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Pâques, on offrait an roi des corbeilles d'œufs dorés ou artislement décorés. Deux peintres célèbres, Lancret et Watteau , n'ont pas dédaigné d'illustrer ces coques fragiles, et on a conservé parmi les curiosités de la bibliothèque de Versailles deux œufs historiés, dédiés à Mrae Victoire de France, fille du roi Louis XV.
Les Grecs scbisma tiques tiennent aussi en grand honneur le jour de la Résurrection de Notre-Seigneur. « En Russie pendant la Semaine sainte, en prévision de Pâques, chaque ménagère n'a plus qu'un souci : confectionner d'excellents babas, ainsi nommés, croit-on, parce qu'ils sont ordinairement l'œuvre des babas (femmes de paysans). Pâques arrivé, on couvre de mets une immense table qui reste servie pendant les trois jours de fête. Au milieu de cette table est placé sur la verdure un agneau en beurre , orné d'un petit drapeau aux vives couleurs; puis à droite et à gauche de l'agneau, sont différents plats de viande froide ou de laitage, une corbeille d'œufs rouges, et plusieurs assiettes remplies de semences de différentes sortes de blés. Enfin aux quatre coins de la table, les babas succulents s'élèvent en dôme pour la plus grande gloire de la maîtresse du logis. Quoique tout le monde ait le plus vif désir de rompre le long jeûne du carême, personne ne se permet de toucher aux mets avant que le pope soit venu les bénir. Mais aussitôt la bénédiction donnée, chacun fait son choix, et le repas commence. Ce jour-là, les paysans dans leurs plus beaux atours, viennent en foule du bout des hameaux les plus extrêmes vers l'église paroissiale. Les femmes sont toutes en toilettes claires; et celles mêmes qu'un deuil récent a frappées ont quitté leurs sombres vêtements : « Le Christ est ressuscité! Christos vaskress! » voilà l'exclamation que redisent au loin les échos; et tous répètent en s'embrassant fraternellement : « En vérité! le Christ est ressuscité. »
A minuit, un coup de canon, précédant la mise en branle des cloches, annonce la fête à ceux que la vieillesse ou les infirmités ont retenus loin de l'église; les prêtres suivis des fidèles font des processions aux flambeaux; la messe dite, on rentre au logis et dans chaque maison on prend place au festin. Cette nuit-là les mets traditionnels figurent sur toutes les tables : la paska, fromage pascal, surmonté de la croix grecque; le koulitch, brio-
CES POPULAIBES DBPUIS L'ÈRE CHRÉTIENNE. 61
che piquée de raisins secs; le petit agneau en beurre; les œufs rouges qu'on casse en les choquant de voisin à voisin ; les viandes froides ci le thé parfumé. Pendant plusieurs jours, les tables demeurent dressées et garnies de \ ictuailles, et toul llnsse qui vient rendre visite est invile à prendre part au repas familial.
On qualifie quelquefois de Pugue des Turcs la fête musulmane duBeiram; sans doute là aussi un jeûne précède les réjouissances du rite; mais à part cette particularité, il n'existe aucun rapport entre le Beiram et les Pâques des chrétiens, même schismatiques.
Il parait qu'en Hongrie, le Lundi de Pâques, les prétendants guettent dès l'aube les jeunes filles de leur village pour les amener près des fontaines ou près des puits, et là tout en Iutinant, leur versent, avec une libéralité dont elles se passeraient bien, un plein baquet d'eau sur la tète. Outre cette épreuve, ils réclament encore une contribution. La victime doit, dit-on, leur donner un œuf et un baiser. L'œuf se donne de bonne grâce, mais le baiser... c'est à qui le gardera. La jeune fille ruse de son mieux, tergiverse, s'échappe, prend son essor et la course se poursuit au milieu des rires de tous. Ajoutons que les béros de ces petites scènes sont d'ordinaire des fiancés, des légeny*.
La date du Premier avril éveille des idées de mystifications, bien connues sous le nom de « poissons d'avril ».
Mais <{uelle est l'origine de cette étrange appellation? Voyons d'abord les étymologies données à cet égard.
« On raconte que François, duc de Lorraine, retenu prisonnier de Louis XIII, parvint à se sauver du cliateau de Nancy le 1er avril en traversant la rivière à la nage; ce qui aurait fait dire aux Lorrains que c'était xmpoisson qu'on leur avait donné à garder. » Il faut vraiment une grande bonne volonté pour admettre pareille explication : l'aventure de ce duc est trop peu comme, s, pour avoir donné naissance à une habitude aussi générale que celle qui nous occupe.
