Ap. August
mont ses doigts sur les cordes muettes, pendant qu'un musicien habile fait vibrer dans la coulisse une harpe sonore.
Los théâtres étant très vastes, le chef d'orchestre était chausse d'une sandale de fer ou de bois (scabcllum), ce qui indique que celui qui dirigeait les chœurs, les danses et les pantomimes frappait du pied le plancher pour marquer la mesure.
Les femmes, qui ne figuraient ni dans la tragédie ni dans la comédie, furent admises cependant comme mimes (mimas ou mimulœ) : ce fut un attrait inconnu jusque-là. Ces exercices consistaient en danses exécutées au son des crotales ou de la flûte, ou encore en attitudes variées accompagnées de paroles.
Les jeux des premiers mimes n'étaient que des farces improvisées où dominaient le caprice et la fantaisie de l'interprète. Mais sous Jules César et ses successeurs, les artistes prirent l'habitude d'écrire leurs dialogues, de façon à en faire des pièces véritables, comprenant déjà la série des personnages que l'on peut appeler classiques, c'est-à-dire : le père noble, pater, le financier, dives, le comique, ridiculus, le personnage niais, slupida persona, qu'il ne faut pas confondre avec le précédent. La gesticulation avait une importance capitale dans ces rôles divers.
Vers la fin de la République, on créa des écoles de pantomimes; le public prit violemment parti pour les unes ou pour les autres, au point d'ensanglanter Rome.
Les nains et les monstres étaient recherchés à la scène; on alla jusqu'à fabriquer des personnages appropriés, en plaçant des enfants en bas âge dans des moules difformes!
Les empereurs eux-mêmes durent sévir. Auguste fit fouetter des acteurs en révolte, et Claude fit décapiter une demi-douzaine de mimes; Tibère, Caligula, Néron, les bannirent par bandes. Tiajan, plus rigoureux encore, les interdit pour toujours... Vains etforts! Le public les redemandait sans cesse; et quand l'empereur Constance chassa les philosophes de Constantinople sous le prétexte d'une famine, il dut y conserver les comédiens pour conjurer les colères du peuple.
Ces divertissements étaient devenus une véritable passion , et pour complaire aux spectateurs grossiers, on n'hésita point
à représenter des pièces et des pantomimes de plus en plus licencieuses. On en arriva à reproduire sur la scène les épisodes les plus obscènes de l'impudique mythologie. Et le poète disait vrai en dénonçant le théâtre comme un dangereux écueil pour les mœurs :
llle locus casti damna pudoris habet.
Les réformes de quelques princes, les protestations des philosophes demeurèrent vaines...
Un jour cependant, de pures et sublimes paroles prononcées dans un petit coin de la Judée et répandues dans l'univers par douze pauvres pêcheurs renouvelèrent le monde païen, et un souffle régénérateur permit à l'humanité de respirer un air meilleur : alors d'édifiants mystères1 remplacèrent les représentations scandaleuses et les drames odieux, où des condamnés à mort2 figuraient au dénouement, afin qu'une blessure ou même une immolation véritable rendit plus exacte et plus palpitante l'aventure finale.
Sans parler des jeux sanglants du cirque, n'avait-on pas vu sur la scène des individus dévorés par des ours 3, et d'autres livrés aux flammes tout vivants4, pour amuser une populace cruelle?
Nous préoccupant d'éviter la banalité, nous ne ferons de recherches, en ce qui concerne le théâtre moderne, que dans les pays où il offre une originalité véritable, tels que le Japon, la Chine, l'Inde, la Turquie, la Perse et l'Egypte.
L'esquisse que nous allons donner de l'art dramatique chez ces peuples, en nous référant aux documents les plus spéciaux, révélera, en effet, non seulement leurs goûts littéraires, mais encore bien des usages, à peu près inconnus de qui n'a pas à sa disposition les sources auxquelles il nous a été possible de recourir.
1. Yoir ci-avant le livre III, relatif aux fêtes d'origine religieuse.