Nous avons dit que carole signifiait danse en rond
SABBAT, DIMANCHE, PÈTES BALLADOlllKS. 116
fêtes balladoires » qui étaient devenues l'occasion de véritables troubles et scandales.
Il paraît en effet que la gaieté française inventait alors des amusements si attirants, si passionnants pour la foule, que les jouis pieux perdaient de leur importance et de leur prestige à côté do ces mascarades et boutlbnneries. On en jugera par les détails que nous allons donner, et qui, puisés dans les anéts mêmes des Parlements, offrent, malgré leur étrangeté, un caractère d'authenticité absolue.
Ainsi dans plusieurs paroisses de la Picardie1, le lendemain de la fête patronale avait lieu une fête balladoire, appelée « de L'arriéré ». dans laquelle un habitant « le visage tourné vers la queue d'un àne qu'il montait, escorté de jeunes gens armés de bâtons et précédé de tambours, s'en allait de porte en porte demander des provisions et de l'argent; la troupe barrait les rues et rançonnait les passants qui voulaient poursuivre leur chemin. Un arrêt du *22 mai 1776 condamna les contrevenants à 50 livres d'amende.
Dans la justice du duché de la Rochefoucault voici ce qu'était une fête balladoire. Les habitants s'assemblant sous la halle, constituaient un tribunal qu'on installait autour d'une table, en pleine place publique. Devant lui comparaissait un prétendu coupable appelé le Baron, inculpé des méfaits les plus extravagants, et qui, par un jugement facétieux, était condamné « à être jeté dans la rivière ». Relevons quelques-unes des folles accusations articulées contre lui : On le dénonçait comme coupable « d'avoir porté de l'eau arec un crible dans le champ de telle personne, pour en noyer méchamment les lièvres »; ou « d'avoir fait brûler les poissons dans la rivière » (textuel).
Avec de pareilles données, on s'imagine à quel degré de joie intense, délirante, pouvaient être portés de semblables débats, soutenus par un accusateur et un avocat choisis en conséquence! Alors, en vertu de la décision rendue par les juges improvisés, on jetait prestement à l'eau le condamné. Bien entendu,
1. Par ballade <<u balade on désignait souvent dans les villages la fête du patron de la paroisse, jour chumé, d'où est venue cette expression picarde : s'aller balader.
on lui tendait une perche secourable; mais évidemment le coupable imaginaire avait été choisi parmi ceux dont les gens du pays avaient à se plaindre, et qu'on se plaisait ainsi à berner par représailles.
Une fois sorti de son bain (car il fallait entretenir et prolonger les amusements de la fête), le Baron venait présenter des fleurs aux spectateurs, moyennant tel prix qu'il fixait. Lui refusait-on d'acheter, ou ne donnait-on qu'une somme insuffisante? à son tour il saisissait les gens, et « avec l'aide des bacheliers, les précipitait dans l'eau aux applaudissements de la populace ».
Dans la paroisse de Genac, une fois par an, « l'usage, au sortir de l'église, était de crier à l'eau! aux nouveaux mariés de l'année, et effectivement de les y jeter « à moins qu'ils ne crient au vin! auquel cas on les menait en cortège au cabaret, où ils étaient forcés de payer généreusement à boire ». Il fallut l'intervention du Parlement qui, pour mettre fin à ces vexations, édicta une peine de cinquante livres d'amende, à l'égard de tout délinquant1.
Cet arrêt du Parlement de Paris, du k mai 1781, s'exprime en ces termes : «... Attendu que les Fêtes balladoires et autres semblables sont supprimées, la Cour défend à toutes personnes de quelque condition ou état qu'elles puissent être, de s'attrouper, et, à pareil jour, de jamais plus culbuter aucune personne dans les rivières. »
Le teneur même de l'Arrêt indique qu'il ne s'agissait pas là d'une plaisanterie isolée, mais d'une habitude assez générale.