A un. Prop. de la F
dences royales du Dahomey...! Partout où l'on voit des ossements humains entassés, on peut dire avec assurance : Le roi habite là, ou s'il n'y réside point, il y vient. »
Au royaume du Béninx, dit M. Demays, les habitants n'ont rien à envier à leurs voisins du Dahomey, en ce qui concerne la sauvagerie des mœurs. Au milieu de la rivière, et près de l'embouchure, en face d'Abo, on montre au voyageur un rocher, auquel le roi sacrifiait tous les ans une jeune fille, qui était broyée sur la pierre même.
Les missionnaires ont obtenu, récemment, l'abolition de cette tradition abominable.
Il semble en vérité que le souverain mépris de la vie de leurs sujets soit la première vertu des chefs africains.
Un voyageur revenant d'Ibini, raconte qu'avant de pénétrer dans la capitale, il a dû traverser une large voie dénommée chemin des cadavres, à raison de sa destination habituelle. D'innombrables corps étaient échelonnés des deux côtés de la route : les visages contractés et grimaçants, crispés par les affres de l'agonie, les corps raidis ou contournés dans une douleur suprême, révélaient les tortures atroces qui avaient précédé la mort. Partout s'étalaient des fétiches, car les indigènes croient vivre dans une atmosphère de génies malfaisants. Ayant peur des démons et surtout des magiciens, ils se couvrent de talismans ou de grisgris de toutes sortes : ornements en griffes de panthère, cervelles de léopards, cendres produites par la calcination des os d'un Européen, etc..
Un peu plus loin, dans le même chemin, se profilaient sur le ciel trois cadavres de femmes qui avaient subi le supplice de la crucifixion. Les infortunées avaient les bras et les jambes liés à une sorte de chevalet formé de bâtons horizontaux, suspendus à deux troncs d'arbres encore verdoyants ; leurs corps étaient presque complètement écartelés : c'étaient trois offrandes destinées à réjouir les fétiches.
Les explorateurs du Congo ont signalé les Ba-Yanzi comme pratiquant des immolations, à la mort de leurs chefs.
1. Situé à l'extrémité orientale de la Guinée, J. des Voy., n° 809.
aUMAINS, ! l KANGE Dr SANG, S77
Le lieutenant Van Gèle, dit M. Pilgrim, commandanl de la station de l'Equateur, dut assistera rime de cesscènes qui inspirent autant de dégoût que d'indignation. Un chef important étant mort, les tribus voisines résolurent de massacrer des esclaves i dont les mânes devaient aller rejoindre Le défunt dans la région des Esprits ». Les parents du mort se procurèrent donc autant d'esclaves que leurs ressources leur permirent d'en acheter : on en recruta quatorze des deux sexes.
Chaque femme fut étranglée de la façon suivante : un indigène escalada un arbre et attacha au bout d'une grosse branche une corde, dont l'extrémité fut enroulée autour du cou de la négresse. La branche, une fois abandonnée à elle-même, reprit sa position normale en formant ressort naturel, enleva la malheureuse et la balança dans l'air en tout sens... A la vue des spasmes de la moribonde, une joie efïrénée éclata parmi les
Spectateurs.
Quant aux hommes, ils furent décapités un à un devant des groupes que l'attrait de ce sanglant spectacle avait attirés de plusieurs lieues à la ronde. La victime était assise sur une sorte de billot; ses genoux, ses chevilles et ses bras étaient serrés entre des poteaux assez semblables à de courtes échasses, plantés en terre de façon à empêcher le moindre mouvement. Un cercle de jonc, formant collier, était relié, par une sorte de mentonnière, à un gros nœud placé au-dessus de la tête, et une longue corde rattachait ce nœud à une perche de neuf mètres de long, installée à quelque distance du patient. Une fois la corde accrochée à L'extrémité de la perche flexible, le corps se redressait bon gré, malgré... Alors, l'exécuteur faisait son apparition armé d'un sabre à courte lame. Après avoir tracé sur le cou du patient une ligne circulaire avec de la craie, il s'éloignait de quelques pas, mesurait la distance et étendait deux fois son arme jusqu'à l'endroit où il voulait frapper; puis, d'un seul coup rapide, fauchait la tète qui, rebondissant, allait s'abattre au loin comme lancée par un javelot. On fit bouillir les tètes pour en détacher les chairs, et les crânes servirent d'ornement macabre aux piquets plantés autour de la tombe du chef.
Un missionnaire, le P. Allaire, donne le portrait d'un féticheur
bourreau : « Dans sa chevelure crépue sont plantées plus de deux cents plumes de couleurs diii'érentes. Ses yeux sont encadrés de larges traits blancs; sur son front et ses joues se dessinent des arabesques rouges contrastant avec le noir de sa peau ; ses bras et ses jambes nus sont décorés de grosses lignes jaunes et rouges. Pendant toute la durée des préparatifs et de l'exécution, il gesticule en répétant un chant de mort rythmé. »
Chez les nègres de la Guinée également les funérailles des chefs sont accompagnées d'une ivresse sanglante. « Nous nous rendîmes vers midi, raconte un témoin oculaire1, à la place du marché : les vautours volaient au-dessus de deux cadavres décapités, à peine refroidis. Plusieurs groupes, de cinquante à cent femmes, exécutaient une danse, dont les mouvements ressemblaient un peu à ceux des patineurs. D'autres femmes portaient sur leur tête les riches vêtements de la défunte, plies dans des vases d'un cuivre brillant. Ces femmes, dont l'aspect rappelait celui des Furies, avaient la figure, la poitrine et les bras barbouillés, les unes de sang véritable, les autres de terre rouge. La foule était immense ; le bruit des tambours, des cors et des armes à feu, les hurlements, les gémissements, les cris de toute sorte redoublaient l'impression d'horreur qui remplissait nos âmes. Le croirait-on? l'apathie se peignait plus souvent que le désespoir dans le regard des malheureux destinés à périr...
« Un vieux odumata (prêtre) , qui passait couché dans son hamac, nous recommanda de bien observer ce qui allait se passer. A l'instant on annonça l'arrivée du roi sur la place ; et la foule se précipita au-devant du cortège royal. Treize victimes, escortées d'exécuteurs vêtus de noir, étaient groupées à la gauche du roi. Tout à coup, une décharge de mousqueterie retentit près du roi, et fut répétée sur toute la ligne... Les bourreaux se disposèrent à remplir leur fonction. Nous fûmes frappés de l'air impassible avec lequel la première des victimes supporta la torture, lorsque la lame acérée d'un long couteau lui