‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 232 sur 323 · Plutarque · texte numérisé non relu

Plutarque

acceptait Le candidal lançait telle quelle sa houlette de pain dans l'urne; eu cas de refus, on aplatissait lu pâte entre les doigts. Ainsi écrasée, cette houle avail La même signification que la fève trouée, dont on se servait pour condamner dans Les tribunaux. Une s iule boule négative, c'est-à-dire déformée, suffisait à écarter Le commensal. On ne voulait admettre personne qui ne lut agréé de tous.

Les historiens ont oublié de nous dire ce que devenait le convive, ainsi éconduit des tables du festin.

Le fameux brouet noir était pour les Spartiates une nourriture spéciale comme l'est la choucroute pour les Allemands, ou la bouillabaisse pour les Marseillais... Le brouet offrait un mélange confus de viande hachée, de graisse de porc, de vinaigre, de sel et d'herbes aromatiques, le tout arrosé de sang.

On raconte que Mme Dacier, la célèbre helléniste, voulut un jour ir à de savants convives un banquet à la Spartiate, où figurait le brouet classique; malgré les citations grecques les plus heureuses, les invités goûtèrent médiocrement ce plat archéologique, et plusieurs en furent malades.

Semblable aventure est arrivée, de notre temps, à un orientaliste distingué, qui avait offert à ses amis un menu composé de nids d'hirondelles, de salmis de vers blancs, et de compotes d'insectes.

M. Charles Levèque précise comment les Athéniens étaient placés à table, étendus sur des lits, le coude gauche appuyé sur un oreiller. Les femmes ne prenaient point part aux banquets1 : elles étaient assises à des tables à part, ou servies dans une pièce voisine. En général, il n'y avait que trois lits par table, et celui du milieu était la place d'honneur. Les tables étaient petites et uniquement réservées aux mets solides; quant aux boissons, les esclaves les versaient directement dans les coupes.

On n'usait ni de fourchettes ni de couteaux, mais seulement de cuillers pour les choses liquides. Les Grecs les plus corrects mangeaient avec leurs doigts. Les serviettes étant inconnues, ils les remplaçaient par de la mie de pain, ou par une pâte spéciale

1. Il existe cependant au Musée du Louvre des vases grecs qui montrent des femmes prenant part aux festins.

qu'ils roulaient en boulettes entre leurs doigts pour les nettoyer, et qu'ils jetaient ensuite à terre sous la table. La mode de se faire servir par ses propres esclaves, quand on était invité chez des amis, était très fréquente.

Au commencement du banquet on remettait le menu au maître du logis. Le repas se divisait en trois parties : la première constituait le dîner proprement dit : on consommait des huîtres, des coquillages, du poisson, des pâtés, des viandes et autres mets substantiels ; puis les convives se livraient à d'abondantes ablutions et se parfumaient.

Pendant ce temps les esclaves changeaient les tables, et l'on passait à la seconde partie du service, qui se composait de pâtisseries, de gâteaux, de pièces montées, de fruits divers, et môme de volaille et de menu gibier.

Dans la troisième partie, on se contentait de boire : c'était le moment de porte?' des santés.

On voit, dans Suidas, que l'habitude de se saluer à table par des libations avait un nom spécial : philotésieK D'abord le maître du festin faisait remplir sa coupe de vin et en répandait un peu à terre, soit en invoquant le nom des dieux, soit en sacrifiant à l'amitié, comme le rapportent Homère, Philostrate et d'autres. Il approchait ensuite la coupe de ses lèvres, et buvait à la santé de l'hôte qu'il voulait distinguer, lui souhaitant toutes sortes de bonheurs. Celui-ci prenant la coupe, y buvait à son tour en répondant aux souhaits; et chacun des convives faisait ordinairement la même chose; car, au dire de Pétrone, sortir d'un banquet sans avoir été provoqué à boire par l'un ou l'autre des assistants, était subir un véritable affront.

Cette habitude de boire dans la même coupe , explique sans doute pourquoi il était interdit de porter la santé d'une femme avec qui il n'existait aucun lien de parenté ou d'alliance. D'après Élien, cette liberté, que se permettaient les Illyriens, était critiquée comme contraire aux bienséances.

Dans la très savante étude - d'un religieux, sur la Philotésie, on

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