‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 216 sur 323 · SACRIFICES HUMAINS. ÉCHANGE DU SANG · texte numérisé non relu

SACRIFICES HUMAINS. ÉCHANGE DU SANG

de l'officier les sollicitations les |»lu> pressantes qui finirent par émouvoir toute la région. Voulanl tenter un dernier eilbrt pour la détourner de son projet fanatique, Sleeman se rendit près de cette femme. En vain épuisa-t-il tous les arguments que l'humanité pouvait lui suggérer : rien ne put ébranler la décision de L'Indienne1. « Il n'y a plus en moi, répondit-elle avec exaltation, qu'un peu de terre que je désire mêler aux cendres de mon mari, car mon i\mo m'a quittée. Le feu sera sans douleur pour mon corps: et si vous en doutez, faites approcher un brasier, et vous verrez que mon bras sera consumé sans qu'il sorte de ma bouche la plus légère plainte. »

Le colonel, voyant qu'il ne pouvait rien obtenir, céda; mais demanda au chef de la famille de s'engager, par écrit, à ne plus jamais permettre dans l'avenir la coutume de \nsnttie parmi les siens.

A peine la veuve eut-elle appris que l'autorité lui laisserait accomplir son vœu, qu'elle en manifesta une grande joie. Arrivée près de l'ardente fournaise, tout en mâchant une feuille de bétel, elle lança clans le feu les Heurs et le collier qu'elle portait, récita à voix basse une invocation, et vint se coucher au milieu des ilammes sans même laisser entendre un gémissement.

En terminant, signalons un usage intéressant, pratiqué à l'occasion de la signature des traités avec les chefs de certaines tribus africaines : nous voulons parler de Y échange du sang.

Un fonctionnaire au Congo français, M. Dunod, a raconté comment cet échange accompagne d'ordinaire les pactes d'amitié, conclus entre la France et les chefs sauvages qui acceptent notre protectorat.

« Le cérémonial qui accompagne la signature du traité et la remise du pavillon varie suivant la peuplade. En ce qui me concerne, dit M. Dunod, voici la manière dont les choses se sont passées, sur la rivière Djondo, affluent de droite de l'Oubanghi2 :

-pst/chol., oct. 1854. — Du suicid., p. de Boismont. 2. Conf. à la Soc. de Géogr. par M. Dunod.

(( A mon entrée dans le village, le Chef m'offre un siège ; il s'assied en face de moi, et l'on dispose devant nous sur le sol, une large feuille de bananier sur laquelle sont placés un morceau d'oerc rouge, du sel et une gousse cueillie sur un arbre fétiche : il ne reste plus qu'à procéder à l'échange du sang... Le personnage qui remplit les fonctions d'opérateur s'arme d'un couteau, racle la gousse fétiche, et en mélange la poudre au sel déposé sur la feuille de bananier. Pendant ce temps, mon bras droit est mis a nu jusqu'au-dessus de l'épaule, et le chef, avec le morceau d'ocre, y trace vivement une large raie rouge. L'opérateur me saisit F avant-bras , pince les chairs entre le pouce et l'index de la main gauche, et, avec son couteau, pratique une entaille sur la partie qui fait saillie entre ses doigts. Comme le sang coule, les visages s'épanouissent; s'il n'était pas sorti en quantité suffisante, on eût fait une nouvelle piqûre. A son tour, le Chef subit une incision semblable. Ce n'est pas tout! chacun des contractants boit le sang de son allié, après que la plaie a été saupoudrée de sel. Enfin, appliquant blessure contre blessure, on se frotte respectivement le bras, en prononçant le mot Zin, qui veut dire ami. »

M. Dunod, le long de la rivière Djondo, conclut ainsi des traités de protectorat avec seize peuplades différentes; et pour chacun il lui fallut faire l'échange du sang avec les chefs, au grand préjudice de son bras autant de fois tailladé, et fortement enflé.

Relatant un épisode de son voyage au Congo1, le jeune duc d'Uzès écrivait : « Le chef du village voulait faire échange de sang avec nous; mais mon compagnon Julien s'est contenté de se frotter vigoureusement le bras contre celui du chef. Cet incident m'amène à parler de cet échange, très en honneur chez les populations oubanghiennes. Si deux personnes veulent s'unir par les liens d'une amitié éternelle, elles se placent côte à côte : un féticheur, à la fois prêtre, médecin et chirurgien, s'avance au milieu de la foule assemblée, et fait une petite incision, avec un canif, à l'avant-bras de chaque contractant. Tous deux mettent alors en présence les lèvres de leurs plaies, de façon que

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