‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 275 sur 323 · Crotalistrise · texte numérisé non relu

Crotalistrise

(Concile de (W'2: décisions des papes Grégoire III, 731-741, et Zacharie en 7H...)

Déjà en 397 le Concile de Carthage avait supprimé la danse des agapes, comme étant trop contraire au recueillement.

Au moyen Age, la l'acuité de permettre ou d'interdire les fêtes et danses de villages, faisait partie des avantages féodaux : ainsi d'après la Coutume de la Salle, entre autres, le maître du fîef se réservait le droit « de laisser danser et ménestrauder1 ».

Avant la Révolution française, l'esprit corporatif avait réuni en communauté les « maîtres de danse », et leur groupe était même constitué en Confrérie de danseurs. L'apprentissage des artistes était de quatre à cinq années.

Pour devenir maître danseur, il fallait subir l'épreuve du chef-d'œuvre comprenant des exercices gracieux et habiles, exécutés devant le chef de la maîtrise, appelé « le Roi des violons ». Une fois investi de la qualité de maître de danse, on pouvait tenir école; mais il était interdit de donner des séances dans les cabarets2.

Entraîné par l'exemple général, le clergé lui-même semble avoir suivi plus d'une fois la coutume populaire. Ainsi un arrêt du Parlement, en 1547, décida que les prêtres ne seraient plus tenus de danser le jour de leur première messe, selon l'usage qui s'en était introduit dans quelques diocèses, en signe d'allégresse. Dans l'Albigeois, ce fut seulement en 1704 que M. d'Olbène supprima ces réjouissances, dites « pieuses », conservées dans son diocèse; et à Limoges, encore au milieu du xvie siècle, on dansait dans le chœur. Maintes fois les Évêques durent fulminer.

Généralisant, très à tort, des faits tout exceptionnels et locaux, des auteurs qui ont écrit sur les ordres religieux, ont raconté que dans les chapelles monacales, fidèles et prêtres avaient l'habitude de « baller dévotement... ». Ils ajoutent môme « que l'Évêque en personne présidait à ces danses d'église, et que c'est lui qui se trouve certainement désigné sous le nom de Prœsul , celui qui mène le bal ».

1. Coutume de la Salle, art. 29, I. Y. Championniure, n° 331. U tees du Cliâtelct.

Voici à cet égard l'opinion de M. Renan, que M. de Pressensé, de son côté, confirme de tous points. « Cette supposition est absolument fausse, écrit M. Renan : chorus n'a jamais eu, dansl'Église, qu'un sens musical ; et prœsul n'est pas un mot chrétien. Ce furent les lettrés du ive et du ve siècle qui empruntèrent ce terme au latin profane. La danse, comme nous la comprenons, n'a jamais fait partie de la liturgie chrétienne : à moins qu'on n'appelle de ce nom les innocentes figures des processions de la Fête-Dieu. On dit que, dans quelques grandes églises du midi de l'Espagne, les enfants de chœur exécutent, aux grandes fêtes, des danses devant le Saint-Sacrement. Mais ce sont là des cas particuliers qui n'ont jamais eu de développement général. L'assertion ne se soutient pas. Nous avons dans les Constitutions apostoliques de l'Église d'Alexandrie le tableau complet du culte d'alors : or le moindre motif à une telle hypothèse n'existe pas. »

Par danse des morts ou « danse macabre » , on désignait, au commencement du xve siècle, une espèce de scène lugubre où les humains, depuis les plus humbles jusqu'aux rois, étaient supposés entraînés dans un tournoiement fatal : c'était le triomphe de l'égalité devant la mort.

Que sait-on des origines de ce divertissement sépulcral?

On raconte, dit M. Bôhme, dans sonHistoire de la danse, qu'un aventurier nommé Macaber vint à Paris en 1424, se logea dans une très vieille tour, près de laquelle était une chapelle entourée d'un cimetière. Ce Macaber, qu'on représente comme une espèce de squelette, paraît avoir produit, par son aspect, une vive impression sur l'imagination du peuple, qui lui attribuait des pouvoirs surnaturels. Mais sa grande renommée date du jour où il organisa (1424) une sorte de procession, pantomime religieuse qu'on exécuta plusieurs mois de suite, et qui n'était autre que la danse des morts, ou, d'après le nom de Macaber : « danse macabre ». Un nombre infini d'hommes et de femmes de tout âge étaient invités par un personnage représentant la Mort, à une danse qui avait lieu dans le cimetière où habitait l'inventeur. Cette sorte de ronde funèbre se renouvela du mois d'août 1424 au commencement de 1425...

Il est exact qu'un poète allemand, du nom de Macaber, a écrit

LE THEATRE, LA PANSE ET LE lio.MAN. 48g

un ouvrage traduit en latin vers i486 sous le nom de Choreœ mortuorum et dont la traduction est bien danse des morts.

Ce fait donnerait donc raison à L'étymologie précédente, contraire à celle de Du ('aime et de Littré, qui supposent que le martyre des sept frères Macchabées a pu donner l'idée de cette ronde fantastique conduite par la Mort, funèbre coryphée...

Parmi les cérémonies religieuses des sauvages, se retrouvent des danses sacrées, rappelant beaucoup celles de l'antiquité : ils jugent plus commode de mimer leurs sentiments, que de les traduire verbalement.

D'ailleurs, quoi de plus naturel? l'écriture avant d'être conventionnelle n'a-t-elle pas consisté aussi, d'abord dans la représentation des figures mêmes, puis dans les attributs moraux que ces images sensibles rappelaient? Or, pour les peuples primitifs, sauter, pour témoigner la joie et la reconnaissance envers la Divinité bienfaisante; ou s'incliner devant elle dans une attitude de respect en vue de mériter ses faveurs, sont des « gestes » équivalant à des formules d'adoration, et non point de simples simagrées.

La danse, en tant qu'expression du sentiment intime des noncivilisés, écrit un philosophe anglais1, est fréquemment pour eux un mode de prière, et le moyen d'obtenir ce qu'ils désirent. Cela parait être le cas au moins pour ces danses imitatives dans lesquelles le sauvage, avec une exactitude surprenante, joue des scènes du genre de celles que nous allons décrire.

Ainsi lorsque les Kamtchadales et les insulaires de Vancouver exécutent la danse du phoque, en se jetant à l'eau ou en se traînant le long du rivage; lorsque les nègres du Gabon singent les contorsions du gorille à l'état libre, ils se proposent, par ces scènes bizarres, d'informer les Esprits qu'ils vont poursuivre ces animaux, et qu'ils espèrent une chasse heureuse.

De là ces jeux mystiques, dont les acteurs portent les costumes et les masques consacrés par la tradition ; de là cette habitude

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