‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 46 sur 323 · Dictionnaire j/hilosophiqur · texte numérisé non relu

Dictionnaire j/hilosophiqur

conformait au vœu du Deutéronome qui voulait le repos, dans V intérêt des serviteurs, comme nous l'avons signalé déjà.

L'institution des fêtes chômées fut d'abord un bienfait pour le peuple, et surtout pour l'habitant des campagnes. L'homme de la glèbe, attaché au sol, soumis au dur servage, travaillant, non pour lui mais pour son maître, forcé de le suivre aux diverses guerres de château à château que les seigneurs se faisaient entre eux pendant l'anarchie de la féodalité, dut voir avec joie revenir fréquemment des fêtes qui étaient pour lui une occasion de délassement, et pendant lesquelles les seigneurs étaient forcés de suspendre leurs hostilités pour observer la trêve de Dieu. « Mais quand le vassal eut été affranchi, quand il cultiva la terre pour son propre compte, alors seulement il se plaignit du nombre toujours croissant des fêtes chômées, qui, jusque-là avaient été un bonheur pour lui1. »

La législation française relative à l'observance des dimanches et fêtes légales, étant manifestement fondée sur les prescriptions du catholicisme, les chefs de la Révolution eurent à cœur de remplacer le calendrier grégorien par le calendrier républicain, et le dimanche par le décadi terminant une période de dix jours, appelée décade.

Dans le nouveau calendrier'2, les jours ne furent plus désignés par des noms de saints, mais par des mots quelconques, pris dans chacun des trois règnes de la nature.

Ainsi, parmi les dénominations ratifiées par le Décret du 3 brumaire an H, nous lisons les appellations suivantes pour désigner les jours de l'année : cheval, âne, bœuf, oie, dindon, cochon, lapin, canard, mulet, écrevisse... ; ou encore : carotte, potiron, citrouille, navet, salsifis, cresson, chicorée, chou-fleur, oseille, fumier, épinards, mouron, pissenlit, asperge, camomille, échalotte, lentille...; enfin dans Tordre minéral il y avait : ardoise, houille, granit, sel, fer, étain, plomb, zinc...

Quant aux cinq derniers jours de l'année, ils s'appelaient sans-

1. Dal., Rép. jur., 205. Un arrêté du 29 germinal an X, ne reconnaissait plus pour fêtes légales « outre les dimanches, que Noël, l'Ascension, l'Assomption et la Toussaint ». Les articles organiques, en effet, ne prévoient que le dimanche comme jour férié. (Art. 41.)

2. Un décret du 5 oct. 1792 « fixe l'ère des Français à partir du 22 septembre 1792 ».

8ABBAT, DIMANCHE, FÊTES l'.AI.LADOIRES. 109

cttlottides, en l'honneur des sans-culottes, moi par lequel Les révolutionnaires entendaient désigner les ^ bons citoyens » par opposition aux classes aristocratiques.

Le législateur avait aboli le dimanche; mais comme on n'avait pas supprimé la fatigue qu'engendre un Labeur continu, force lui lut de choisir une nouvelle date de repos : les jours de la décade s'appelaient primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidiy seplidi, octidi, nonidi et décadi. Le parti irréligieux voulait non seulement opposer le décadi au dimanche, mais môme en faire une institution contre l'Église. Dans ce but, le conventionnel Poultier publia des cahiers de Discours ou Sermons décadaires, qu'il vendait douze sous, et qui étaient destinés, disait-il, à remplacer les prédications des prêtres.

Le 1er nivôse an III (-21 décembre 1794), Marie-Joseph Ghénier proposa « de remplacer les messes par la lecture des décrets, par des sermons civiques, et par des danses ». Mais, après avoir entendu un discours de Grégoire, la Convention passa à l'ordre du jour. Ce projet fut repris par Eschassériaux, le 11 janvier 1795, « pour combattre par des solennités nouvelles, les manœuvres scélérates des prêtres fanatiques, » comme l'écrivait le représentant Lequinio qui appuia chaudement l'idée.

t Par arrêté du Directoire exécutif en date du li germinal an VI1, il fut ordonné de veiller à ce que les foires, les marchés, les départs de voitures publiques, etc., fussent réglés sur le calendrier républicain, sans avoir égard désormais aux dimanches et fêtes. L'article 3 de cet Arrêté, déclaré pris « contre les ennemis de la Liberté », ajoute cette étonnante disposition : « Les Municipalités s'attacheront spécialement à rompre tout rapport des marchés au poisson avec les jours d'abstinence désignés par l'ancien calendrier. » L'article 7 impose même à chaque administration « de changer sans délai l'ouverture des écluses, des cours d'eau, fixée d'après le calendrier grégorien; et enfin aux termes de l'article 15, les Municipalités étaient tenues « d'arracher les affiches et d'enlever les écriteaux des maisons à louer, dont les dates n'étaient point conformes au calendrier répu-

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