‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 203 sur 323 · Tite-Live · texte numérisé non relu

Tite-Live

SACRIFICES HUMAINS, ÉCHANGE Ob' SANG. 371

L'origine de ces combats semble remonter à L'antique usage du ceste1) sorte de boxe meurtrière qui faisait partie des fêtes populaires ei sacrées.

Empruntons quelques lignes à un auteur qui s'est spécialement occulte de ces questions. « Il n'était pas rare, dit M. C. Carpentier, de voir des personnages illustres, les mains couvertes d'énormes gants de cuir renforce de feuilles de plomb, descendre dans l'arène, s'attaquera coups de poings, se briser la mâchoire, s'enfoncer la poitrine et se fracasser les os, pour célébrer les funérailles des morts ou honorer leur mémoire. »

C'est ainsi que du temps de la guerre de Troie, Homère nous montre le sage Nestor se vantant d'avoir été vainqueur dans les luttes du ceste, et nous fait assister à un pugilat fameux entre Epéus et Euryale, lors de la mort de Patrocle.

C'est ainsi encore que Virgile nous dépeint Entelle et Darès, compagnons d'Énée, échangeant des coups de poing avec fureur, pour célébrer la mémoire d'Ânchise dont on venait de retrouver le tombeau.

Les combats de gladiateurs, proprement dits, étaient encore plus goûtés que ceux du ceste. Ils furent introduits à Rome par Marcus et Junius Brutus, en vue d'honorer les cendres de leur père; et ce spectacle, dit Tite-Live, fut accueilli dans la Ville « avec une faveur extrême ».

On commença d'abord par faire combattre quelques hommes pendant un seul jour, puis des douzaines et même des centaines d'individus durant plusieurs jours consécutifs. Ainsi, à l'occasion de la mort de Valérius Lavinus, on mit aux prises vingtcinq couples de combattants pendant quatre jours; ensuite trente- sept couples pour les funérailles de Tibérius Flaminius, et enfin soixante couples à celles de Licinius. A mesure que l'on avance dans l'histoire romaine, la passion des combats se montre de plus en plus ardente. On compta même parmi les morts des chevaliers, des fils de préteurs et jusqu'à des sénateurs. En prévision de la dédicace du Temple de Vénus, Jules César avait prescrit des luttes à pied, à cheval, et même a\. c des éléphants pour monture. Dans son testament, Auguste

1. On appelait aussi ceste, le gantelet même dont se servaient les athlètes.

se vanta d'avoir fait descendre dans l'arène environ dix mille gladiateurs.

Pour jouir du spectacle de tous les genres de guerre, on figurait aussi des combats de navires, les plus coûteux de tous. Dans ce but, on creusait de main d'homme de grands bassins pour amener l'eau du fleuve au milieu de vastes amphithéâtres, et sur ce lac artificiel, de véritables vaisseaux évoluaient, en cherchant à se faire sombrer ou à s'attaquer à l'abordage.

Quelques naumachies ou combats navals sont restées célèbres. Jules César fit aménager, à cet effet, sur les bords du Tibre un endroit spécial; il y vint un tel concours de curieux qu'on dut les loger sous d'immenses tentes, en plein air, en attendant la fête.

Le grand cirque et le Colisée étaient aussi disposés de façon à être inondés et transformés en naumachies. Sous le règne de Néron, dix-neuf mille combattants montèrent dans deux flottes hostiles, et manœuvrèrent l'une contre l'autre sur le lac Fucin1.

Lors de la dédicace de l'amphithéâtre et des bains qui portent son nom, Titus donna des spectacles nombreux et merveilleux. Beaucoup d'hommes, rapporte l'historien Dion Cassius, se firent gladiateurs, beaucoup luttèrent en troupe sur terre et sur mer; d'autres se battirent dans les bois de Caïus et Lucius. Il y eut de plus, le troisième jour, un combat naval entre trois mille hommes, et l'on eut, durant cent jours, des spectacles de ce genre sous les yeux.

Suétone et Tacite disent que l'on armait même des femmes (afin sans doute que leurs blessures et leurs cris procurassent des émotions plus vives aux spectateurs blasés).

L'altération du sens moral était si profonde, si générale, qu'il était de mode, chez les grands et les riches, de divertir ses amis par des combats, comme on donne aujourd'hui la comédie ou une séance musicale2. Demi couchés, à la manière antique, autour des tables, sur des lits incrustés d'argent ou d'écaillé, le front ceint de couronnes de fleurs, au milieu des molles

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