‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 31 sur 323 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l SAGES POPULAIRES Al JOUR DE NOËL.

Réjouissances de la Noël dans nos anciennes provinces; l'agnelet sauveur du troupeau; bénédiction enfantine au réveillon... — Représentation du mystère de la Nativité à Rouen : description. — Noël en Belgique et en Espagne. — Le Christmas anglais et les glee. — Coutumes suédoises et norvégiennes au jour de Noël : le repas des oiseaux... — Cadeaux symboliques de la Noël en Russie. — Le Christkind allemand et Nicolasle-Velu, terreur des enfants. — Procession du saucisson en Allemagne au xvie siècle; une rète à Kœnigsberg. — Les enfants prédicateurs à Rome. — Historique de la Bûche de Noël. Curieuse signification légale du « briborion ». — Noëls populaires de diverses provinces.— Caroles et noëls farcis : exemples divers. — Étrangetés des réjouissances au jour des Saints-Innocents : protestation de Gerson. — Arrêts du Parlement sur la fête des Fous.

Voici Noël!

Nofil! vivat joyeux qui acclamait autrefois sur leur passage Les princes et les rois, et aussi, cri vibrant des preux chevaliers partant en guerre ou entrant en lice; Noël! mot prestigieux qui fait tressaillir d'aise l'enfant autour de l'àtre paternel! Pour le Chrétien, c'est un chant d'allégresse, de reconnaissance et de rédemption : pour l'indigent, un mot de miséricorde et d'espérance, un radieux jour de printemps rayonnant au milieu des brumes de l'hiver.

Ce fut saint Télesphore1 qui établit au 11e siècle de notre ère les fêtes solennelles de la Nativité. Mobiles d'abord, elles devinrent Qxes sous le pontificat du pape Jules 1er au iv° siècle, et prirent pour date immuable la nuit du 2i au 25 décembre de chaque année. De simple et rustique qu'il était au début, le jour de Noël augmenta progressivement en magnificence. A partir du vin siècle les églises se parèrent de riches tentures et

1. Pape de 128 à 130. — M. Pradier, Fit. ckrét. Dos le second siècle s'établit l'usage ois messes, à la Nativité.

d'un luminaire nombreux. Des rites variés signalèrent la fête : chants, lectures, dialogues, mystères et scènes pieuses. C'était, en effet, l'occasion de spectacles en plein vent, où figuraient la Sainte Vierge, saint Joseph et l'Enfant Dieu, sans oublier l'humble bétail de la crèche.

En Picardie, un agneau placé dans une corbeille était porté par un berger enrubanné, suivi d'un cortège d'autres bergers et bergères vêtus de blanc; il était présenté à l'église, promené en procession au chant des noëls locaux, et bénit par le prêtre1. Cet agneau ramené dans la bergerie était toute sa vie entouré de soins particuliers et on le laissait mourir de vieillesse, car on le regardait, par une naïve allégorie, comme étant le « sauveur du troupeau ».

Dans d'autres provinces, en Franche-Comté par exemple, des enfants travestis en rois mages et chantant de porte en porte, allaient solliciter, au nom du petit Jésus, des dons en argent ou en nature qui ne leur faisaient jamais défaut.

Le soir du 24- décembre, en Provence, la famille se réunissait chez les grands-parents, afin de prendre part au « gros souper » composé surtout de choux-fleurs et de morue en brandade, avec un nougat pour dessert. Avant qu'on fut assis, le plus jeune enfant avec une gentille gaucherie bénissait le repas en dessinant de ses mains mignonnes, lentement dirigées par l'aïeul, un grand signe de croix au-dessus de la table du réveillon.

Il semblait tout naturel de choisir ce petit être innocent comme le représentant du Christ nouveau-né.

Un manuscrit des archives de Rouen relate une extraordinaire représentation qui était donnée le jour de la Nativité dans les conditions suivantes.

Au milieu de la nef de la cathédrale on dressait une sorte de bûcher composé de linges et d'étoupes; et après avoir chanté Tierce, le clergé faisait processionnellement le tour du cloitre, puis venait s'arrêter au centre de l'église, entre deux groupes, représentant l'un les Juifs, l'autre les Gentils; au bout de l'édi-

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