Expilly. — Bernard, Hist. des Fêtes
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Pareille fête a été adoptée ei imitée dans plusieurs villages de France: on l'y célèbre avec plus ou moins de pompe, mais la rosière y reçoit généralement une somme qui peut lui servir de petite dot, et elle est nommée non plus par le seigneur, mais par le conseil municipal qui parfois prend l'avis du curé.
Jadis le 2i juin, jour de la Saint-Jean, dès le matin, les fermiers attachaient à la porte des étables une nouvelle touffe de branches de noyer; celles de l'année précédente servaient à alimenter la grande flambée qui avait lieu pendant la soirée sur place de l'église.
Les paysans du Var jetaient dans le brasier des gousses d'ail, l'ail étant réputé préserver des mauvais esprits.
A Paris, chaque quartier avait son feu de la Saint-Jean, notamment celui de la Bastille dont on connaît les détails, car on a trouvé dans les archives de cette ancienne forteresse un Règlement spécial pour ce jour. Le matin, le canon devait faire trois décharges; le soir, nouvelles salves accompagnées d'un feu de mousqueterie par la garnison, qui assistait en armes à l'embrasement, etc..
Mais le plus solennel des feux: était peut-être celui de la Place de l'Hôtel de Ville. L'honneur de l'allumer revenait, de droit, au Prévôt des marchands, et les Rois devaient, au moins une fois pendant leur règne, assister à cette fête. Louis XV fut le dernier roi qui y prit part. Quand l'arbre était brûlé, les Parisiens en recueillaient avec soin les tisons et les cendres, et les emportaient dans leurs maisons, persuadés que ces restes portaient bonheur.
Suivant un usage très ancien, on suspendait à l'arbre de la Saint-Jean, un tonneau, un sac ou un panier rempli de chats destinés à périr dans les flammes; leurs cris désespérés constituaient « l'un des grans esbattements de la feste ». On lit en effet dans les Registres de la ville de Paris : Payé à Lucas Pommereux 100 sols parisis pour avoir fourni pendant trois années, finies à la Saint-Jean 1 r> 7 3 , tous les chats qu'il fallait audit feu, comme de coutume : ei même pour avoir fourni il y a un an, où le roi y as- BÎsta, un renard pour donner plaisir â Sa Majesté, et pour avoir fourni aussi un grand sac de toile où estoient lesdits chats. »
Des bouquets étaient remis au roi, aux seigneurs et aux dames de Ja cour, ainsi qu'aux magistrats et notables bourgeois présents; et lorsque le feu était consumé, ils prenaient part à une collation qui leur était offerte par la ville. Un compte de l'époque, rapporté par Sauvai, permet même de reconstituer le menu : u 24 livres de dragées musquées, 12 livres de confitures sèches, 4 livres de camichous, 4 grandes tartes de massepains, 3 grandes armoiries de sucre ,royal pour la collation du roi, de ses frères, et de la compagnie ; 2 livres de sucre fin pour les crèmes et fruits, 275 livres de dragées assorties en boites pour les dames et les seigneurs. » Des chapeaux de roses étaient distribués aux dames, puis on tirait un feu d'artifice.
Avant la Révolution, cette fête fut supprimée à Paris, à cause des accidents qui s'y produisaient; et en remplacement on dota des jeunes filles ou on délivra des prisonniers.
Le feu de joie ne constituait pas la seule manifestation populaire caractéristique de la Saint-Jean. Il y avait aussi la croix, que beaucoup de personnes faisaient bénir à l'église, et clouaient ensuite au linteau de leur porte. Cette croix devait être formée de plantes odorantes et médicinales, ayant la propriété de se conserver au moins pendant un an, jusqu'à leur renouvellement par la nature : ce sont les herbes de la Saint- Jean.
Plus il y en avait de sortes, plus on supposait leur vertu efficace l .
Dans la juridiction du Châtelet de Paris, on appelait paranymphes2 ou encore Fêtes en foimwe, certaines cérémonies judiciaires consistant, tous les deux ans, en discours faits dans diverses Chambres par les bacheliers de licence, discours facétieux et critiques « pleins souvent de joyeux propos », et qui étaient suivis « d'un régal ».
Le Mercure galant de septembre 1709 publie la relation d'un
1. On connaît la formule proverbiale : mettre toutes les herbes de la Saint-Jean, pour dire : faire une chose complètement, et avec un soin minutieux.
