D'après M. Courdioux, missionnaire au Bénin
SACRIFICES HUMAINS, ÉCHANGE DT3 SANG. :i87
veuves indiennes sur Le bûcher de leur époux : il porte le nom <le sutty '.
Les brahmanes s'appliquent à suggérer aux femmes un dévouement absolu à leur mari, au point de leur persuader quelles ne doivent pas survivre à leur époux : du moins la coutume existait il y a peu de temps encore. « Celle, disent-ils, qui monte sur le bûcher s'égale à Aroundhenti, la femme de Vashisht, et mérite par là d'aller habiter le ciel, et d'y vivre pendant trois cotis et demi, ou 35 millions d'années, dans la compagnie de son mari (c'est-à-dire, d'après eux, autant qu'il y a de pores sur le corps humain). Un tel sacrifice purifie trois générations successives; et alors même que l'époux aurait commis les pires forfaits, fût-ce le meurtre d'un brahmane, il serait pardonné, « grâce à sa veuve'2 ».
Les sutties furent pratiquées dans tout l'Indoustan jusqu'en l'année 18*2 V d'une manière régulière. Citons quelques épisodes rétrospectifs.
En 1710, quand mourut le prince de Marava, âgé de plus de quatre-vingts ans, ses quarante-sept femmes se brûlèrent, avec la dépouille du prince3. On creusa à cet effet, hors de la ville, une grande fosse que l'on remplit de pièces de bois entre-croisées; on y plaça le corps du défunt, richement couvert, et l'on y mit le feu. Alors parut la troupe infortunée des femmes, ornées de pierreries et couronnées de fleurs. Elles tournèrent plusieurs fois autour du bûcher dont l'ardeur se faisait sentir de fort loin. La principale des femmes tenait l'épée du défunt , et s'adressant à l'héritier du trône : « Voilà, lui dit-elle, larme dont le Prince se servait pour triompher de ses ennemis : ne remployez jamais qu'à cet usage... Puisque le roi n'est plus, rien ne doit me retenir dans ce monde, et il ne me reste qu'à le suivre. » ... A ces mots, se tournant vers le bûcher, et invoquant ses dieux, elle s'élança au milieu des flammes.
La seconde était sœur du prince rajah, nommé Toudoman.