Beati pauperes tpirilu
HISTOIRE DSS CROYAVCRS. — II. 7
amour profond et sincère de la pauvreté : témoin saint Louis, sainte Elisabeth de Hongrie.
Oui! au moyen âge on se réjouissait « follement avec les doux innocents », tandis que Ton exorcisait et maudissait les fous furieux, en qui l'on voyait facilement des possédés.
Nous avons recherché si les historiens n'avaient pas exagéré à plaisir et surfait la bizarrerie des usages d'alors; et nous avons constaté que les faits rapportés devaient être tenus sinon pour généraux, du moins pour très fréquents. Naturellement on a fait grief à l'Église des désordres et des irrévérences commises par les étudiants et les collégiales ; et on s'est bien gardé de dire que l'autorité ecclésiastique, loin d'encourager ces indécences, s'efforçait par tous les moyens d'y mettre un frein.
Ainsi, dès la fin du xnc siècle, l'évêque de Paris, Maurice, essaya en vain de les abolir dans son diocèse. Odon, archevêque de Sens, fit la même tentative sans succès.
Scandalisé de ce qu'il voyait, le grave Gerson s'en plaignit vivement et conjura les Princes chrétiens d'intervenir. Le Doyen et le Chapitre de Saint-Vincent de Châlons, profitant des avis de ce pieux docteur, s'adressèrent au Parlement pour l'abolition de semblables désordres dans leur église ; et en réponse à leur réclamation, intervint le curieux Arrêt suivant, qui servit de signal à l'abolition de ces jeux dans les sanctuaires du royaume :
« Sur la doléance et requête, faite en notre Cour par les Doyen et Chapitre de Saint-Vincent de Châlons, ampliée par le Procureur général du Roi; ladite Cour, pour obvier aux scandales et irrisions qui, de jour à autre, sont ci-devant avenus et peuvent avenir ; et, à cette fin que le service divin soit continué aux églises, cathédrales, collégiales et autres du ressort de ladite Cour, sans irrévérence et insolence à l'occasion des Saints Innocents, cette Cour ordonne : Que défenses seront faites aux choriaux et habitués de ladite église Saint-Vincent, et de toutes autres églises de son ressort, dorénavant, le jour des Innocents et autres jours, faire aucune insolence ni tumulte es dites églises : Défense également de vaquer en icelle, et courir parmi les Villes avec danses, et habit non décent à L'état ecclésiastique; mais au contraire de faire continuer le Sacrifice divin, avec telle modes-
tie de mœurs et d'habits qu'il est requis par les saints Canons et Décrets; le tout, à peine de mettre le temporel des contrevenants sous la main du roi. Et, a cette un, la Cour exhorte tous les Juges ecclésiastiques supérieurs, et enjoint aux Juges ordinaires royaux, de faire entretenir et étroitement garder le contenu de cet arrêt »!.
Tels étaient la puissance de l'habitude, et le plaisir que le public trouvait à ces « joyeusetés » que, tout en fulminant contre l'indécence de ces jeux, un Concile tenu vers la lin du xve siècle, dut faire la concession suivante : il limita « à trois seaux, l'eau qu'on pouvait jeter à la tête du préchantre2 ».
Encore au xvue siècle, on voyait annuellement en Provence la fête des Fous.