III Rois, vi et vu
BISTOIRE A.NEI DOTIQUE DU LUXE, 508
esclave à moins qxielle ne soit ivre, — Les femmes de vie désordonnée sont soûles autorisées à s'orner de bijoux. »
11 paraît que beaucoup de femmes grecques préférèrent la parure à la bonne renommée.
Les princes e( les grands ont souvent prescrit la simplicité, tout en donnant l'exemple du gaspillage le plus scandaleux. Pareils maîtres avaient mauvaise grâce à prêcher au peuple la sobriété et la tempérance.
La première loi somptuaire rendue à Rome fut la loi Orchia : elle fixait le nombre des convives, sans toutefois limiter la dépense. Il n'était pas permis de manger à la vue du public, portes ouvertes, dans la crainte que l'on ne servit des choses superflues, par ostentation.
À la loi Orchia succéda une série de mesures légales' visant les frais des banquets et la quantité de mets servis. Ainsi Ton avait droit de dépenser, par tète et par jour, la valeur de 51 centimes de notre monnaie, — 1 fr. 50 dix fois par mois, — 5 fr. 10 les jours de fêtes des Dieux — et 268 fr. 91 les jours de noce. Trois amis au plus pouvaient être invités en même temps, excepté trois fois par mois ; la quantité de nourriture était restreinte à 3 livres de viande2 par repas, et à 1 livre de poisson.
Les détails que donne Pline sur les boissons rafraîchissantes chez les Romains, nous montrent qu'ils faisaient usage de procédés scientifiques très perfectionnés : « Comme les provisions de glace finissent par s'épuiser au temps des chaleurs, écrit-il, on a trouvé le secret d'en avoir au fort de l'été : on fait bouillir l'eau, et on la transforme en glace, un moment après. »
Les bijoux furent prohibés en principe : pourtant on en tolérait du prix d'une demi-once d'or au plus. Cela n'empêcha pas Jules César de porter une perle d'Egypte ayant coûté six millions de sesterces.
Pour se nourrir comme nul autre, Apicius, rapporte Pline, se faisait accommoder des ni seaux savants! La domesticité et le dressage devaient en rendre la chair d'autant moins succulente, n'importe! la vanité lui donnait un goût spécial.
1. Lois Faunia, Didia, Licinia, Cornélia, JEmilia, Antia, Julia, Oppia...
2. La livre romaine pesait environ 320 grammes de notre système actuel.
Jalouse de surpasser le faste et les somptuosités d'Antoine, Cléopâtre (qui n'a lu l'épisode?) gagea qu'elle lui servirait un repas où elle absorberait une somme supérieure à ce qui s'était jamais vu. Elle fit en effet dissoudre dans du vinaigre une perle ayant la valeur de six cent mille francs de notre monnaie et l'avala. Une seconde perle aurait eu le même sort si l'on n'eût empêché la reine de la détruire.
La femme de Caligula, Lollia Paulina, avait des pendants d'oreilles valant sept millions. « J'ai vu Lollia, écrit Pline, toute couverte d'émeraudes et de perles : sa tête, les tresses et les boucles de ses cheveux, ses oreilles, son cou, ses bras, ses doigts en étaient chargés; il y en avait pour 40 millions de sesterces. C'était l'héritage de son aïeul, c'est-à-dire la dépouille des provinces et le prix des concussions. »
D'après Lampride, Héliogabale qui, lui, mettait surtout son luxe dans la bonne chère , servait à ses officiers : des entrailles de barbeaux, des cervelles de faisans et de grives, des œufs de perdrix et des têtes d'oiseaux; à ses chiens, des foies de canards; à ses chevaux, des raisins d'Apamée; à ses lions, des perroquets et des faisans. Pour lui, il se réservait les langues de paons et de. rossignols, les crêtes d'oiseaux vivants, les pois brouillés avec des grains d'or, les fèves accommodées à l'ambre, le riz mêlé à des perles... toutes choses singulièrement indigestes.
Arrivé à un pareil point, le luxe de la gourmandise perd son nom, pour devenir de la folie.
Si nous n'avions sous les yeux, les textes des auteurs classiques, nous risquerious d'être taxé d'exagération en disant que, dans leurs habitudes journalières, les patriciennes usaient familièrement de la plupart des procédés et inventions, recettes ou recherches de confort, qui caractérisent, à notre époque, la vie privée de la femme du monde.
