MM. Broca, Prunières, etc
C'est aussi L'opinion formelle de M. le marquis de Nadaillac.
Quant à la signification précise du fait, les hypothèses sont permises : y avait-il là une sorte de consécration à la Divinité ? ou encore la croyance à l'immortalité ne suggérait-elle pas de ménager cette ouverture à la tète (réputée siège de l'âme) afin que l'esprit du défunt, grâce à cette opération superstitieuse, fût assuré de sortir sans entraves de son tabernacle périssable?
Cette supposition ne paraîtra pas invraisemblable, si l'on se rappelle que, même encore de nos jours, les peuples qui croient à la transmigration des âmes se font un devoir strict, de mettre dans le voisinage immédiat du moribond, et même en contact direct avec lui, l'animal de choix qu'ils supposent devoir être habité dans l'autre vie parleurs parents défunts. Dans ce but aussi, ils écartent tout obstacle matériel pouvant entraver Y émission de Pâme au sortir de son enveloppe humaine, soit en aménageant une issue dans leurs cahutes, soit en plaçant le mourant en plein air, pour que son souffle sorte et s'échappe plus facilement vers la nouvelle vie. Au contraire, ils se livrent à un vacarme infernal autour de la couche mortuaire, pour chasser les mauvais esprits qui voudraient s'opposer à son départ vers l'éternité. On comprend toutefois la réserve extrême avec laquelle nous formulons nos hypothèses en une question encore si peu connue, mais que les progrès de l'anthropologie éclaireront certainement.
Ne voit-on pas aussi certains sauvages se faire des entailles dans les chairs et y insérer des amulettes, tout cela, pour obéir aveuglément à des prescriptions aussi extravagantes que cruelles?
Mais si brutales que soient ces aberrations, elles n'en demeurent pas moins une affirmation religieuse très positive.
Abordons l'examen du culte des morts à l'époque historique.
Il est dans l'antiquité un pays illustre entre tous, l'Egypte, qui doit une partie de sa célébrité à l'importance de ses tombeaux magnifiques. « On ne peut faire un seul pas sur cette terre sans rencontrer pareil monument. Voyez-vous une colonne? c'est un tombeau; une construction souterraine? c'est encore un tombeau. Et lorsque la lune, se levant derrière la grande pyramide, vient à paraître vers le sommet de ce sépulcre im-
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mense, vous croyez apercevoir le phare même de La mort» '.
Les Égyptiens semblent d'abord avoir cru que l'être humain était double, et que l'un de ces doubles, appelé kâ, continuait à vivre après les funérailles. Jugée coupable, d'après la pesée des âmes, faite par Anubis (ou Anôpou) et llorus, L'âme, livrée k un monstre à tète d'hippopotame, est torturée pendant des siècles; bonne et juste, elle entre au contraire dans l'Amenthèsd'où, après une série d'épreuves, elle va « rejoindre les dieux et s'absorber en eux » \ Enfin si l'Ame voulait, durant son pèlerinage posthume, revenir dans le corps pour s'y reposer, elle pouvait le retrouver momifié dans la maison du double , comme on appelait les tombeaux à l'époque de l'ancien empire.
Le célèbre égyptologue Mariette, et d'autres après lui, ont décrit Les monuments grandioses que la piété filiale des habitants des deux rives du Nil consacrait aux défunts'.
Les tombes de l'ancienne Egypte, du moins lorsqu'elles sont complètes, se divisent en trois parties : une chapelle extérieure, un puits, et des caveaux souterrains. La chapelle est une construction quadrangulaire qu'on prendrait de loin pour une pyramide tronquée. La porte, qui s'ouvre d'ordinaire dans la paroi de l'est, est tantôt surmontée d'un tambour cylindrique, tantôt ornée sur les côtés de bas -reliefs représentant le mort; elle est couronnée par une large dalle couverte d'une inscription portant une prière, et l'indication des jours consacrés au culte des ancêtres.
D'habitude, l'intérieur de la chapelle ne renferme qu'une seule chambre. Au fond, à la place d'honneur et toujours orientée vers l'est, se dresse une stèle quadrangulaire de large proportion, au pied de laquelle on voit assez ordinairement une table d'offrandes en albâtre, granit ou pierre calcaire, posée à plat sur le sol; ou encore deux petits autels, pour recevoir les dons en pains sacrés, liqueurs et victuailles dont il est parlé dans le libellé du rituel. Après une prière à Anubis et aux autres dieux de l'Amenthès, région des âmes, l'inscription
t. Chateaubriand.