De Besançon
USAGES POPULAIRES Al' JOUE DE NOËL
Apportant son meilleur vin .
Ilùti froid z'el «lu bon pain.
Voici l'ai d'moiselle Sophie Q'aipporte un biau couvre-pié,
Pour cacher les p'tita petons De ce tant joli Poupon.
Dès le souleil la couturière Y viendra tout' la première .
Pour faire au grand saint Josct Bell1 culott, veste et gilet.
Chantons, mes enfants, Le Dieu Tout-Puissant!
Cueillons ailleurs quelques strophes isolées :
Entre le bœuf et le bouvet,
Noël, nouvelet Voulut Jésus, nostre maistre,
Dans un petit hostelet En ce pauvre monde naistre ,
0 Noël nouvelet.
Boutons notre habit le plus biau
Que j'ons quand il est fête, Pour adorer l'enfant nouviau!
Après avoir pris moun bonnet Y dirai, si je n'erains;
Serviteur bon Dieu! nous voicy; Vous vous portez bien? Dieu merci!
Donnons des exemples d'un genre différent, mais non moins piquant.
L'un apportait un agneau
Avec un grand zèle, L'autre, un peu de lait nouveau
Dedans une écuelle.
Tel, sous ses pauvres habits,
Cachait un peu de pain bis Pour la Sainte Vierge Et Joseph, concierge.
Qu'on ne voie pas dans cette dernière qualification une appellation irrévérencieuse à l'égard du grand saint. A notre époque sans doute, le mot est modeste comme la fonction ; mais il n'en fut pas toujours ainsi : jadis le concierge était un officier royal, choisi parmi les plus nobles, et jouissant même du privilège de haute justice, en certains cas; et quand Louis XI modifia cette sorte de judicature, ce fut son illustre médecin Jean Coictier qui hérita de la charge de concierge-bailli.
On voit que cette condition sociale est quelque peu déchue de son ancienne grandeur...
Un fait entre cent donnera idée de l'importance de cet eihploi chez nos pères : la reine Isabelle de Bavière se fit nommer « concierge de la conciergerie du Palais » , racontent ses historiographes. Certes, voilà une ambition qui, aujourd'hui, tourmenterait peu de grandes dames!
Continuons notre revue :
Pourquoi dans cette étable Voulez-vous demeurer?
Vous n'avez lit, ni table, Ni feu pour vous chauffer.
Au milieu de deux bêtes,
Sauf votre respect, Ma foy, bien mal vous êtes, Sortez-en s'il vous plaît!
Mais ce qui comble de joie la foi populaire, c'est de penser que la venue de l'Enfant Dieu « fait enrager le diable, ce vilain maraud qui vole les âmes en les induisant à mal » :
Le grand dyable est enraigé! ' Voy va! voy va! comme il trotte!
Le Sauveur du monde est né En Bethléem la cité, D'une vierge sans reproche...
DSAGBS POPULAIBES AU JOUB DE NOËL. 98
Le grand dyable est enraigé; Voy val voy va! comme il trotte!
La prière suivante, tirée d'un Noël poitevin, est inspirée par une pensée analogue :
Prions le Fils par la More, Qu'on son logis éternau Nous loge, sans vitupère, Malgré le dyable infernau, Qui toujours veut faire m au Par sa caulelle notoire, Oh! qu'il est laid le maraud!
Un poète a eu la charmante inspiration suivante : les plus gracieux des animaux, ceux qui planent au-dessus des fanges terrestres et vivent dans l'azur, les oiseaux en un mot, sont censés rendre visite à l'enfant de Bethléem, et chacun lui gazouille les choses les plus aimables et s'offre à le servir à sa manière.
Le début a quelque chose de solennel :
Pour honorer les langes Du Roi de l'univers, Cent mille oiseaux divers Chantent avec les anges
Répandus dans les airs, Et mêlent leurs louange; Aux célestes concerts1.
Puis commence le long défilé des hommages de ces chantres emplumés.
V hirondelle , émue de la pauvreté de l'étable,
Offre son ministère Pour une autre maison :
« Jo m'entends à les faire, « Je suis un peu maçon. »
Valouette habituée à se perdre dans les hauteurs de l'espace,