De baculus, bâton
L'HOMICIDE A LA GUEKWK. 3G7
reur profonde : « On ne doit pas s'étonner, écrit-il, que toutes « les nations de L'univers se soient accordées à voir dans ce fléau « quelque chose encore de plus particulièrement divin que clans « les autres; croyez que ce n'est pas sans une grande et profonde
raison, que le titre de Dieu des armées brille à toutes les pages m de rÉcriture... Le carnage permanent1 est prévu et ordonné • dans le grand tout. Mais cette loi s'arrêtera -t-ellc à l'homme? w Non sans doute! Cependant quel être exterminera celui qui
les extermine tous?... Lui! l'homme, est chargé d'égorger « l'homme. C'est la guerre qui accompagnera le décret. N'eni tendez-vous pas la terre qui crie et demande du sang-...? La
terre n'a pas crié en vain : la guerre s'allume. L'homme, saisi
tout à coup d'une fureur divine étrangère à la haine et à la « colère, s'avance sur le champ de bataille sans savoir ce qu'il
veut, ni même ce qu'il fait... Ainsi s'accomplit sans cesse, de- « puis le ciron jusqu'à l'homme, la grande loi de la destruction <( des êtres vivants. La terre entière, continuellement imbibée de « sang, n'est qu'un autel immense où tout ce qui vit doit être « immolé sans fin, sans mesure, sans relâche, jusqu'à la con- « sommation des choses, jusqu'à l'extinction du mal, jusqu'à la « mort de la mort. »
La page est d'une incontestable éloquence, mais l'apologie
n'en demeure pas moins regrettable Non! la guerre, plaie des
nations, n'est pas un don divin : c'est un mal qui mérite d'autant plus le nom de fléau qu'il fait plus de victimes. Dieu laisse à chacun de nous la faculté de faire le bien ou d'y résister, et de cette liberté vient notre noblesse : en faudrait-il donc conclure que nos erreurs sont « divines » parce qu'elles sont possibles?
De plus, l'auteur ne fait aucune distinction entre les antiques mœurs d'Israël « au cœur dur », et la loi de charité apportée par Celui qui est venu dire à l'humanité sanglante et troublée : « la Paix soit avec vous ».
D'un autre côté, Kmile de Chardin soutenant une thèse diamé-
1. Eh quoi! la concurrence vitale qui fait que les animaux s'entre-détruisent, est-elle en rien comparable à ces immolations colossales, où l'intelligence de l'homme faisant à toutes les ressources destructrices que la science peut fournir, couche sur le sol - de la nation?
traleraent contraire à celle de de Maistre, a cru pouvoir écrire cei te phrase : « La guerre, c'est le meurtre, c'est le vol, acclamés, « blasonnés, couronnés; oui, c'est le vol, c'est le meurtre, sous- « traits à l'échafaud par l'arc de triomphe ! »
A ces appréciations également excessives on peut opposer ce sage principe, qui concilie à la fois les préceptes de la saine morale et les règles impérieuses du droit : la guerre est juste, honorable et nécessaire quand elle se fonde sur la légitime défense : « La vie des États, dit avec raison Montesquieu, est comme celle des hommes : ceux-ci ont le droit de tuer dans le cas de défense naturelle; ceux-là ont aussi le droit de faire la guerre pour leur propre conservation1. »
Dans sa glorification poétique de la guerre J. de Maistre va jusqu'à écrire : « On dirait que le sang est l'engrais de cette plante qu'on appelle le Génie ».
Pour le docteur Lieber, la guerre est « un élément de civilisation » ; et de même pour M. Ortolan elle est un « moyen de propager les idées généreuses et le progrès ».
La guerre un moyen de civilisation et de progrès? Pas toujours certes... Mais à quel prix en tout cas!
On a calculé que depuis le commencement du xixe siècle jusqu'à 1870, ce fléau terrible avait déjà fauché dix millions d'hommes! Et puis, si la guerre développe la bravoure, ne suscite-t-elle pas en même temps la haine, la vengeance, les représailles, le goût du sang, et des instincts de pillage et de destruction?
Oui ! c'est beau un hymne de victoire ! mais si fortes que soient les voix qui le chantent, elles ne couvriront jamais les lamentations déchirantes des veuves et des orphelins, ni les cris de douleur des malheureux blessés, transpercés par des balles fratricides.