2. Dans l'Université de Paris, celui qui accompagnait à la Chancellerie les candidats à la licence en théologie ou en médecine, s'appelait Paranymphe, nom par lequel on désignait autrefois à Rome les garçons d'honneur dans les mariages. A Paris, ce mot finit par s'appliquer aux fêtes, et même aux discours dans lesquels on célébrait les licenciés, après qu'ils avaient conquis leurs diplômes.
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de ces amusements « où d'illustres ei spirituels orateurs paraoymphèrent, dit Le texte, avec grand succès; aprèsquoi on donna des confitures à tout le monde ».
La réunion des clercs du Chàtelei de Paris et du Parlement constituait la communauté de La Basoche, organisation privilégiée officiellement reconnue par les Rois et dont la juridiction était aussi étendue qu'incontestée. Cette juridiction appelée Royaume de la Basoche, était si bien admise par les Parlements euxmêmes, qu'ils lui renvoyaient la connaissance des différends pouvant naître entre les 8 ou 10.000 clercs de son ressort.
Devant ce tribunal disciplinaire on plaidait comme dans les prétoires royaux; et ses jugements motivés étaient expédiés sous cette forme pompeuse : « Fait au royaume de la Basoche1 le..., la lîasoche régnante. »
La moitié des amendes infligées aux délinquants servait à donner des fêtes dans les plus vastes salles du Palais de Justice, où les clercs représentèrent d'abord des mystères pieux, qui bientôt dégénérèrent en comédies, en farces et en « moralités »... souvent très licencieuses.
Beaucoup de ces spectacles pour récréer les auditeurs mettaient en scène, au lieu des faits de l'histoire sacrée, les épisodes grivois ou les scandales fameux du temps, habituellement figurés par des personnages tels que le Sot corrompu, ou le Sot dissolu.
Le public recherchait ces spectacles avec passion, « ces comédies lui apprenant utilement les désordres des gens en place2 ». Peu à peu les clercs fondèrent une sorte de scène française et firent appel au concours d'acteurs attitrés appartenant à diverses sociétés, telles que les Eu/ unis sans souci, les Coqueluchars... Les sujets choisis pour les représentations devinrent si scabreux que les para nymphes furent généralement interdites, « pour cause d'honnêteté publique ». Et cependant, à l'origine la paranymphe n'était qu'un sage et pieux discours prononcé en l'honneur des jeunes gens qui venaient de conquérir leur brevet de Licence, licence qui certes n'avait que le nom de commun avec celle qu'on dut réprimer.
l. ( ""• •• Henri HT qui a déclara abo'ie la Royauté de la Basoche ». t. Desmazefl, //• ■<:ht.
Les diverses Chambres qui composaient la Justice royale du Châtelet de Paris avaient des jours de congé spéciaux.
Il y avait vacations tous les lundis, — le 13 janvier, jour de Saint-Hilaire, — le 22 pour la Saint-Vincent, — à la Saint-Charlemagne, — le mardi et le jeudi gras, le mercredi des Cendres et le jeudi de la Mi-Carême, — toute la quinzaine de Pâques, — le 10 mai, jour de service « pour les âmes de ceux décédez clercs, — pour la Saint-Yves, patron des avocats, — aux vigiles de la Toussaint et de Noël. — Enfin les Chambres du Châtelet ne se réunissaient pas, quand avaient lieu les foires telles que celle de Saint-Germain.
Ainsi que les jours, les fêtes se suivent sans se ressembler. Après les chants de joie, les hymnes funèbres! après les rires éclatants, les larmes abondantes ou les sanglots étouffés! Dans toute la chrétienté novembre est le mois des souvenirs et de la piété filiale : le mois des Morts.
« A Rome le 2 novembre, la foule des fidèles se rend d'ordinaire aux Capucini. La partie intéressante de ce couvent est le cimetière souterrain, établi en dehors de l'église. Rien de plus étrange que cette manière de catacombe. Sept ou huit salles voûtées la composent. Les parois cachent leurs pierres nues sous une mosaïque de crânes et d'ossements, et des niches sont pratiquées dans ce revêtement sinistre : ce sont les tombes toujours ouvertes des derniers capucins morts. Ceux-ci s'y dressent debout dans toute leur raideur cadavérique, vêtus de leur robe brune et coiffés de leur capuce. Appliquée sur leur poitrine et maintenue par les bras rapprochés, une lourde croix noire dessine sur la bure sa silhouette sombre. La discipline et le rosaire pendent noués sur le squelette. Un cartouche indique le nom du mort et la date de son décès; et des ouvertures grillées jettent sur cet ossuaire un jour douteux. Des côtes, des omoplates, des tibias, des crânes, formant des arceaux, des voûtes, ou des trumeaux, encadrent quelque motif principal, qui est presque toujours un sablier fixé entre deux ailes de chauve-souris, et symbolisant la rapidité du temps. Le jour des Morts, ce lieu funèbre s'éclaire d'une manière plus lugubre encore : dans les crânes.
