‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 213 sur 323 · Lett. du P. Martin · texte numérisé non relu

Lett. du P. Martin

Regardant d'un œil assuré, tantôt le bûcher, tantôt les assistants, elle dit à haute voix: : Chiva! Chival et se précipita dans le bûcher comme la première; les autres femmes la suivirent de près. Une d'elles, cependant, affolée de terreur, courut prier un soldat chrétien de la sauver. Celui-ci fut si troublé que, repoussant sans y penser la suppliante , il la fit tomber involontairement dans le brasier. Malgré l'intrépidité qu'elles avaient d'abord fait paraître, ces femmes ne sentirent pas plus tôt les atteintes cuisantes du feu que, faisant entendre des cris déchirants, elles s'efforcèrent de saisir le bord de la fosse. Le bourreau jeta alors sur leur tête quantité de pièces de bois, soit pour les accabler, soit pour augmenter l'embrasement, et bientôt on n'entendit plus un seul cri... Quand les corps furent consumés, les brahmanes s'approchèrent du bûcher encore fumant, et pratiquèrent des rites superstitieux.

Le lendemain, ils recueillirent les ossements calcinés mêlés aux cendres refroidies, et les ayant renfermés dans des toiles, les portèrent à Ramesuren, puis les jetèrent dans la mer. Près du bûcher on bâtit un temple, où l'on offrit chaque jour des sacrifices en l'honneur du Prince et de ses femmes, mises dès lors au rang des déesses.

Il était admis que les épouses indiennes se livraient aux flammes volontairement; en réalité, il n'était guère en leur pouvoir de s'en dispenser. La coutume enracinée, le point d'honneur, la crainte d'être vilipendées, leur faisaient comme un devoir de cette résignation. Si quelqu'une, dit le P. Martin, tâchait de se soustraire à cette mort inhumaine, ses parents mêmes intervenaient pour l'y forcer afin de conserver « la dignité de la famille ». Aussi lorsqu'on les voyait sur le point de faiblir, leur administrait-on un certain breuvage enivrant, appelé hang1, capable, par sa vertu stupéfiante, de bannir toute crainte de la mort. Dans ce pays, les femmes du peuple étaient, à cet égard, plus heureuses que les princesses et les épouses des grands, cette loi barbare ne les regardant point; et celles qui, par exception s'y assujettissaient, n'étaient guidées d'ordinaire

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