Supposons une dame romaine, revêtant à son réveil sa robe du matin (indusiata) pour se rendre à une sorte de boudoir qui, au premier coup d'oeil, ressemble à un laboratoire de chimie, tant il y a de fioles, de bassins et de bocaux divers.
Elle s'assied sur un siège élevé, et fait signe à la femme qui
se l'uni à la porte [janitrix d'appeler la troupe des servantes et habilleuses attachées spécialement à sa personne : strigillistes, ponceuses, onctoristes et parfumeuses chargées de frictionner, masser e1 oindre la peau, pour L'adoucir; dépilaristes, et phialiges dont remploi consistait à épiler ou appliquer les lards; habilleuses ou vestiplicœ, et ornatrices ou artistes en l'art de disposer les parures.
Une esclave se place en face d'elle, tenant à la main un miroir; une autre s'approche, portant un vase rempli de lait d'ânesse tiède. Avec une linc éponge d'Afrique elle lui lave doucement le visage, puis étend une légère couche de suint de brebis, pour donner à la peau plus de souplesse et d'éclat.
Une brosse [strigilis) imbibée d'eau de Cosmus servira à nettoyer la bouche; en même temps l'esclave examinera s'il n'y a pas quelque dent malade à aurifier (auro incluso reficit), ou même à remplacer (dentibus utitur emptis). L'usage de fausses dents fixées au moyen des crochets d'or était si habituel que la loi des XII tables, qui défendait d'inhumer les morts avec des objets précieux, faisait une exception en faveur de ceux dont les dents empruntées auraient été assujetties par ce procédé [auro dentés vincti .
La dame romaine que nous mettons en scène, est assez jeune pour n'avoir pas besoin de faux râtelier; mais plus tard elle fera peut-être comme Galla, dont parle Martial, qui « change de dents comme d'amis ».
Viennent ensuite les soins de la chevelure.
L'huile odorante (oleum fragrans), la pommade à la graisse d'ours [ursinus adeps), seront mises en usage tout d'abord par des esclaves spéciales (psecas et picatrix). On pourrait même se servir d'une lotion capillaire, qui permet, selon l'expression de Martial, au cygne le plus blanc de devenir en quelques instants noir comme le corbeau; mais, au dire de Pline, toutes ces préparations, en définitive, ne font que brûler les cheveux (urere < rim
En femme sérieuse, notre patricienne se gardera d'imiter certaines amies, qui se teignent les cheveux en jaune ou en bleu [flavo ,(■/ /'m r, cœruleo ; elle se permettra seulement quelques
fausses nattes, pour que Ton puisse, aux jours de fôte, disposer sa coiffure en forme de lyre ou de colombe; et si un impertinent ou une amie curieuse lui pose une question indiscrète, elle pourra répondre comme Fabulla, « que ses cheveux sont bien à elle... puisqu'elle les a payés ».
Veut-elle donner à son visage une pâleur intéressante? Elle y répandra une fine pluie de blanc de céruse (pulvis cretœ seu cerussae) .
Souhaite-t-elle au contraire lui donner un ton plus animé, et emprunter à l'art l'incarnat qui manque à ses joues? Elle demandera à l'une des phialiges la boite au vermillon [arte rubet) .
Ce n'est point tout. Elle sait que le noir, en dessinant les sourcils, et en accentuant le bord des paupières, donnera au regard plus d'énergie et plus d'éclat; aussi ordonnera-t-elle à son esclave de tremper un pinceau dans la sépia ou le calliblepharum, et de prolonger ses sourcils en une courbe gracieuse (producit arcu); ensuite l'une des stimmiges placera au-dessus d'une lampe une aiguille de fer, qu'elle laissera noircir, et après l'avoir introduite entre les paupières, la retirera délicatement, de façon à ourler l'œil d'un velours noir qui adoucira le regard.
Quelquefois une mouche de cire noire (splenia) sera placée sur le visage, pour en faire ressortir la blancheur.
Quel vêtement choisir?
La mendicula ou toge magistrale?
La patagiata ou tunique parsemée de fleurs d'or et d'argent?
La stola aux broderies d'or et aux bordures frangées?
La spissa aux mailles légères?
La crocula aux moelleux plis de safran?
La klanis, la regilla, ou la basilica aux formes traînantes?...
