‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 23 sur 323 · Maladie de nature scrofuleuse · texte numérisé non relu

Maladie de nature scrofuleuse

peuvent receler d'êtres sordides et repoussants. Quel tableau et quel monde! impossible de voir un assemblage plus complet de laideurs physiques et morales, associées dans les mômes individus. On croirait, en vérité, assister à un festin de truands, riffbdés et francs-mitous de la fameuse Cour des miracles ! Des visages abrutis par le vice, des coiffures significatives, une tenue débraillée des voix rauques, qui vomissent le blasphème, forment un ensemble qui inspire le dégoût : la seule vue de semblables convives est instructive, et elle a été profitable à plusieurs.

Heureusement c'est là l'exception; et malgré l'irréligion contemporaine, le Vendredi saint reste quand même un jour à part, même dans les milieux les plus populaires.

Prenons la statistique des Halles de Paris, le Vendredi saint; elle nous révélera le sentiment général. Ainsi récemment, un Vendredi saint, il a été apporté aux halles centrales 11.33*2 kilogrammes de viande de boucherie, dont 5.700 kilog. seulement ont été vendus aux restaurateurs, ou marchands ambulants. La vente n'a duré que trois heures. Par contre, il est arrivé 121.000 kilogrammes de poisson, dont 106.000 de marée, et 15.000 de mollusques ; et à trois heures on n'aurait pas pu, paraît-il, trouver un goujon sur le marché. Déjà le Jeudi saint, l'arrivage avait été de 67.000 kilogrammes de poisson, dont 5.000 de marée, et 17.000 de mollusques.

D'une enquête sommaire faite dans les principaux restaurants de Paris, il résulterait que sur 100 consommateurs, 90 font maigre le Vendredi saint : les chiffres comparés des ventes de poisson et de viande corroborent cette appréciation.

On le voit, la protestation des incrédules ne dépasse pas une proportion infime des habitants, même dans Paris, la ville librepenseuse entre toutes.

C'est dans la Marine que la tradition officielle du Vendredi saint a survécu le plus longtemps aux transformations politiques et sociales.

Perdu entre l'immensité du ciel, la profondeur de l'Océan, la hauteur des vagues et les lignes indécises de l'horizon, le marin, persuadé comme nul autre de la fragilité humaine, demeure sinon pieux, du moins profondément croyant.

C'est < 1 1 1 ~ i l ne compte pas seulemenl sur la boussole Gdèle pour le diriger à travers les déserts mobiles, sur lesquels se balance sa vie incertaine et périlleuse. 11 sail que, si la voile pousse son navire vers le Large, c'est Dieu qui souffle le vent propice ou soulève les aquilons terribles; et parmi les rudes travailleurs de notre temps, le marin est le seul peut-être, <pii ignore Les abdications ei les défaillances d'un respecl humain misérable. C'esl avec une simplicité à la fois touchante et grandiose que devant tous, la tète découverte, le front élevé vers le ciel, chaque lois qu'il prend la mer, il trace de sa main calleuse un grand signe de croix sur sa large poitrine, en jetant à haute voix les mots de cette solennelle et brève invocation.

A titiv de spécimen, voici le texte d'un ordre du jour donné par un amiral, la veille du Vendredi saint, à bord. « Demain ma (in à 8 heures, les bâtiments en rade et dans le port amèneront leur pavillon à mi-mât et mettront leurs vergues en pantenne l. — Les établissements maritimes arboreront leur pavillon; le commandant supérieur de la rade fera tirer un coup de canon, de demiheure en demi-heure, à partir de 10 heures jusqu'au coucher du soleil. — Les mômes dispositions seront observées le lendemain jusqu'au moment où les cloches seront mises en branle. — A ce moment les pavillons seront hissés à bloc, les vergues dressées, et il sera tiré en rade une salve de 21 coups de canon. »

Il parait que le Samedi saint à Bogota, capitale de la Nouvelle-Grenade2, des mannequins représentant Judas ou Satan, étaient suspendus en divers endroits; et aussitôt que le Gloria avait été entonné dans les églises, ils étaient, au bruit des pétards et des cloches, décrochés, descendus dans la rue et abandonnés au peuple qui, après les avoir traînés à travers les carrefours, les livrait au feu en vociférant les malédictions qu'on devine.

L'exécution était d'autant pins facile, que les mannequins avaient été, an préalable, imprégnés de matières inflammables, et quelquefois même chargés de pièces d'artifice qui faisaient explosion au moment voulu.

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