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ainsi qu'il ferait d'un vil bétail, n'oserait jamais prendre son père pour objet d'un marché, si violente que soit sa cupidité, si lamentable que puisse être son indigence.
Les indigènes de l'Amérique, chez qui la destruction et l'abandon des enfants étaient passés en coutume, entouraient cependant d'attentions et de soins fidèles, non seulement leurs parents, mais môme les pères de la tribu, les anciens, comme ils les appelaient. De même les Chinois, qui volontiers on le sait se dispensent d'élever leurs enfants, poussent jusqu'à l'abnégation, comme nous le raconterons, le respect envers leurs parents. Enfin chez tous les peuples et à tous les âges, les attentats contre la vie du père ou de la mère ont été classés dans la catégorie des crimes horribles, et viennent immédiatement, dans l'ordre de gravité, après les crimes contre la Divinité. Pour le parricide en effet, une aggravation de pénalité est presque universellement édictée, fût-ce par les législateurs les moins civilisés et les princes les plus inhumains.
En tout cas, ce qui est certain, c'est que dans l'opinion générale, les obligations des enfants à l'égard de leurs parents sont regardées comme plus absolues, plus saintes que celles des parents à l'égard de leurs descendants propres. On peut, en frémissant, admirer Brutus sacrifiant ses fils à ses devoirs de citoyen ; mais un fils faisant périr son père, fût-il le pire des hommes, n'inspirerait quand même qu'une réprobation indignée et universelle1.
La première question qui se pose au début de ce chapitre est bien celle-ci : la science a-t-elle pu, par des inductions judicieuses et concordantes, se rendre compte des sentiments que les hommes, dès l'origine, ont ressentis pour ceux à qui ils devaient la vie?
N'est-ce pas avec une vive curiosité mêlée à un respect profond que l'on se demande : Nos ancêtres de l'âge préhistorique
1. Si dans son drame Pour la Couronne^. Coppée est parvenu à force de talent, à rendre moins odieuse la personne du parricide Constantin, encore a-t-il pris grand soin de choisir pour victime un père coupable de la plus noire, de la plus révoltante des lâchetés : la trahison de la Patrie. Et, malgré cela, l'auteur n'a nullement tenté d'excuser un crime, qu'à bon droit moralistes et législateurs déclarent ce inexcusable )).
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anaissaient-ils le sentiment de la piété filiale, c'est-à-dire étaient-ils sons l'empire de joies et de tendresses familiales avant
même d'avoir ressenti les influences de la première civilisation...? par exemple, entouraient-ils la dépouille mortelle de leurs parents d'un culte et d'une vénération, impliquant de leur part la foi en une autre vie...? Graves problèmes assurément, qui méritent toute la sollicitude des croyants et des philosophes.
Un savant hongrois, M. Wosinski, a groupé des documents de toute origine, pour tâcher de savoir, d'après les fouilles récentes, comment les premiers hommes inhumaient leurs parents, et si des rites particuliers se rattachaient â cette pratique.
Les plus anciennes sépultures explorées sont de la période paléolithique: or, ce qui caractérise le mode primitif d'inhumation, c'est l'attitude spéciale donnée au corps du défunt : les jambes étaient ramenées sur elles-mêmes, et les bras, croisés par derrière, servaient d'appui à la tête, comme dans le sommeil1. Au moyen de ligatures encore reconnaissables, le corps se trouvait maintenu dans cette position repliée. Ainsi disposé, le défunt était, tantôt placé sous des voûtes ou de larges dalles, tant t comprimé dans de grandes amphores de terre ou de pierre, recouvertes elles-mêmes d'un autre vase plus grand encore; le tout dans le but manifeste de conserver la dépouille du mort en vue d'une résurrection ultérieure.
Cet usage de l'âge de pierre était également la coutume funéraire en Chaldéc, en Chersonèse, au Brésil, en Californie et chez les Canaques; enfin, dans les fouilles opérées pour découvrir le palais de Xabuchodonosor, on a trouvé aussi plusieurs grands vases contenant des squelettes entiers. « Si c'est, comme je le crois bien, dit If. Wosenski, un sentiment religieux qui a fait naître cette habitude, il faut y voir à coup sûr une marque de la croyance en une vie future.
L'attitude du simple sommeil dans son abandon le plus ordinaire, dit M. Chantre, affirme aussi, de la part des survivants, Fidée <\\\e tout n'est pas fini pour le défunt avec la vie de ce monde-'.