Et sur cette robe, quel manteau placer? Vepanis ou petit manteau; ou bien la calthra, si le temps est doux; sinon, un pallium ou un péplum aux couleurs sombres.
Comme elle n'a point encore décidé le programme du jour, elle fait disposer par ses habilleuses divers voiles, parmi lesquels elle choisira tout à l'heure une coiffure plus ou moins élégante : le corinum, le melihum, la mithra ou la rica...
Le plus souvent, chez elle, la Romaine restera vêtue d'une toge, le vêtement romain par excellence, à tel point qu'Horace et Florus désigneront suffisamment 1rs Romains par ce mot to- (jati. c'est-à-dire ceux qui portent la toge.
Tue fois le costume choisi, on convoquera un conseil d'esclaves [approbatores , qui se prononceront sur la décision qui aura été prise et la corrigeront au besoin.
Enfin, la toilette est terminée. La dame romaine passe à la salle qu'elle s'est réservée et lit rapidement une sorte de journal (trtmsversa diumi) ; puis, tout en brodant, elle se fait raconter les nouvelles qui circulent dans la ville; ou bien, suivant en cela une mode de haut goût, elle s'apprend à bégayer, à parler du nez de nare locuta), à estropier les mots en supprimant des lettres indispensables (littcra légitima). Absolument comme sous le Directoire les muscadins évitaient de prononcer la consonne r, qu'ils trouvaient trop rude pour leurs palais délicats.
Elle s'essaiera aussi à des pleurs intéressants (dzscunt lacrymare decenter).
Quittant ces petits exercices, elle songera à faire son courrier. Elle écrit mal... Mais ce n'est pas sa faute : son encre est trop épaisse [crassus linmor)... Son papier boit [char ta bibit)... Comment voulez-vous qu'elle écrive avec une pareille plume (tali calamo) I
Cependant elle achève sa correspondance, cachette sa lettre à l'aide d'une pierre fine gravée (gemma). Mais comme le sceau n'est pas une garantie suffisante, elle fera quelquefois usage d'encre sympathique ; pour cela elle écrira avec du lait d'ànesse, et il suffira de répandre sur la feuille de papier une fine poussière noire, pour faire apparaître les caractères.
Si elle craint que sa missive ne s'égare ou ne reste entre les mains du destinataire, elle récrira môme sur l'épaule d'une de ses coiffeuses (pro eharta tergum).
Avant qu'elle sorte, on placera dans la litière son ombrelle (umbella), ses gants [digitales) ou ses mitaines (manicw), et son voile flammœum).
D'abord elle se rend chez un marchand à la mode pour ache-
ter, soit une légère tunique « tissée de vent » ou une écharpe (rica) de Cos; soit une riche soierie, venue de Tyr ou de l'Argolide.
Elle passe par le marché aux esclaves, parcourt d'un regard rapide les écriteaux appendus à leur cou, pour voir si elle trouvera quelque sujet habile dont elle puisse faire acquisition.
Parfois, quittant la place publique, elle se rend au temple.
Avant de pénétrer dans le sanctuaire, elle laisse tomber son voile sur le front, afin, comme le dit Virgile, de n'être point troublée par un visage ennemi, et aussi pour mieux recueillir sa pensée dans la prière.
Elle entre, prend le rameau d'olivier attaché à la porte du temple, et jette sur elle, en signe de purification, quelques gouttes d'eau lustrale. Aux jours solennels, on promènera autour d'elle une torche composée de bitume et de soufre (tœda) : c'est la lustration par le feu.
Une fois dans le sanctuaire, elle se tourne vers l'orient; et prie en élevant les mains à la hauteur de la bouche [ad os) ; elle adore la divinité...
La prière terminée, elle embrasse les genoux du dieu et se retire en silence.
Ensuite elle se fait conduire chez une amie à qui elle se propose de rendre visite.
On arrive à la villa. Un des porteurs de la litière frappe; un huissier (nomenclator) chargé d'annoncer les visiteurs tire le cordon (ducit funem), et ouvre la porte toute grande [bipatentes portœ).
La patricienne demande si son amie est visible; mais celle-ci a défendu sa porte (janua surda); et une servante menteuse (mendax ancilla), survenant d'un air assuré (superbo vultu), vient dire : Madame est sortie (isse foras) !
Par expérience, elle sait ce que parler... ne veut pas dire.
