‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 21 sur 323 · J. des voy · texte numérisé non relu

J. des voy

dentelles : puis la cérémonie commence. Chaque <> apôtre » avance

le pied droit ; le Pape le lave dans un vase de vermeil, l'essuie et le baise; pour chacun, le pontife prend une serviette neuve. Ces prêtres sont désignés à l'avance, et on les choisit de préférence

parmi les plus pauvres; chacun d'eux reçoit une médaille d'or, un bouquet de violettes et une petite somme d'argent. La journée se termine par la Cène, ou banquet qui se donne dans la galerie supérieure de la basilique. Les treize apôtres prennent place autour d'une table magnifiquement servie. Comme l'exige la tradition, le Pape verse lui-même à boire aux invités. »

Autrefois il était également d'usage à la cour de France, le Jeudi saint, de pratiquer le lavement des pieds, coutume qui fut abandonnée sous le premier Empire.

En 1 (> 1 3 . bonis XIII désigna pour le représenter dans ce touchant office Louis XIV, qui n'avait alors que quatre ans et demi. Il est vrai que lui-même avait exercé de bonne heure cette fonction : Henri IV avait voulu que, dès l'âge de six ans, Louis XIII commençât son apprentissage de roi; or ce jeune prince s'en était tiré assez mal, comme le prouve le curieux récit reproduit dans l'un des ouvrages de M. Franklin1 : « On lui demande d'abord, dit Héroard, médecin du roi, s'il veut bien laver les pieds aux pauvres. Il répond aussitôt: « Ho! que non! » Il n'y avait pas moyen de le persuader : « Non s'exclama-t-il, je ne veux point, ils ont des pieds puants! » Alors il est conduit par force, accompagné de MM. le prince de Gondé, prince de Conti et comte de S<.i-sons. Quand le jeune Louis approcha du premier pauvre, il reconnut son bassin, où l'on voulait verser l'eau pour le lavage. Cela le confirma en son humeur, et il ne put jamais être forcé pour se baisser, reculant et pleurant. Les aumôniers durent faire l'office devant lui. Au servir de la viande aux pauvres, il ne voulut jamais toucher à aucun plat qu'on lui présentoit, mais bien aux seules bourses d'argent qu'il donna fort gaîment. »

Cependant les petits indigents avaient été choisis parmi les plus ag i ••'■ailles, et lavés avec de l'eau parfumée. Ils étaient revêtus d'une longue robe de drap rouge descendant jusqu'à terre, comme celle des enfants de chœur.

1. Les Médecins. — Héroard était le premier médecin de Louis XIII.

Un précieux manuscrit1 donne les détails du cérémonial ordinairement observé : « Le Hoy, en arrivant à l'église, trouvait un Prélat en habit épiscopal qui l'exhortait à cette fête du Jeudi saint. Le sermon terminé, le Roy se plaçait en face du premierpauvre, se mettait à genoux devant luy, luy lavait les pieds et ainsi des autres... Le grand aumosnier mettait une bourse de cuir au col de l'enfant, lavé, où il y avait treize escus d'or dans chacune. Ce lavement achevé, on changeait de linge au roy, et l'on faisait rechausser les pauvres, pour les mettre à table, tous d'un rang, le grand aumosnier disant le Benedlcite. Lor, monsieur le Grand-maitre, précédé par les maistres d'hostelz ordinaires et premiers, faict prendre la viande par les princes et grands, et marchant devant eux, le baston hault, va présenter cette viande au roy, pour qu'il en serve les pauvres, gentiment. »

Louis XVIII lavait aussi les pieds à douze jeunes enfanls choisis parmi les fils de ses serviteurs. Un valet versait de l'eau contenue dans une aiguière et le roi « faisait le simulacre d'essuyer avec un linge de fine batiste ». Les douze petits élus étaient ensuite conduits dans une salle où une table était dressée; ils y prenaient place, et étaient servis par le roi et les officiers de sa maison.

Ce spectacle excitait une grande curiosité parmi les courtisans. On ne pouvait y assister qu'avec des billets spéciaux, et ce n'était qu'avec beaucoup de difficulté qu'on en obtenait.

Actuellement encore, selon l'ancienne coutume autrichienne, l'empereur lui-même lave les pieds à douze vieillards pauvres, le Jeudi saint, dans la salle des fêtes, à la Hofburg. Tous les membres de la famille impériale qui se trouvent en ce moment présents y assistent, ainsi que les ministres et les principaux fonctionnaires de l'État. Les vieillards, presque centenaires, s'asseyent à une longue table placée sur une estrade; et tandis qu'un prêtre verse l'eau sur les pieds nus, l'Empereur, à genoux, les essuie avec une serviette. A la fin, Sa Majesté suspend au cou de chaque « apôtre » une bourse en soie contenant trente pièces d'or. Un repas leur est ensuite servi. Puis les douze indi-

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