Pour d'antres étymologistes, le mot poisson serait une corruption du mot passion; et le jeu du premier avril « ne serait
autre chose qu'une froide et indécente allusion à Tune des circonstances principales de la passion de J.-C, qu'on remémore vers cette époque, c'est-à-dire à la manière outrageante dont les Juifs renvoyèrent le Sauveur d'un tribunal à l'autre, « de Caïphe à Pilate » , lui faisant faire ainsi plusieurs courses en manière d'insulte et de dérision.
L'explication semble également inadmissible : en effet, il est constant que les poissons d'avril étaient pratiqués aux âges où la foi chrétienne élait l'objet des respects du peuple et de la protection du Pouvoir. Or, supposer que les épisodes sacrés de la passion du Christ étaient l'occasion d'amusements impies, de parodies blasphématoires de la part de populations incontestablement pieuses, est une hypothèse inacceptable. Si les mystères joyeux furent parfois l'occasion de fêtes déplacées, par contre, le drame du Calvaire apparaît toujours entouré d'une vénération profonde; et l'on eût fait prompte, rapide et implacable justice du téméraire, qui, pour s'amuser, eût osé associer parents, amis, voisins à une profanation insigne.
D'ailleurs, et cela tranche la question semble-t-il, aucun texte n'a jamais substitué « passion » au mot « poisson ».
Cherchant donc une autre étymologie, voici celle que nous suggérerons comme probable.
Nous avons vu qu'afm de glorifier le jour de la Résurrection du Sauveur, on s'était efforcé de faire dater du 1er avril, c'est-àdire du commencement du mois le plus voisin de Pâques1, le début de Tannée, et que ce fut Charles IX2 qui restitua au premier janvier cet honneur. Il en résulta que pendant longtemps le jour de l'an, et par conséquent le jour des étrennes, varia d'une région à l'autre, les uns acceptant la modification du calendrier, les autres tenant, d'après les anciennes coutumes, à inaugurer l'année par un joyeux alléluia pascal.
On peut donc se demander si la malice populaire, d'accord en cela avec une préoccupation légitime d'économie, n'a pas
1. En 1347, par exemple, Pâques tomba même juste le premier avril.
2. Pendant un séjour qu'il fit au château de Roussillon en Dauphiné, le roi Charles IX rendit, en 15G4, une ordonnance, aux termes de laquelle le commencement de l'année, au premier avril, était remplacé par la date du 1er janvier.
trouvé t"iit nature] de remplacer au premier avril les étrenues du aouvel an. par des plaisanteries où la gaieté ei d'innocentes farces tenaient lieu de cadeaux onéreux, qu'on n'entendait pas donner deux lois dans l'année. On payait donc en « facéties ei joyeuses démarches », mais on ne réitérait pas la dépense.
Et si l'on remarque que, dans maints endroits, la mystification d'usage consiste à remettre aux gens qu'on veut berner, de menues pièces de monnaie destinées à acheter des choses ridicules ou franchement imaginaires, alors l'explication proposée [tiendra peut-être quelque consistance.
Détrôné par le 1er janvier qui était devenu date officielle et légale, le 1er avril ne fut plus signalé que par des cadeaux fictifs, et par un simulacre d'étrennes.
Donnons quelques exemples de poissons. Au régiment, on envoie un lourdaud demander de l'« extrait d'acier pour l'astiquage » ou de Y « essence de cotret pour allumer le feu » Dans
les ministères ou les administrations, il se trouve toujours un employé qui charge un petit commis, bon enfant, d'acheter un paquet de « poudre de patagon », ou un flacon « d'huile à détacher », ou encore d'aller avec un mètre au Trésor prendre la largeur exacte du Grand-Livre...
« A Audierne, on envoie quérir « la pierre à aiguiser le crin » ; à Genève « une mèche à trous carrés » ; à Berlin, on dit aux '•niants de se procurer chez l'apothicaire une fiole de « sang de crabe » ou pour un pfennig de « graine de moucheron1 ».
il est des poissons d'avril dont le souvenir est resté. Ainsi, certaine année où le l°r avril coïncidait avec la Mi-Carême, un fonctionnaire de Lyon, nommé Lemaire, s'amusa à envoyer des invitations respectives aux notables de la ville , qui se trouvèrent ainsi conviés tous les uns chez les autres le même jour et à la même heure2.
L'Électeur de Cologne Madoux, rapporte Saint-Simon, fit une fois annoncer à son de trompe et de caisse, qu'il prêcherait dans la cathédrale tel jour prochain, qui se trouvait être le 1er avril. A l'heure dite, l'église était remplie de tout ce que la