Supposons maintenant que la femme romaine dont nous nous occupons ait, par exception, été conviée avec son époux (per litteras admoniti) à prendre part à un repas; elle se munira de sa mappa, c'est-à-dire de la serviette que tout convive apporte pour son us;ige personnel. Cette précaution n'est pas inutile, car
ainsi qu'il esl d'usage, ou mange avec les doigts (carpit cibum digitù ■
Axant d'entrer dans la salle à manger [triclinium), elle retire ses chaussures, sandales ou peribarides. Ensuite «'lie vient prendre place sur L'un des lits disposés triangulairement autour de la table chargée de mets [monopodium).
Quant aux parasites que les convives oui amenés, ils se tiennent au pied du lit, et tachent de saisir quelques mets au pas- ', pour ne point partir a jeun.
Le paterfamilias appelant la bénédiction céleste dit : Hocbene sitlei le festin commence.
Faut-il compter tous les plats qui couvrent la table, depuis les pâtés de foies gras (turunda jecorea), jusqu'aux paons fourrés de truffes [tubera)! Non certes! Il y aurait là une énumération à fatiguer les crieurs du forum.
Entre deux services les commensaux s'amuseront avec un curedents (dentiscalpium). Mais d'après le conseil de Martial, observez ceux qui en font usage avec le plus de persévérance... ce sont ceux qui n'ont plus de dents {nec habent dentés).
Pendant le festin il y a des chants, des danses, des luttes, pour charmer les convives.
Vient le dessert (mensse secundae). Selon l'usage, les voisins boivent réciproquement dans leurs verres, et échangent leurs serviettes en souvenir. Le maître de la maison fait une libation en l'honneur des dieux, en épanchant à terre quelques gouttes de vin ; après quoi l'on porte des santés comme nous l'avons raconté.
Jusqu'où iront les libations?
A cela Ovide répond, qu'il ne faut pas boire jusqu'à voir doubles les objets qui vous entourent (nec quœ sunt singnla bina vide).
La nuit arrive.
Lne légion d'esclaves achèvent d'orner les salles ; on allume avec le soufre les bougies placées dans des lustres de cristal (cereos sulphure inter cristalla).
Mais voici que d'autres invités arrivent : le nomenclator qui se tient à la porte pose respectueusement à ceux qui se présentent, la question : Quis es tu?... Qui aurai-je l'honneur d'annoncer? dirait-on de nos jours.
En entrant, on salue ]es étrangers, on serre la main des amis (dextram frémit) .
Des paroles de politesse sont échangées; on tient même des propos flatteurs. Les jeunes femmes d'alors, comme celles d'aujourd'hui, endurent de cruelles tortures pour s'attirer ce compliment qui les touche particulièrement : tu es juncea; vous avez la taille souple et fine comme un jonc.
Silence! le cantator arrive, et commence par tousser (tussitat).
Il boit un verre d'eau aromatisée, auquel il demande en vain la mémoire et la voix, dit un satirique.
Heureusement, un recitator le remplace bientôt, et vient interpréter ses propres poésies ; il a cru prudent d'amener quelques affranchis avec lui et de les disséminer dans la salle, pour verser des larmes à point nommé, ou provoquer des bravos convenus.
C'est la claque (ars plausus) qui fera son succès, car il ne s'en rapporte pas à son seul mérite.
Après la musique et la poésie, la danse. Les danseuses prennent leur mouchoir (sudarium) et, devant elles, le cavalier s'incline respectueusement (salutat decenter).
On se livre à des danses à deux, dans lesquelles le pied touche le pied (pede pedem tangit) ou à des rondes générales (coronœ saltantes) .
Voici venir les plateaux (scutella) chargés de petits gâteaux au miel [huic laborat apis), de pièces montées (figuras) garnies de fruits délicieux; d'autres plateaux circulent portant des carafes frappées dans la neige (aquam rigentem de nive) ; les glaces (gelida) sont particulièrement recherchées. On combat la chaleur du bal en distribuant aux convives des boules de cristal refroidies dans la glace, et destinées à rafraîchir les mains par leur contact.
Ce petit arrêt nécessaire permettra d'aller inviter les femmes abandonnées seules sur les banquettes (ne spectent).
Elles ne veulent pas danser? elles ne le peuvent pas?... Qu'importe! insister est de politesse et cela leur fera toujours plaisir (gaudent rogatœ).
