F. des Mâlis
parfaitement sur la feuille de pâtisserie. Il parait que ce journal a eu un certain succès dans les gares de chemin de fer.
Si la gourmandise alourdi! intelligence et sentiment, l'intempérance dans la boisson détermine une déchéance plus complèlc encore; (die dépouille l'homme du plus noble de ses attributs, elK' abolit en lui le sens moral : en un mot, Yivrognerie supprime la liberté même.
« Ne provoque pas à boire ceux qui aiment le vin, car le vin en a perdu plusieurs, dit l'Ecclésiaste. Il a été donné dès le commencement pour la joie de l'homme, et non pour l'ivresse l. »
Et cependant, non content de l'influence des maladies qui l'assiègent hélas! de tant de manières, l'homme, depuis Noé, est allé joyeusement au-devant de cette dégradation, et s'applique à découvrir les moyens les plus certains, les plus rapides, de perdre la raison.
Chaque peuple du globe, en effet, a su découvrir dans la nature, des essences, des sucs, ou des éléments de liqueurs enivrantes. En Egypte, on trouve de toute antiquité la bière, l'une douce appelée zitJium, l'autre plus forte nommée cormi. Le vin était connu aussi.
Pendant longtemps, la Grèce essaya d'inspirer l'horreur de l'ivrognerie : c'est monté sur un âne, couché sur une outre et barbouillé de lie, que la mythologie représente le vieux Silène, afin qu'il serve de risée au peuple. Lycurgue ordonna d'arracher les vignes pour supprimer le mal dans sa racine, et il donna aux jeunes gens le spectacle repoussant d'esclaves avinés.
Mais bientôt le goût l'emporta sur la raison, et les excuses se multiplièrent pour s'accorder les jouissances de l'ivresse : des médecins complaisants enseignèrent que les excès de boisson « purgeaient des acrimonies du sang » ; les philosophes légitimèrent la vie sensuelle , et Platon lui-même permit aux hommes de s'enivrer à partir de quarante ans.
Les Arabes trouvent dans la graine du chanvre le principe
1. Vinum in jucunditatem ab initia creatum, non ad ebrieiatem.
d'un breuvage excitant; les habitants des régions froides de notre globe, les Sibériens, les Lapons, ont le braga et le quass, sortes de bière de champignon et de seigle; le lait de jument fournit le Kumiss aux Tartares; les Chinois boivent le facki, qu'ils préparent avec le riz; les Indiens tirent de la canne à sucre Xaracl: l, et la moelle du bambou leur donne le tabaxir. La cassave- et le manioc enivrent les habitants du Brésil; l'Océanien boit avec délices une liqueur préparée avec la racine d'arum.
L'Amérique use de checa, qu'on obtient en faisant fermenter le maïs, de tafia, de rhum et du suc de cacaoyer; la Perse a son eau-de-vie de dattes et de raisin sec; l'Egypte sa sève de palme fermentée; le Suisse et l'Allemagne le kirsch que donne la cerise noire; l'Ecosse, le whishey de grain; l'Angleterre, le gin des baies de genièvre..., et ainsi de suite. Le nord de l'Europe a de la bière forte, et toutes les nations un peu civilisées pratiquent la distillation des alcools.
Que de morts incalculables causées par ce produit appelé, sans doute par antiphrase, eau-de-vie!
Tandis que l'ivresse remonte au déluge, l'alcoolisme proprement dit n'appartient qu'aux temps modernes 3.
Considéré d'abord, au xiir3 siècle, comme un médicament exceptionnel, l'alcool ne produit en réalité ses effets désastreux que depuis que l'industrie le tire, non plus de la vigne , mais du grain, de la pomme de terre , ou de la betterave.
L'alcool moderne , surtout celui qui ne provient point du vin , occasionne de profonds troubles de la sensibilité, quelquefois même des paralysies générales. Les facultés intellectuelles sont bientôt atteintes : les alcooliques subissent des hallucinations terrifiantes; ils sont portés au suicide et à la démence, ou encore tombent dans un marasme précurseur de la mort. D'autres fois, ils sont emportés par une maladie spéciale , par une attaque de delirium tremens.
Les suites de l'ivresse varient suivant la boisson dont on a fait