Ou ramadan
L'INTBMPÉRANi S A TRÀVEBS LES AGBS. 446
que, selon la recommandation de ses popes, il veuf faire souffrir la chair et assurer le triomphe de l'esprit sur elle. »
Le moujik et L'ouvrier observenl ces jeûnes d'anachorètes, se contentant souvent de Leur gruau et de leur gros pain deseigle|; mais Les hautes classes s'en affranchissent, sauf toutefois pour la première et la dernière semaine du grand carême, pendant lesquelles il n'est presque personne qui ne s'impose quelque privation.
Sans doute, en fait, aux quatre époques de pénitence, la police russe laisse les traktirs servir des aliments prohibés, viande, beurre ou œufs; mais le Gouvernement intervient pour détendre les représentations théâtrales pendant le carême principal et aux veilles des fêtes, qu'il s'agisse d'opéras, de drames ou de comédies. Seulement, comme l'État ne ferme que les théâtres subventionnés, il en résulte que les cirques, les saltimbanques, les cafés-concerts, les opérettes et les théâtres bouffes ont une période des plus fructueuses, tandis que les scènes sérieuses font relâche; si bien que M. Leroy-Beaulieu a pu dire, avec quelque vérité, que « le carême dans les grands centres russes était la saison d'Oflénbach et de Lecoq ».
Cependant l'article 155 du Code pénal russe a été plus d'une fois appliqué en cas de représentations théâtrales données contrairement au vœu de la loi; et il n'en reste pas moins constant qu'une notable partie de la Russie orthodoxe se soumet docilement à l'observance.
Arrivons au fameux carême musulman , le ramadan.
Une des particularités du droit musulman, est la confusion absolue qui existe entre la prescription religieuse et l'obligation Légale.
La législation étant spécialement fondée sur le Coran, ordonne une infinité de devoirs qui sembleraient ne pas regarder la loi positive : prières, aumônes, pèlerinages, jeûnes, et mortifications de tout genre.
Les jeûnes obligatoires sont au nombre de six ; mais le plus célèbre est celui du ramadan, ou ramazan, qui se place au neuvième mois de l'année turque.
On doit l'observer avec une rigueur absolue : depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, il est défendu de prendre aucune nourriture, quelle qu'elle soit1.
La minutie des prescriptions est à peine croyable; et si nous n'avions les textes mêmes sous les yeux, nous croirions à des citations fantaisistes!
Ainsi, pour élever des oiseaux à la becquée, on placera un peu de nourriture sur le bord des lèvres , sans toutefois rien avaler. Il est interdit de boire, et même de respirer la fumée des mets qui cuisent; on doit aussi se garder d'ingérer aucune poussière ni corps étranger. L'absorption « de la grêle, ou de petits cailloux » rompt le jeûne. Il en est de même « des bains et des lavements » ; ainsi que des vomissements volontaires; mais, ajoute le texte, « celui qui subirait cet accident au lieu de le provoquer, n'aurait point pour cela manqué à la loi2 ».
A peine de rompre le jeûne, on ne se lavera pas les dents avec une brosse humide, et on ne mâchera pas les parcelles d'aliments restées entre les dents; on ne pourrait fumer sans pécher 3.
Si par hasard , au moment du lever du soleil on se trouvait avoir dans la bouche quelque substance alimentaire, on devrait immédiatement la rejeter. On évitera également de renifler.
Il est recommandé aux « croyants », en temps déjeune, de s'abstenir d'onguents dans la composition desquels entre l'aloès ou le musc, et d'éviter le 'parfum des fleurs, surtout celui du narcisse.
L'âge requis pour l'obligation du jeûne musulman est généralement quinze ans pour les garçons, et neuf ans pour les filles ; cependant on devra, dès l'âge de sept ans, habituer peu à peu les enfants à l'abstinence.
Vers le coucher du soleil un coup de canon annonce aux populations que l'heure du repas est enfin arrivée. Et l'on a remarqué que nos canons français servaient, sur l'ordre de nos gouver-
1. Les jours de jeûne, le marabout donne le signal du repas ce quand on ne peut plus distinguer la couleur d'un poil de chameau ».