‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 244 sur 323 · Joum. des V., n · texte numérisé non relu

Joum. des V., n

gressivement, et les consommateurs tombent alors dans un état de sommeil ou plutôt d'assoupissement qui engendre, parait-il, une sorte d'hébétement, pendant lequel ils se croient plongés dans le néant. Ils finissent par en arriver à un moment où leur esprit s'abime peu à peu dans une série de contemplations et de rêveries plus ou moins délirantes. Le corps du fumeur invétéré finit par se dessécher, et il ne lui reste plus bientôt que la peau et les os1. »

Des désordres profonds sont aussi la conséquence de l'abus de la morphine, le plus important des alcaloïdes de l'opium, qui lui donne sa vertu narcotique. Les morphinomanes se rencontrent dans les hautes classes de la société : ici c'est un malheureux qui, souffrant de douleurs cuisantes, cherche, dans une sorte de paralysie volontaire, l'oubli de son mal ; ailleurs c'est seulement un viveur désœuvré, repu, déçu, qui recourt au délire afin d'abolir sa mémoire, en attendant qu'il demande à la mort de le délivrer d'une vie devenue pour lui un fardeau, et peut-être aussi un remords cuisant.

II. Que l'homme se ravale au niveau de la brute par l'excès de la bonne chère et des boissons enivrantes, ou qu'il recoure aux préparations chimiques pour endormir sa sensibilité , vivre dans le rêve, et entrer dans la passivité d'une sorte de Nirvana; en tout cas, il déserte lâchement les luttes et les combats de la vie .

Par contre, ceux qui, obéissant à une pensée supérieure, ont la force de résister aux instincts et aux sollicitations du goût, d'affronter les privations et la souffrance, sont d'autant plus virils, qu'ils dégagent mieux l'âme des liens pesants de la matière.

Ce triomphe de l'esprit sur le corps, sur « l'autre », selon la belle expression du disciple de Socrate, commence à une sage sobriété, se complète par le jeûne et Y abstinence, et parvient à son apogée d'énergie dans les mortifications de l'ascétisme.

Tel est le tableau plus noble et plus édifiant que nous allons maintenant, comme contre-partie, faire passer sous les yeux.

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