‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 220 sur 323 · J. des voy., n · texte numérisé non relu

J. des voy., n

démontré, nous venons de Le voir, que même dans le Haut-Congo, cette région d'une beauté souveraine comme la jugeait Livingstone, habitaient les Ma-Nyema, les « mangeurs d'hommes » les

plus redoutés de tous.

Des eas de disette exceptionnelle ont donné lieu plus d'une fois, en Europe, à des scènes de vraie sauvagerie : ainsi lors du mémorable siège de Paris par Henri IV, en 1590, les lansquenets affamés organisaient à la tombée de la nuit la chasse aux enfants dans la capitale en détresse; et, saisissant ceux qu'ils pouvaient découvrir dans les endroits isolés, les tuaient sans pitié pour « en festoyer », à défaut d'autre nourriture quelconque.

Il y a quelques années, des matelots anglais perdus en plein océan sur une barque fragile, et après avoir enduré pendant trois jours une faim affreuse, eurent le triste courage de tuer un jeune mousse, leur petit compagnon, et de se nourrir de sa chair crue et pantelante! Traduits devant les tribunaux anglais pour ce meurtre inouï, ils finirent par être acquittés à raison des tortures délirantes qui les avaient menés à un état d'hébétude, capable d'atténuer sensiblement l'odieux de leur conduite.

Puisque l'anthropophagie (considérée, non plus comme épisode accidentel, mais comme coutume), ne résulte point nécessairement du besoin d'assouvir la faim, quelle en est donc la cause première et déterminante?

Un fait très significatif est que cette passion se rencontre surtout dans les peuplades belliqueuses : pour elles, le cannibalisme est la conséquence de leur animosité et de leur ivresse guerrière.

Attaquer son ennemi, s'en emparer, le frapper et le mettre à mort au lieu de le garder ; puis, non seulement immoler le vaincu, mais le dévorer pour assouvir une haine implacable, semble au sauvage une progression de vengeance, aussi opportune que naturelle : car pour lui, pousser la violence jusqu'aux dernières limites des représailles est une gloire, et comme un devoir envers ceux de sa tribu, dont la renommée terrible est la meilleure sauvegarde contre les entreprises de voisins, toujours prêts pour l'agression, toujours armés pour la rapine.

M. Toussenel, lui, a soutenu cette thèse originale que les peu-

pics anthropophages sont ceux qui sont prives du plus précieux des animaux domestiques, le chien, parce que le lait et la chair des troupeaux préservent les peuples pasteurs des conseils criminels de la faim. « Oui, dit-il :pas de chiens, pas de troupeaux! donc, l'anthropophagie est incompatihle avec la possession du chien. Vous ne rencontrez pas ce goût dépravé chez le Chaldéen, l'Égyptien, l'Arabe, le Mongol, le Tartare, c'est-à-dire chez les peuples à qui le chien a fait don du troupeau, et qui ont cessé d'être réduits à demander toute leur subsistance à lâchasse. Vous voyez au contraire déployer des fureurs sanguinaires chez les peuples privés de cet animal : chez les indigènes de l'Amérique, dans les îles de Bornéo, des Célèbes, de Timor, etc.. La preuve que c'est bien l'absence du chien qui a livré les populations de l'Amérique à l'anthropophagie, c'est que, poursuit l'auteur, l'horrible coutume n'a jamais envahi la hutte des Esquimaux, qui habitent la contrée la plus septentrionale du nouveau continent. Je ne vois qu'une raison pour expliquer l'anomalie que présente la comparaison des mœurs de l'Esquimau avec celles du Caraïbe : l'Esquimau a joui de la présence du chien de temps immémorial; Je Caraïbe, au contraire, n'a pas eu l'avantage de le connaître. »

De tous les faits tragiques dont les terres sauvages ont été témoins récemment, il n'en est peut-être pas de plus saisissants que ceux qui se rattachent à la mission de M. Hodister, agent commercial de Belgique.

Citons deux épisodes : « Une nuit, deux des compagnons de la mission , M. Noblesse et le lieutenant Mikils, furent forcés par la faim de s'aventurer près d'un village pour y cueillir des bananes : M. Noblesse fut pris, tué et décapité aussitôt. Puis vint le tour du lieutenant Mikils : on le traîna à Biba-Riba où on lui infligea les plus atroces souffrances. Après lui avoir coupé le nez, la langue et les oreilles, on le contraignit à assister à un festin, dans lequel le corps de son malheureux compagnon fut dévoré ; ensuite on le décapita à son tour. Quelques jours plus tard, M. Hodister accourait avec sa faible escorte, ignorant le sort de Mikils, et ne prévoyant certes pas celui qui l'attendait. Ses hautes qualités l'avaient fait choisir pour la mission pacifique dont il était chargé, et

qui consistait à échelonner, le long du fleuve, des postes commerciaux : il s'en était jusqu'alors heureuseinenl acquitté. Il débarqua donc sans défiance; mais bientôt lui et les siens turent entourés, désarmés, et les indigènes se partagèrent les membres des infortunes soldats de son escorte. Quant à lui, il subit un supplice encore plus barbare que celui intime à Mikils : on lui coupa les avant-bras, et devant lui on les mangea, puis on lui trancha le cou. Seul, son boy survécut à ce massacre dont il fit le récit à son retour.

Il y a peu de temps, une relation canadienne publiait les détails d'un drame qui se serait déroulé chez les Indiens, de race Nascouapi. In de ces sauvages était parti avec sa fille, âgée de onze ans. A la suite de péripéties diverses, se trouvant sans nourriture, il n'hésita pas à l'égorger et à se repaître de sa chair. Le fait fut signalé au coroner du district, qui ouvrit immédiatement une enquête.

Une correspondance de Hambourg rapporte que les naufragés du navire norvégien Thekla, ont été pendant seize jours perdus sur L'Océan Atlantique. Lorsque les vivres manquèrent, ils rongèrent les cordages; puis, dans leur délire, ils tuèrent un homme de l 'équipage, un Hollandais, et le dévorèrent. Cinq matelots sur neuf devinrent ensuite fous, et sautèrent par-dessus bord.

Dans la province de Chan-Si, durant la terrible famine qui stvit en Chine de 187G à 1878, la vente de chair humaine avait lieu sur les marchés. Mais ce fut la conséquence du fléau, et non point un goût dépravé chez les Chinois. Les mandarins firent même preuve d'une grande sévérité en cette circonstance : un individu qui débitait cette horrible marchandise sous l'étiquette de chair de porc, fut saisi, jugé, enfermé dans une cage sur la voie publique, et condamné à mourir de faim. Un autre, surpris en flagrant délit de meurtre dans le même but, subit une semblable peine.

Un missionnaire1 nous a raconté qu'il vit un jour venir à lui un chef de sauvages Peau-Rouge, qui lui témoigna le désir de se convertir au christianisme. Après l'avoir interrogé, le prêtre lui dit

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