Xao-nao
flammes qu'ils agitenl en cadence. Le héros, après avoir salué Les assistants, se met à raconter d'une voix nasillarde et lente, toute sa vie, à commencer par son étal civil détaillé.
Voici Le texte d'un de ces monologues1 : « Mon nom de famille est Kié, — mon double surnom Min-Tehong, — je suis le frère cadet de Pégo-tien, — a L'âge de cinq ans je savais lire, — à sept ans je composais des sujets littéraires, — à neuf ans je connaissais tons les livres canoniques, et j'avais approfondi les philosophies. — Tout le monde voyait en moi un jeune homme accompli, etc..
Après que le premier personnage a fait la confidence de ses aventures, qui ne sont pas toujours aussi édifiantes, un autre lui succède et vient narrer les siennes ; et souvent la suite doit être renvoyée au lendemain.
Très différent du prosaïque drame chinois, Y art théâtral hindou est d'institution religieuse, et offre une large part aux développements poétiques : là les œuvres d'imagination et l'idéal des féeries sont en honneur. Au commencement du xixc siècle, on n'avait encore traduit que deux pièces du répertoire. Le titre de la première signifie à peu près : Le lever de la lune de l'Intelligence; Y 'autre est Sacountala. C'est l'Anglais Wilson qui, en 18*28, commença à révéler les principales productions du théâtre chez les Hindous. Religieux et doux, ce peuple répugne à traduire les violences et les dénouements sanglants qui constituent le drame.
Sacountala et Le chariot d'argile sont regardés, dit-on, comme étant des œuvres typiques, qui nous initient aux sentiments et aux mœurs des Hindous.
L'enseigne « jeux de nuit », est celle qu'on peut lire à la porte des théâtres turcs qui attirent le public au moyen d'une assourdissante musique, où dominent des hautbois qui sifflent, des rebecs qui grincent, des tambourins qui grondent.
La « salle » n'est autre chose qu'une plate-forme à ciel ouvert, garnie de banquettes, où les femmes s'entassent d'un côté, et les hommes de l'autre, en fumant et en dégustant leur café. Une demi-douzaine de quinquets éclairent faiblement.
1. Tiré de la pièce la Servante trompeuse, d'après M. A. Dillaye.
De jeunes acteurs tiennent les rôles féminins, et les plus habiles d'entre eux se livrent à des improvisations sur un certain nombre de tbèmes ou de canevas caractéristiques, bien connus des Turcs.
« Effendis! vous allez entendre les curieuses aventures de « Son Excellence Caragheuz ] », ou encore « Le Franc mécontent... » C'est d'ordinaire par quelque annonce de ce genre que s'ouvre la séance, rapporte M. Henri Mignot.
Caragheuz n'est autre qu'un personnage imaginaire, fameux par ses ridicules ou ses vices : il y a Caragheuz joueur, Caragheuz buveur et batailleur, Caragheuz impudent... Ce nom rappelle simplement celui d'un des vizirs du sultan Saladin, célèbre en son temps par ses excentricités et ses déportements.
A côté de Caragbeuz, figurent aussi d'autres physionomies classiques, telles que : la Marchande juive qui intrigue dans les harems; le Persan, qui représente les rôles grotesques et provoque toujours l'hilarité; la Zénè , fille ou femme spirituelle et rusée ; le Kavoukloa, vieux bellâtre vaniteux et sot, que tout le monde trompe et berne; et enfin le Franc, c'est-à-dire l'Européen qu'on ne manque jamais de représenter comme un commerçant hâbleur ou un cabaretier ivrogne.
Le drame persan, au contraire, a souvent été signalé comme moral et même édifiant. La raison en est que l'art dramatique des Iraniens consiste en figurations religieuses, en espèces de mystères correspondant un peu, pour les sectateurs de Mahomet, aux représentations sacrées des chrétiens du moyen âge.
Les rites de l'Islam, les sermons des imans, les persécutions qu'ils ont subies, les épisodes de la vie du Prophète que farchange Gabriel « a l'honneur de venir saluer », selon l'expression même d'un des livrets, tels sont les sujets fondamentaux servant de thème au théâtre des Persans.
Très différents des nôtres, les directeurs qui organisent ces mystères ou téaziés > offrent gratuitement les séances au public. Pour eux, c'est un acte méritoire; et dans leur pensée, selon une très pittoresque formule : « Toute scène qu'ils font