‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 283 sur 323 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le luxe aux Igei préhistoriques. — Les parures chez les Égyptiens, les Hébreux... — Les banquets publics en Grèce. — Ingénieuse loi des Locriena sur le faste. — Le luxe Chez les Romains : la journée d'une riche patricienne. — Curiosités des lois somptuaires en France. — Coutumes singulières du comté d'Eu. — Ordonnances sur le nombre de plats permis. — Règlements relatifs aux costumes et aux chapeaux. — ordonnances sur les jarretières, les boutons d'habits. — Arrêts du Parlement sur les robes d'indienne. — Les crinolines il y a vingt-deux siècles. — Édita royaux et Règlements concernant les vertugadina et la largeur des jupes. — Traité d'un théologien contre les paniers. — Édita sur les masques et les loups.— Législation relative aux coiffures : les contrôleurs de perruques; le perruquier Binette... — Explication de diverses modes : « à la rhinocéros..., à la Caisse d'escompte..., à l'innocence reconnue... » — Origine historique des guimpes, fraises, perruques, mules... — Noms divers désignant les élégants et les fats. — Notions bizarres sur la beauté humaine. — Déformations du visage par les sauvages : leurs procédés pour s'embellir. — Étude sur le luxe et ses conséquences sociales...

Nous consacrons le présent chapitre à l'histoire du luxe, « ce précurseur de multiples défaillances morales », selon l'expression de Massillon, ce « mal peu redouté et dont on rit, bien qu'il porte en soi le germe d'un subtil poison », comme le remarque à son tour Bernardin de Saint-Pierre.

En effet, d'un coté le luxe développe l'égoïsme et l'orgueil du riche; et d'un autre côté, il éveille chez le pauvre les convoitises, et la jalousie mère de la haine; il accentue d'une manière aussi regrettable que dangereuse les inégalités sociales; enfin il sert souvent à dorer les laideurs du vice et à le glorifier, en lui attirant une considération imméritée.

Notre intention n'est certes point de faire contre l'amour du faste une mercuriale comme celles de Caton, ni un sermon comme ceux de Massillon : nous n'avons nullement cette prétention. Nous ne nous proposons pas davantage d'essayer une épitre à la manière de Delille, ni un discours pour reprendre la thèse chère

à Dupin. Admirant ces œuvres magistrales et en quelque sorte définitives sur ce sujet, nous nous contenterons du modeste rôle d'historien, puisant aux sources législatives, des textes et des documents authentiques.

Un mot d'abord du luxe considéré en lui-même.

Pascal estime qu'il est des notions si claires, si intelligibles, que toute définition qu'on en propose est moins compréhensible que le terme lui-même : on peut en dire autant du luxe.

M. Say, croyons-nous, l'a défini : Ynsage des choses chères. Est-ce bien exact?

La pauvresse qui moyennant quelques centimes, lait emplette de bracelets de chrysocale, de colliers de verroterie, de bagues qui reluisent..., sans être d'or assurément, n'achète pas des objets de haut prix? N'obéit-elle pas cependant à l'instinct du luxe?

Au contraire, si pour se procurer du linge durable ou de chauds lainages, elle devait dépenser une somme relativement élevée, elle ne céderait, en cela, ni à la vanité ni à la coquetterie.

Il semble donc que cette définition, vraie peut-être autrefois, a cessé d'être applicable, parce que depuis quelques années les objets de pur luxe ont été vulgarisés, « démocratisés », dans des conditions à peine croyables. Pour une somme infime, dans les bazars et boutiques de tout rang , la femme du peuple peut se procurer des ornements brillants et gracieux, qui eussent coûté un demi-louis à nos aïeules. En soi, l'objet n'a aucune valeur; mais il est élégant et flatteur, on ne demande pas davantage!

L'histoire a connu l'âge d'or, l'âge d'argent, l'âge de fer... Nous avons vu naitre l'âge du ruolz et de l'étain; et nous en sommes arrivés au siècle du fer-blanc estampé et du plâtre durci; au siècle du carton repoussé, de la sciure de bois, et de la gélatine décorée. Le peuple se contente de l'apparence et de la forme.

D'autres économistes ont défini le luxe : l'amour de cette chose « si nécessaire » : le superflu.

Mais ici encore, qu'entend-on par superflu ?. . . Pour les sauvages ce seraient les fourchettes, la chaussure, les mouchoirs.

Les femmes de la Floride suspendent à leur nez des coquillages, des arêtes, des breloques ou des anneaux; tandis qu'en Europe les dames portent aux oreilles, perles et diamants : ce

n'est pas plus utile et se voit même moins; mais cela coûte plus cher, et c'esl L'usage. Dans les deux cas si les modes respectives diffèrent, le sentiment qui les inspire est le môme à n'en pas douter.

En Océanie le luxe encore veut qu'on se peigne en bleu, et que Ton se tatoue en vert et en jaune... Or des langues méchantes prétendent qu'en Europe, et même en France, il est des dames qui se mettent du rouge aux lèvres, du noir aux yeux et du blanc aux joues. Ici encore, mondaines ou femmes sauvages recourent, dans le même but de coquetterie, soit à la houppe neiueuse, soit au pinceau savant, pour corriger la nature trop avare de dons et de charmes enviés.

Pour le pauvre des pays civilisés, le superflu, ce seront les rubans, les gants, les dentelles, en un mot les choses accessoires que, même chez les indigents, plusieurs, par vanité, préféreront au nécessaire.

M >i qui n'ai pas diné pour acheter des gants !

pourrait dire, mieux encore que le héros de Ponsard1, l'un de ces déclassés faméliques qui, au lieu d'occuper leur main nerveuse avec un outil utile, passent leur vie à courir après l'Occasion fugitive, ou après des Chimères trompeuses; et qui en définitive épuisés, découragés et déçus, tombent un jour dans les bras de la Misère, ou glissent sous les roues meurtrières du char de la Fortune, qu'ils voulaient quand même escalader au passage.

Sans doute le luxe dépend avant tout des habitudes de chacun; il n'en est pas moins manifeste que ce goût se modifie selon l'influence du milieu et selon les temps.

Croirait-on, par exemple, qu'à une époque où l'or, les soieries, le brocart, le velours, les pierreries étincelaient partout sur les costumes, les chemises et les mouchoirs, dont on réglementait même la forme2, étaient l'apanage exclusif des gens de qualité; les bas furent réputés superfluité, « et Ton sait, écrit Voltaire,

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