Les hommes se sont fait friser les cheveux (ferro torquere ca-
ptllos), et raser d'une main savante (docta manu). Ceux qui n'aiment pas la danse s'amuseront à jouer aux dés (tesserse) , an\ osselets astragali); ou bien ils se contentent de parler politique [fort lites)) ou de s'entretenir de la pièce en vogue [celeber ludus . . .
Après ce coup d'oeil rapide jeté sur la vie élégante de l'ancienne Home, n'est-on pas autorisé à dire, en ce qui concerne ce point de vue spécial : autre temps, mêmes mœurs?
Chez nos pères, la nourriture, les vêtements et divers objets ont été matière à réglementation.
Parlons d'abord des boissons et de la nourriture.
La vigne ne fut introduite en Gaule qu'après l'invasion romaine, mais pour y couvrir bientôt des champs immenses, grâce surtout aux propriétés du sol qui donnèrent aux vignobles des qualités supérieures.
Cette culture prit de telles proportions, que Domitien ordonna qu'on arrachât les vignes de la Gaule, dans la crainte que l'abondance du vin n'excitât trop facilement le peuple à la révolte, et n'attirât de plus les Barbares, par l'appât d'un breuvage justement vanté.
Un Cartulaire de Charlemagne interdisait l'ivresse publique1, à peine du fouet. Mais bien avant lui, on pourrait retrouver d'antres dispositions légales limitant l'usage du vin.
Les Phocéens de Marseille et les Romains, rapportent Polybe et Valère Maxime, ne toléraient pas que les femmes bussent aucun ferment de la vigne. Les Romaines n'avaient droit de se désaltérer qu'avec du passant, raconte Polybe, c'est-â-dire avec un breuvage tiré du raisin sec, et il ne leur était point permis, dit-on, d'avoir la clef de la cave.
Au comté d'Eu existait une prescription curieuse : ceux qui étaient connus pour pères de famille, ne devaient pas boire sur le comptoir. On craignait, dit finement une chronique du temps, « que le mari ne bût trop, alors qu'au logis, femme et enfants
1. De Tan SÛ2. — Notre loi tendant à réprimer l'ivresse date de 1873.
auraient soif ». Et au contraire, les jeunes mères avaient le prix ilège de réquisitionner le vin nécessaire à leur usage personnel.
Cette faveur était aussi touchante que justifiée.
Une Ordonnance du xiii0 siècle1 ne permet au déjeuner qu'un mets et un entremets, et au dîner un potage et deux plats au choix... Donnons le texte même :
« Nul ne donnera au grand mangier que deux mets et un potage au lard, sans fraude; et au petit mangier un mets et un entremets. Et s'il est jeune, il pourra prendre deux potages aux harengs et deux mets; et ne mettra en uneécuelle qu'en manière de chair (une pièce tant seulement), et en manière de poisson; et n'y fera fraude. N'entendons pas que fromage soit mets, s'il n'est pâte ou cuit à l'eau. » — La Cour était en dehors de ces réglementations, si l'on en juge par la quantité de vaisselle précieuse qui se trouve consignée dans les inventaires royaux. Ainsi celle de Charles V se composait de 84 plats et de 72 écuelles en or, de 396 plats d'argent et de 84-0 écuelles de même métal.
Dans les riches familles également, l'étalage de la vaisselle plate sur les dressoirs devint une vanité si générale, qu'en 1506, Louis XII s'opposa à la fabrication des ustensiles en métaux précieux; mais comme on les fit alors venir de l'étranger, l'ordonnance dut être rapportée.
Le Parlement de Paris publia, en 14142, un règlement relatif aux rafraîchissements que les Conseillers pouvaient boire à la buvette de la Cour : « En la Chambre du Conseil, il ne sera dépensé plus haut que 8 sols de vin, à la buvette, à peine d'indignation contre les magistrats ».
Une autre Ordonnance de 16293 détermine le nombre de plats par repas : « Défendons à toutes personnes, sous quelque prétexte ou couleur que ce soit, d'user au service de leur table (même en festin de noce ou fiançailles), de plus de trois services en tout, et d'un seul raug de plats, sans qu'ils puissent être mis l'un sur l'autre. Et ne pourra avoir plus de 6 pièces au plus, à peine de confiscation ».