L'ostensoir
Ministre, que vous ne Laisserez pas cet article sur votre cheminée. » A cette époque, pareille recommandation de la part du policier, était de prudence en effet.
Chacun sait qu'à la date du 8 juin 1 7î) V fut célébrée, sur l'initiative de Robespierre, la fête de VÊtre Suprême.
À vrai dire, ce fut moins un hommage sincère rendu à la divinité, (prune tapageuse réclame en faveur de la notoriété du farouche sectaire.
Le peuple fut convoqué aux Tuileries devant un immense amphithéâtre destiné à la Convention. Bientôt on aperçut, marchant en tète de l'Assemblée, Robespierre vêtu de son habit bleu barbeau. Une fois monté à la tribune, le sinistre comédien prononça à l'adresse de FÊtre-Supréme le panégyrique suivant : « C'est Lui, dit-il, qui place dans le sein de l'oppresseur triomphant les remords et l'épouvante, et dans le cœur de l'innocent opprimé le calme et la fierté; c'est Lui qui force l'homme juste à haïr le méchant, et le méchant à respecter l'homme juste; c'est Lui qui orne de pudeur le front de la beauté pour l'embellir encore; c'est Lui qui met la tendresse dans les cœurs maternels; c'est Lui qui baigne de larmes délicieuses les yeux du fils pressé contre le sein de sa mère; c'est Lui qui fait taire les passions les plus impérieuses et les plus tendres devant l'amour sublime de la Patrie; c'est Lui qui a couvert la nature de charme, de richesses et de majesté. Tout ce qui est bon est son ouvrage ou c'est lui-même. Le mal appartient à l'homme dépravé, qui opprime ou qui laisse opprimer ses semblables. »
Au bas de l'amphithéâtre, se dressait un monument où étaient représentés les ennemis de la félicité publique : le monstre de l'Athéisme soutenu par l'Ambition, l'Egoïsme, la Discorde et la Fausse- Simplicité. Robespierre s'en approche, une torche à la main : le groupe s'embrase et rentre dans le néant; et du milieu de ses débris fumants, s'élève la statue de la Sagesse, au front calme et serein.
Cependant le lendemain, 21 prairial, la charrette menait à L'échafaud le même nombre de victimes, et parmi elles un vieillard de s dxante-treize ans!
Une fête plus sincère et vraiment populaire clans ce mois de juin, est celle des rosières; en voici l'origine :
Dans le ve siècle, saint Médard, évè(jue de Noyon, institua à Salency dont il était seigneur, la Fête de la Rose. Par cet établissement, celle des filles de Salency qui jouissait de la plus grande réputation de vertu, recevait solennellement, au pied des autels, une couronne de roses que le curé, en habit de cérémonie, lui plaçait sur la tête. Il lui donnait en même temps vingtcinq livres en dot. D'après le titre de la fondation, il fallait non seulement que la rosière eût une conduite parfaite, mais que toute sa famille, en remontant jusqu'à la quatrième génération, fût irréprochable à tous égards. Le moindre soupçon, la plus petite tare eût été un titre d'exclusion.
Le seigneur avait le clroit de choisir la rosière entre trois prétendantes désignées parle village, un mois d'avance. 11 faisait annoncer l'élue au prône de la paroisse , afin que les autres filles eussent le temps d'examiner ce choix et de le contredire s'il n'était pas conforme à la justice la plus rigoureuse.
« Le 8 juin, jour du couronnement, la rosière, vêtue de blanc, les cheveux flottant en grosses boucles, accompagnée de sa famille et de douze jeunes filles aussi vêtues de blanc, et auxquelles douze garçons du village faisaient cortège, se rendait au château, au son des tambours et des violons. Le seigneur et son bailli lui donnaient chacun la main, et, précédés d'instruments, entraient avec elle dans l'église. Après les vêpres, elle se rendait à la chapelle de Saint-Médard, où le curé bénissait le chapel de roses, placé sur l'autel. Ce chapeau était entouré d'un ruban bleu et orné sur le devant d'un anneau d'argent. Une fois la rosière couronnée, le seigneur ou son représentant la reconduisait, pendant que Ton chantait le Te Deum au bruit de la mousqueterie. Puis elle allait prendre une collation que devaient lui offrir des censitaires1 de la seigneurie. On entrait ensuite dans la cour du château, où le seigneur menait la première danse avec la rosière. Le lendemain, celle-ci invitait chez elle les filles du village et leur offrait un repas, suivi de divertissements2. »
1. Ceux qui devaient le cens, ou redevance annuelle à un seigneur.