‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 66 sur 323 · Porphyre, De Abstinentia, IV · texte numérisé non relu

Porphyre, De Abstinentia, IV

vas.- dans le Nil, qui étail censé laver 1rs souillures par sa vertu purifiante.

Noos connaissons les Paroles de justification que les âmes prononçaient, d'après Le Rituel, devant la face d'Osiris en s'excusant, non seulement de manquements graves, mais même « d'avoir l'ail pleurer son prochain, ou d'avoir perdu le temps en paroles superflues ». Ces justifications concordent avec la prière que rappelle Porphyre.

D'ailleurs, les monuments nous ont conservé la fameuse maxime égyptienne que voici : « Que la justice soit avec son esprit! lu faute avec son ventre! » parole de haute philosophie, qui équivaut à cette judicieuse pensée : 0 Dieu! laisse-toi fléchir, et montre-toi clément dans ton jugement. Rappelle-toi que l'âme qui se présente à ton tribunal avait le désir de bien faire, et de faire le bien! rappelle-toi qu'elle était associée à un élément corporel, que des appétits grossiers poussaient sans cesse à la défaillance! Sois donc indulgent et bon! daigne pardonner et donne asile à son Esprit dans les régions mystérieuses de la Justice...

Le cœur était inséré dans des vases d'albâtre ou d'argile , cunopes; on le séparait du corps comme un élément personnel, car il était appelé en témoignage devant Osiris. Ce cœur, idée magnifique! c'était la propre Conscience de l'homme, qui venait, au jour solennel de la comparution, témoigner, en toute sincérité, devant la Justice suprême : « 0 cœur! s'écrie le morï, cœur qui me viens de ma mère; cœur de quand j'étais sur la terre, ne me charge point devant le Dieu Grand! »

Et alors l'âme, comme nous le voyons dans un dessin du Livre des Morts, pose elle-même dans la balance son cœur caché <lnns un vase, tandis qu'une statue de la Vérité forme contrepoids dans l'autre plateau. Et ïhoth à la tète d'Ibis est là attentif, Le ^tylet à la main, pour enregistrer la Sentence.

Certes, aucun peuple peut-être n'a dépensé plus de soins et de peines que les Égyptiens pour garder honorablement la dépouille des défunts, afin qu'ils n'eussent rien à redouter ni <1<- la corruption, ni des bêles de proie, ni d'une main criminelle, ni <lev armes de l'ennemi : un frais abri dans un pays bru-

lant, un profond repos, « tel était le droit de ceux entrés dans l'autre terre1 ».

M. Max Dunker nous donne aussi la raison de la sollicitude des Égyptiens pour leurs morts : « Pour eux en réalité, la destruction de la momie était réputée un second trépas; le bonheur de l'àme dépendait donc, à un point de vue, de la conservation même de l'élément qui y avait é!é associé : le corps humain.

Dans plusieurs tombeaux on a découvert de petites échelles destinées, écrit M. Maspero, « à franchir la distance séparant les deux étages du monde ». Une réduction de ces échelles symboliques était, encore à l'époque gréco-romaine, placée près des momies. Les uns croyaient que l'échelle nécessaire pour escalader le ciel en quelque sorte, était établie à demeure sur la berge occidentale de la terre; les autres supposaient que chaque mort « devait la dresser mi-môme, ou obtenir par les prières de ses parents qu'elle fût spécialement appliquée pour lui. On invoquait donc les habitants de la Grande Demeure « qui dressent l'échelle, et de leurs propres mains en assurent les montants, pour que, par ce moyen, l'homme arrive sans obstacle ». Aussi existait-il, dans les rituels, une invocation aux divinités secourables « qui apportent V échelle 2 » .

Pourquoi le défunt devait-il avoir recours aux prières des parents et demander l'intervention « des habitants de la Grande Demeure »? C'est parce qu'une fois le dernier souffle rendu, une fois l'âme en route « pour la porte des Couloirs, elle ne pouvait plus rien pour elle-même; désormais elle devait tout tenir de la piété de ses amis et de ses proches, ou de sa prévoyance à se préparer durant la vie un viatique et comme un pécule ;!. »

Faut-il s'étonner d'une pareille correspondance entre la foi chrétienne et la philosophie du Livre des Morts, entre le ciel des Élus et le Douaout mystique des Égyptiens... ? En aucune manière! car cela prouve seulement, comme nous l'avons montré

1. C'est l'expression employée par la stèle d'Antouf. V. lier, de l'hist. des Relig.

2. Le Livre des Morts, par M. Maspero, Eev. de l'hist. des Relig., 1887. L'auteur a luimême découvert de semblables échelles dans les nécropoles d'Akhmim; on peut les voir au musée de Boulaq.

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