Ad. Bitard, Noël
USAGES POPULAIRES AU JOUll DE NOËL. 7'.'
fice étaient massés de nombreux personnages destinés à jouer Le rôle des Prophètes de l'Ancien Testament.
Les chantres commençaient par apostropher avec impétuosité Les Juifs et les Gentils, qui, de leur place, leur répondaient par un verset non moins violent. Les mêmes chantres s'adressanl ensuite à celui qui jouait le rôle de Moïse disaient : « Voici Moïse le législateur! » Un Moïse à longue barbe, revêtu d'une aube, tenant une baguette dans une main et les tables de la Loi dans l'autre, entonnait à son tour un chant prophétique relatif à La naissance du Christ. Puis un cortège, célébrant ses louanges, le conduisait près du brasier; et le chœur répondait. Le même cérémonial se renouvelait pour chacun des prophètes successivement interpellés.
On a conservé la liste des personnages de la figuration : Moïse était suivi d'Amos, vieillard barbu ayant un épi à la main: ensuite venait Isaïe vêtu d'une aube et le front ceint d'un bandeau rouge. Aaron s'avançait derrière, couvert d'ornements pontificaux, la mitre en tête, précédant Jérémie en habits sacerdotaux et tenant une petite boule à la main. Daniel représenté par un jeune ecclésiastique était drapé dans une tunique verte, et le prophète Habacuc, vieillard boiteux, suivait, orné d'une dalmatique : dans un vase étaient des racines comestibles qu'il mangeait entre deux versets. Après lui venait Balaam, monté sur une vieille ânesse, qu'il s'efforçait de faire avancer, tandis qu'un jeune homme lui barrant le passage avec une épée l'obligeait à s'arrêter1. Un clerc se dissimulant sous l'ànesse disait alors d'une voix étrange : « Pourquoi me déchirez-vous ainsi avec l'éperon? » A Balaam succédait le prophète Samuel, puis David paré des emblèmes de la royauté. A la suite des Prophètes on voyait Zacharie habillé en Juif, et accompagné de sa femme Elisabeth vêtue de blanc; leur fils Jean-Baptiste avait les pieds nus et portait une corbeille; derrière lui se tenait le vieillard Siméon; et enfin Virgile! qui devait s'étonner un peu de se trouver en aussi sainte compagnie, fermait la marche.
1. Le jeune homme figure ici l'ange armé dont parle l'Écriture, dans l'épisode de m.
Si on l'admettait à la procession, c'est qu'il était réputé avoir prédit la naissance de Jésus-Christ. Ce défilé disparate se terminait souvent, dit le Mémorial de Rouen, par un clerc habillé en sibylle, portant une couronne sur la tète et chantant des versets contenant des prédictions.
En Belgique, la Noël se passe à peu près comme en France1. A. Bruges pourtant, ville catholique par excellence, on a maintenu la tradition des noëls dans les rues, toute la nuit du 2k au 25 décembre. Ce sont bien toujours les mêmes cantiques, airs et paroles, qu'on chantait au moyen âge pour fêter la naissance du Christ, et aussi pour obtenir des riches les moyens de se réjouir de la venue du Rédempteur : les pauvres demandent en musique un peu de bois pour réchauffer « leur 'petit frère qui vient de naître ». Chacun devine le vrai sens de cette douce prière, et nul n'oserait trouver mauvais le subterfuge, ni répondre par un refus à l'humble demande ainsi formulée.
Dans quelques parties de l'Angleterre , les enfants se réunissent pour aller de cottage en cottage chanter les chœurs de Noël : un de ces chants (glee)2, au rythme vif et gai, a pour refrain ces paroles :
The merry merry timel
Bless the merry merry Christmas time!3.
Ce jour-là surtout le morceau de choix, taillé dans le bœuf saignant, c'est-à-dire le très apprécié Sir- Loin 4, « seigneur Aloyau », qualifié « Chevalier5 » par Charles II dans un jour de belle humeur, est l'objet d'une grande sollicitude de la part des gourmets anglais. Cette pompeuse appellation ne doit pas trop nous étonner, si nous nous rappelons que ce morceau, à raison même de sa succulence, était connu de nos pères sous le nom de « pièce noble ». On a même prétendu que le mot aloyau vien-