Art
TIETE FILIALE ET RITES FUNÉRAIBES. 149
timents qu'on éprouvera à L'instant fatal; en outre, dans la crainte « de se manquer à soi-même », ainsi que s'expriment les statuts, on charge un membre de la société de monter la garde au moment de l'heure suprême, pour interdire l'accès du prêtre près du moribond... Et si le malade, revenu à des sentiments tout autres, entend reconquérir son indépendance enchaînée à la légère; si, arrivé au seuil de l'éternité et se demandant, comme dit Bossuet, « s'il compte encore parmi les vivants ou déjà parmi les morts », il veut alors ressaisir sa liberté et sa conscience, emprisonnées témérairement sous le pli d'une disposition testamentaire, l'expression verbale de sa volonté, si catégorique soit-elle, demeurera impuissante et vaine1.
Les femmes et les mineurs peuvent entrer dans ces associations; il y a môme un tarif réduit qui leur est destiné. La cotisation varie de 1 à 5 francs.
Pour faire nombre aux enterrements civils, les membres de ces Sociétés s'engagent, sous peine d'amende, à figurer aux obsèques des affiliés, môme s'ils ne les ont jamais vus; et l'on tire au sort le nom de ceux qui devront faire partie de la délégation.
Qui ne connaît ces tristes convois! qui ne les a vus défiler, escortés de ces individus disparates, portant ingénieusement à la boutonnière une fleur &'unmortrlle, pour protester à leur manière contre la croyance en l'immortalité? Voilà bien la logique des incrédules!
Comme les pleureurs de l'antiquité ou de la Chine, ils viennent sur commande aux funérailles; mais au lieu de se lamenter et de gémir, c'est d'un air réjoui, souvent même la pipe aux lèvres, qu'ils suivent en désordre le char funèbre jusqu'à la fosse commune, attendant le moment de boire une dernière fois « à la santé du défunt ».
Si nous consultons les statistiques officielles, nous pourrons nous convaincre des rapides progrès de l'athéisme contempo-
1. La loi (art. 3) exige que la disposition soit révoquée* en la forme où elle a été exprimée »; en sorte qu'en pareil cas, le paralysé, le moribond, astreints à révéler leurs pensées les plus intimes dans une sorte de confession publique et laïque, devront, soit appeler un notaire, soit rédiger un écrit, le législateur assimilant ainsi les sentiments de l'âme et les émotions secrètes de la conscience, aux objets qui sont dans le commerce...
rain : en une seule année il y a eu à Paris 12.000 enterrements civils! Dans un seul arrondissement, la proportion atteint jusqu'à 40 p. 100.
Sur ces 12.000 convois, on en a compté 8.400 de gratuits, chiffre qui s'explique par un procédé que nous allons faire connaître.
Lorsque les corps des indigents décédés dans les maisons hospitalières étaient réclamés par la famille, force était, il y a peu d'années encore, d'acquitter un droit s'élevant à quinze francs. S'adressant aux parents, des groupes de libres- penseurs offraient alors de payer cette somme, ainsi que les frais d'enterrement, et ils se procuraient de cette manière le sujet nécessaire aux manifestations irréligieuses qu'ils organisaient avec le concours d'une certaine presse.
Depuis peu, on le sait, nos cimetières ont été laïcisés. La croix des pauvres, la croix deux fois sainte de la fosse commune, a été supprimée dans bien des localités, et la raison qu'on en a donnée est curieuse à rappeler : « Il ne faut pas, a écrit un des plus ardents promoteurs de cette suppression, que la lourde croix des voisins prive les morts de leur part de soleil, ni du léger et verdoyant ombrage des saules... Il est important de ne pas se trouver en mauvaise compagnie au cimetière... »
Eh bien! nous ne cacherons pas que ce qui nous paraîtrait plutôt redoutable, ce serait de se trouver, de son vivant, en compagnie de gens professant de pareilles idées; car, selon l'opinion de Jean-Jacques Rousseau, « Après Dieu, il n'y a qu'un être qui soit à redouter : c'est l'homme qui ne le craint pas ».
Disons un mot de la crémation, récemment admise par nos lois, à l'imitation des âges païens, et consistant à brûler les corps, jusqu'à complète incinération.
Le four crématoire édifié au Père-Lachaise est une lourde construction de 50 mètres de long sur 20 de large offrant l'aspect d'un modeste théâtre de province... Au centre règne un promenoir pour la famille et les invités. Dans la partie inférieure se trouve le four crématoire en briques réfractaires, que clôt une double porte de fer. On tire une plaque de métal, on y place le corps, et après avoir fermé le four, on met le feu au bûcher disposé à l'entour.
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Dans la porte, un regarda été pratiqué pour permettre aux héritiers qui en onl le courage, de suivre des yeux L'affreuse dé- - misation de ce qui fut L'habitacle d'une âme!.., II parait que la dilatation rapide des gaz dans ce loyer intense produit des choses horribles à voir, dont la description écœurante offenserait la délicatesse du lecteur. Cependant en une année les appareils qui fonctionnent au Père-Lachaise onl comburé .'5.000 dépouilles.
Au point de vue social, le système de crémation, si contraire a nos traditions, n'est point d'ailleurs sans inconvénients sérieux* nue de fois, en effet, en cas d'empoisonnement ou d'assassinat, le Parquet n'ordonne-t-il pas des exhumations instructives! Or le corps du délit étant détruit, il n'y a plus moyen de constater s'il y a eu crime ou mort naturelle.
L'incinération terminée1, la famille peut réclamer les cendres du défunt; et sait-on quelle quantité de cendres est produite comme résidu du cadavre? Quinze livres.
