‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 70 sur 323 · Les Grecs disaient patriadzein, et les Romains parentare · texte numérisé non relu

Les Grecs disaient patriadzein, et les Romains parentare

Les esprits des défunts privés de sépulture sont réputés errants, et par suite irrités contre leur descendance coupable. De là la nécessité & ensevelir les morts et d'honorer leurs âmes, que les Grecs appelaient héros ou démons, et les Latins, Lares, Mânes, Génies1.

A l'époque de ses humanités, tout collégien traduit des phrases comme celle-ci : « Tel général a été puni du dernier supplice, pour avoir négligé d'enterrer les morts sur le champ de bataille... » Cependant les Romains, courant de conquête en conquête, devaient peu s'inquiéter, ce semble, de la question d'hygiène. Ce qui les préoccupait, dans le cas, c'était « la destinée des défunts » : car ils pensaient que du moment qu'un individu n'avait pas été inhumé selon les rites, son àme devenait, à partir de ce moment, une Larve-, un génie malfaisant, qui se vengeait de l'indifférence des vivants. 11 en était de même, croyait-on, si le feu cessait de brûler sur l'autel du Foyer, ou si l'on négligeait les repas funèbres; les âmes paternelles délaissées devenaient également des Larves vindicatives qui châtiaient leurs enfants ingrats, en leur infligeant toutes sortes de maux.

Et voilà pourquoi chez tous les peuples d'origine aryenne qui professaient ces croyances, le mariage fut considéré comme une chose d'une importance capitale , à raison surtout du culte ancestral qu'il perpétuait.

En effet, à défaut de descendants, les rites sacrés réputés nécessaires au repos des âmes étant interrompus, le bonheur des ancêtres était anéanti, « comme par une série de parricides multiples », selon l'énergique expression d'un auteur; et on redoutait une malédiction implacable pour ceux qui ne prenaient pas soin de laisser après eux un prêtre au foyer.

L'indigence ne permettant pas à beaucoup de faire les dépenses mortuaires, on organisa à Rome, des associations f une-

1. Les Génies étaient des Divinités tutélaires protégeant chaque homme ou chaque cité. — Les Lares et les Mânes étaient des âmes des ancêtres attachés à la cité ou à la maison. — Les Pénates étaient les dieux domestiques qui présidaient aux approvisionnements. — Les Pénates j^blics s'occupaient des subsistances nécessaires à chaque ville.

2. Par Lares on désignait les esprits bienfaisants, et par Larves, les génies contraires.

retires*^ véritables sociétés d'assurances, dont la caisse commune supportait tous les frais.

L'usage voulait que les membres de la famille vinssenl ambrasle mourant, après lui avoir adressé un adieu suprême2. A

peine avait-il rendu le dernier soupir, qu'on Yappelait à haute

voix par son nom '-\ afin que pareille interpellation restant sans réponse, il tut constant pour tous (pie « l'esprit» était bien envolé. Durant une semaine le corps, huilé avec soin par le pollinctor, était exposé dans l'atrium. Le convoi était annoncé par des hérauts qui prenaient la tête du cortège avec les joueurs de flûte et les pleureuses4. Des mimes déclamaient des poésies contenant des allusions plus ou moins ingénieuses; enfin le mort, couché sur un lit de parade, était conduit au Forum où un parent prononçait son oraison funèbre, avant qu'il fût procédé à la crémation, plus souvent usitée que l'inhumation5.

Sous l'Empire, les Romains prirent pour couleur de deuil, le blanc.

En consultant l'almanach romain on voit une série de fêtes célébrées par la piété filiale telles que les Parentales, la fête des morts (feralia), sans parler des anniversaires... Les tombeaux étant consacrés aux Mânes portaient en conséquence les lettres D. M.6 sur la face principale des monuments. Si des rites mortuaires ou des exorcismes avaient été omis, la réparation consistait dans l'immolation d'une truie, porca.

Nous disions que les Romains attachaient un intérêt majeur à s'assurer un culte posthume. L'étude des domaines funéraires1 fournit à cet égard les renseignements les plus précis : le Romain commençait par s'assurer la perpétuité du terrain, et pour cela il faisait mettre hors du commerce la parcelle de champ destinée

1. Collegia tenuiorum. Le3 frais des funérailles, funeraticium variaient de 200 sesterces (40 francs), à 300 sesterces (60 francs).

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