des cierges sont introduits et allumés; leurs flammes piquent de points d'or ce réduit sépulcral, et leur Lumière jette des lueurs
vacillantes sur ces ossements jaunis '. »
Laissons ce sombre tableau pour contempler au contraire les joies uaïves el exubérantes de l'enfance chrétienne à l'époque ne la Saint-Nicolas.
En Hongrie, cette fête présente une intéressante mise en scène, qui rappelle un peu ce qui se faisait dans l'ancienne France : f Lorsque les fatigues d'une trop longue veille ont fini par endormir les chers bambins, raconte un voyageur, on entend tout à coup frapper à l'huis bien clos. Vite, vite la maman éveille les petits qui, en chemise et dans un demi-sommeil, voient entrer un solennel vieillard à longue barbe de chanvre, vêtu d'une aube blanche, coiffé d'une mitre et tenant dans la main un long bâton recourbé en guise de crosse épiscopale. Il est suivi d'une sorte de diable couvert de peaux de bètes, orné de deux longues cornes de chamois et porteur d'un sac aux formes bizarres. Les enfants admirent l'évêque tout en jetant des regards craintifs sur son affreux compagnon; puis s'agenouillent et procèdent à l'énumération de leurs moindres peccadilles, priant ardemment le saint de ne point permettre que Satan les emporte dans son noir séjour. Oh! comme on redoute d'omettre quelque faute! Mais la maman est là agenouillée elle-même derrière ses chéris, leur soufflant les mots au besoin pour conjurer le respect humain ou les défaillances de mémoire. Le saint écoute gravement, demande à l'enfant un acte de contrition; [mis blâmant à haute voix l'audace de Satan qui voudrait ravir l'enfant sage, il annonce au contraire que c'est l'esprit malin qui va payer une amende pour son insolence. Tout penaud, le prétendu diable s'enfuit, en laissant là sou sac : on l'entrouvre, et pâtisseries, bonbons, joujoux roulent aux pieds des chérubins ravis. Ceux-ci retournent au lit en emportant ces merveilles dans leurs bras. Les rideaux sont tirés : alors saint Nicolas et 1<- diable dépouillant leurs oripeaux, redeviennent ce qu'ils
sont vraiment, c'est-à-dire des membres de la famille ou de bons amis de la maison, tout prêts à recommencer Tannée suivante cette aimable comédie. »
Mais les petits enfants n'étaient pas les seuls autrefois à célébrer saint Nicolas.
En fait, ce saint fut l'un des patrons du barreau français. Le nom de bâtonnier que porte encore le chef de l'Ordre, lui vient même de ce que l'avocat élu par ses confrères pour les représenter, portait dans les grands jours le bâton de saint Nicolas, patron de la Confrérie des avocats, établie en 1342 par les compagnons clercs et procureurs.
En 1782, le Barreau cessa de participer à cette confrérie; mais le nom de « bâtonnier » est resté.
Les avocats devaient assister à la messe du deuxième jour de la Saint-Nicolas, célébrée dans la salle des Pas-Perdus, et revêtir la robe et le chaperon hermine, comme pour les processions et les audiences solennelles.
Non seulement la messe de rentrée, ou messe rouge (ainsi appelée à cause de la tenue des magistrats) était chantée dans la chapelle Saint-Nicolas, mais chaque matin il s'y disait une messe basse, où ne manquaient pas de se rendre la plupart des plaideurs, « avant l'ouverture de l'audience ».
Saint Nicolas ne fut pas le seul patron des hommes de loi; ainsi en 1348, on fonda à Paris une confrérie de Saint-Yves. « Cette confrérie, écrit M. Arthur Desjardins, dans une savante monographie1, bâtit la chapelle du Clos-Bruneau, aux lambris de laquelle avocats, procureurs et plaideurs suspendirent en ex-voto des liasses de procès, comme on devait attacher, dans d'autres temples, les drapeaux conquis sur les champs de bataille. »
1. Saint Yves, avocat des pauvres, et patron des avocats, par M. Arthur Desjardins, membre de l'Institut.