‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 247 sur 323 · Massard, la Liturgie expliquée , t. II · texte numérisé non relu

Massard, la Liturgie expliquée , t. II

Cette première brèche aux rigueurs de la discipline fut bientôt suivie d'une seconde : on autorisa la collation.

L'origine de ce Léger repas est assez ancienne, et provient des coutumes monastiques. Beaucoup de religieux se livraient, tout le jour, à ces pénibles travaux de défrichement qui ont fait la richesse du sol de la Fiance. Lorsque, le soir, brisés de fatigue, ils l'entraient pour la lecture spirituelle ou conférence (collatio), ils avaient l'habitude de boire un verre d'eau et de vin comme rafraîchissement. On constata dans la suite que l'usage des liquides seuls avait des inconvénients pour la santé, quand on n'y joignait pas quelque chose de solide; et l'on autorisa les religieux à tremper dans l'eau et le vin, un petit morceau de pain destiné à soutenir leurs forces.

Une disette d'huile en 1V20, écrit M. Maurice Lenoir, fut cause que les fidèles eurent la permission de manger du beurre pendant le carême de cette année-là. Et en 1491, lorsque Anne de Bretagne put obtenir du pape d'user de beurre, parce que son pays manquait d'huile, presque toute la France suivit son exemple. De là les troncs pour le beurre qui existent encore dans les églises, à l'époque quadragésimale.

Une bulle de Grégoire XI avait accordé à Charles V et à la reine Jeanne sa femme, l'autorisation de prendre en carême du lait, du beurre et des œufs, en spécifiant que les cuisiniers du monarque pourraient goûter les mets préparés avec ces substances, et les officiers servants, en faire l'essai *.

Mais ce ne fut qu'au xvie siècle que le pape Jules III, généralisant la dispense, déclara « maigres » ces trois aliments, l'Église ne voulant pas être « une dure et maupiteuse marastre, ains une doulce et facile mère2 ». A partir de ce moment, l'autorité ecclésiastique toléra cet usage dans tout le diocèse de Paris, à condition que les pauvres réciteraient trois Pater et trois Ave chaque jour, et que les riches feraient des aumônes.

« Chose étrange! plus sévères en cela que l'évèque de Paris,

1. Charles V croyait, en effet, avoir ùté l'objet d'une tentative d'empoisonnement de la part du roi de Navarre.

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