur l'humanité.

Frappé de cette remarque que la guerre est un fléau commun à toutes les époques, Joseph de Maistre a écrit à ce sujet d'éloquentes pages d'une exagération indéniable, où il divinise en quelque sorte ce mal odieux, au lieu de chercher à en inspirer une hor-

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