‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 278 sur 323 · M. Bôhme · texte numérisé non relu

M. Bôhme

les crépitations du bois. Il creuse dans la terre des trous imaginaires, enfouit le grain, et semble adresser au grand esprit Zanahary (Dieu), une invocation suppliante. La danse du riz est très expressive; c'est une véritable pantomime.

« J'avais beaucoup entendu parler de la Danse du feu, aux Indes, écrit un voyageur1, et ces récits avaient toujours excité ma curiosité. Or deux ou trois mois avant mon départ de la colonie, je reçus d'un de mes amis, Gabriel Crivelli, l'invitation de venir assister à cette cérémonie en l'honneur de Bouddha.

« La fête venait de s'ouvrir et la danse allait commencer. Pendant que des jongleurs au corps rayé de rouge , de noir et de jaune, se livraient à leurs sauts et à leurs gambades, des Indiens sortirent des rangs et vinrent se placer à l'extrémité d'une fosse en feu, opposée à l'autel de Bouddha. Ces Indiens, à la peau luisante , avançaient d'une allure tranquille, mais leurs regards trahissaient leur exaltation ; on remarquait parmi eux une vingtaine d'enfants de douze à quinze ans. A un signal donné, les danseurs traversèrent en file indienne, et d'un pas assez lent, cette couche de braise d'une épaisseur de vingt centimètres ; et ils répétèrent cette marche cinq ou six fois aux acclamations enthousiastes de la foule.

« On préludait ainsi à la véritable danse rituélique. Bientôt trois fanatiques entrèrent dans le feu, et s'avancèrent bravement, cadençant leurs pas et s'accompagnant de chants psalmodiés sur un ton plaintif... Avec une force de volonté incroyable, ils endurèrent ce feu qui leur grillait les pieds : pas le moindre cri arraché par la souffrance, pas la moindre plainte ! Lorsqu'ils eurent ainsi franchi tout en dansant le brasier, ils s'approchèrent d'un petit bassin où on leur présenta de l'eau mélangée de cendres. D'autres fanatiques leur succédèrent. Le tour des enfants arriva : sur vingt qu'ils étaient, deux seulement eurent la force de s'aventurer sur le sol brûlant. Ces deux petits malheureux, dont l'un n'avait pas quatorze ans, purent résister d'abord à la douleur; mais au milieu de leur évolution dansante, ils s'affaissèrent sur eux-mêmes, suffoqués et sans connaissance. Aus-

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