Le Dr Bernard de Cannes, médecin de marine
Hélas! en pareil cas, la pauvre famille en larmes n'aura pas la suprême consolation de venir agenouiller son deuil sur la pierre tombale qui scelle nos morts au tombeau; et pour donner au défunt un témoignage d'amour et un souvenir tendre au jour anniversaire, elle fera peut-être comme cette jeune matelote boulonnaise que nous surprimes un jour, lançant du haut de la jetée, une petite croix de bois à laquelle elle avait attaché une minuscule médaille de la madone vénérée, en disant avec des sanglots dans la voix ce mot magnifique dans sa simplicité : « La mer, voyez-vous, c'est la terre du marin!... Oh! faites, bonne Vierge ! que les flots portent ce souvenir du côté de mon pauvre Pierre! »
Le respect et l'assistance envers les parents étant des prescriptions générales, et les législations ou les usages relatifs à ce devoir ne faisant, après tout, que rappeler le précepte du Deutéronome : honora patrem tuum et matrem tuam *, nous ne relaterons ici que les faits offrant une certaine originalité.
Dans les campagnes du Pays de Galles il existe une tradition qui, bien que tombant un peu en désuétude, mérite certainement une mention particulière : il s'agit du sineater (mangeur de péchés). Quelque pauvre diable delà paroisse, moyennant un pain, un grand bol de bière et une somme variant de six pence à deux shellings, « prend à son compte toutes les fautes non expiées du sinfid, c'est-à-dire du pécheur défunt ». Le remplacement en cas de délit, ayant été admis longtemps dans le pays, le peuple a été porté à étendre cette faculté aux manquements dont, seule, la conscience est comptable.
On met quelquefois aussi sur le buste du cadavre un plat rempli de sel ou de tabac à priser, mais la signification de ce symbole ne nous est pas connue.
Selon l'ancien droit irlandais, tout contrat « passé par un individu dont le père vivait », était en principe un acte nul, qu'il fût avantageux ou préjudiciable, peu importait! En cela le fils était assimilé à l'esclave, à l'aliéné, ou encore « au moine qui aurait traité sans l'assistance de son abbé ». Cependant, en vue d'en-