Bernardin de Saint-Pierre, Vœux d'un solitaire
L'INTEMPERANCE A TRAVEES LES AGES. •Ml)
Les nègres, qui supportent dans les colonies tant de durs travaux, ne se nourrissent que de manioc, de patates, de riz ou de maïs; les brahmanes des Indes, dont beaucoup vivent plus d'un siècle, ne mangent que des végétaux.
In régime Carnivore à l'excès serait-il devenu pour l'homme, plutôt une habitude qu'une nécessité? Cela a été soutenu.
En tout cas, les Pères du désert qui jadis faisaient vœu de ne pas prendre de viande, prolongeaient leur vie mortifiée bien au delà des limites ordinaires : saint Paul, premier ermite, vécut cent treize ans; saint Ambroise, cent cinq; saint Arsène, cent vingt; saint Jean le Silencieux, cent quatre; saint Théodore abbé, cent cinq, les deux Macaire, saint Paphnuce, saint Sabas et saint Jean l'Egypte fournirent aussi un siècle d'existence, malgré des fatigues infinies.
Dans deux leçons faites au Collège de France, il y a quelques années, un membre de l'Institut1 a exposé les théories très peu connues des anciens Irlandais sur le jeûne légal. En Irlande, il fut un temps où le fait de réclamer à certains personnages l'argent qu'ils devaient, constituait un sanglant outrage. Ceci nécessite une explication.
Si le créancier impayé avait l'audace d'exercer une saisie, ou seulement de réclamer son dû à un noble débiteur qui se montrait récalcilrant, il risquait de se voir appliquer, pour sa hardiesse blessante, le « tarif de l'honneur offensé ». Or, d'après ce tarif, la progression de l'amende était la suivante selon la dignité du débiteur négligent : « 1° dix bêtes à cornes; 2° vingt bêtes à cornes; 3° cinq femmes esclaves ou 30 bêtes; 4° sept femmes ou V2 betes; 5°vingt et une femmes ou 126 bêtes... Enfin si l'offense s'adressait au Roi, le minimum de la réparation consistait en 28 femmes esclaves « valant 1G8 bêtes à cornes ».
Toutefois, il y avait pour le créancier un moyen de faire payer le noble personnage, sans s'exposer à ces indemnités ruineuses. Ce moyen légal consistait à venir s'établir devant la porte fin débiteur « et à y jeûner, pour lui faire comprendre qu'on avait besoin d'argent... »