La taxe d'incinération, ou redevance à payer, varie de 50 à 250 francs, selon les classes, y compris pendant cinq années une case du columbarium municipal, où se remisent les urnes achetées par les familles. Quant à la concession perpétuelle pour déposer dans un cimetière l'urne funéraire, le tarif s'élève à 369 francs.
L'incinération était-elle donc réclamée par l'opinion publique? Non certes! et les fossoyeurs voient plus d'une fois des s du peuple devancer le cortège funèbre, pour venir demander avec anxiété, avec terreur, si les corps de ceux qui leur furent chers seront livrés à l'odieux appareil destructeur; l'un d'eux constatant cette répulsion très générale, ajoutait même qu'à son avis « c'était l'un des plus grands fours qu'on eût jamais faits ».
Il avait mille fois raison, car pour nous le cimetière est, et doit rester le grand dortoir respecté, où les défunts reposent en paix, jusqu'au jour du grand réveil.
C'est à Gotha que l'on a vu la première installation crématoire
1. L'opération dure en moyenne une heure et demie; moitié de ce temps pour un enfant.
qui ait été édifiée en Allemagne. Elle avait été précédée de trois expériences, faites sur la demande spéciale des familles. Ces essais ayant réussi, l'incinération a été adoptée comme mode facultatif de sépulture. Elle a lieu dans un bâtiment large de 50 mètres et comprenant la demeure des gardiens, la salle du four, trois pièces pour les chauffeurs, et une autre pour les cérémonies religieuses des protestants ou des juifs.
La première fois, le cercueil fut brûlé avec le corps ; après trois quarts d'heure il ne restait plus que les ossements réduits en cendre à l'exception d'un ou deux fragments : l'humidité du bois du cercueil avait prolongé la durée de l'opération. Deux heures après, le refroidissement de l'appareil était suffisant pour permettre à la famille de recueillir les cendres. Les frais s'élèvent à environ 80 marks par incinération.
A Hambourg un monument crématoire vient d'être construit.
Les Italiens, eux, pour encourager cette innovation, emploient des fours mobiles que l'on transporte de ville en ville : « on brûle à domicile ».
Le crématoire de Woking, en Angleterre, commence à être utilisé. A Zurich le procédé est peu apprécié; mais aux États-Unis on compte vingt à trente édifices ayant cette affectation, et au Japon c'est une mode très générale. Dans la seule ville de Tokio, en trois années, près de trente mille cadavres ont été réduits en cendres.
Consultée au sujet de l'incinération, la Cour de Rome a déclaré que c'était là une pratique blâmable1 et un usage contraire aux traditions de la liturgie chrétienne. Le vœu de l'Église n'est-il pas d'ailleurs résumé dans ces mots qu'elle répète si souvent sur les morts : Requiescant inpace!
Oui , laissons l'œuvre de destruction ou de transformation des éléments corporels s'accomplir doucement, en silence, dans
1. ... Detestabilem abusum. (Décis. de la Congr. du S. O., en oct. 1889.) S'appuyant sur cette Décision, le clergé n'a pas accordé les cérémonies du culte à un défunt catholique, M. P. Casimir Périer, sénateur, qui avait imposé, par testament, l'incinération de sa dépouille au Père-Lachaise. Mais des décisions plus tolérantes ont prévalu récemment, quand les circonstances ont démontré qu'il n'y avait pas d'intention irréligieuse, calculée.
L'ombre; et ne nous hâtons pas de nous substituer aux énerg - secrètes de la nature, par les manipulations brutales crime odieuse cuisine macabre.
Dans rémouvante solennité des funérailles à bord, les prières émues et Les respects pieux contrastent heureusement avec les tristes pratiques de ce que le peuple de Bellevillc appelle cyniquement, mais non sans quelque raison, « la rôtisserie du Père- Lacbaise ».
Quand au cours d'un voyage maritime se produit un décès, c'est le soir, à l'heure de la prière, qu'a lieu la lugubre et saisissante cérémonie de la mise en mer du passager défunt.
« Dès qu'un de nos malades a rendu le dernier soupir, écrit un médecin de marine1, on le transporte dans une cabine obscure de l'entrepont, dite chambre de repos, et on l'étend sur un lit de fer recouvert d'une planche étroite. Le cadavre est cousu dans un sac de toile à voile, et au pied de ce paquet à forme humaine est attachée une grosse pierre : au départ nous avions fait la provision nécessaire de cailloux destinés à ce triste usage. Le commandant en second, l'un des officiers et un piquet de matelots rendent les derniers devoirs à celui qui va nous quitter... La prière du soir est dite sur le pont et l'équipage demeure silencieux ; l'hélice cesse un moment de tourner pour que le mort n'aille pas se briser dans ses ailes; le pavillon est hissé en berne. L'aumônier qui a revêtu son surplis, arrive dans la chambre de repos, suivi d'un mousse qui porte l'eau bénite; deux timoniers éclairent la scène avec des fanaux de signaux. Quelques soldats et quelques marins, amis du défunt, se tiennent à la porte de la cabine mortuaire. Quatre hommes prennent le pauvre corps et'placent la planche qui le soutient devant le sabord ouvert, les pieds en avant. L'extrémité opposée, sur laquelle repose la tète, est alors doucement relevée; et le cadavre glisse et. disparait... Souvent en passant, le crâne, heurtant le haut du sabord trop étroit, rend un son sourd qui fait mal à entendre. Eniin on perçoit dans les flots écumants le bruit d'une chute... : le sabord se ferme, et tout est dit ici-bas ! »