V. Philastre, Cod. Ann., II, 137, art
Cette initiation, dit M. Grosier, n'est pas sans utilité, car le jeune homme indigne en est privé, ce qui est pour lui une honte.
Parmi les livres sacrés de la Chine le Li-ki, qu'un savant professeur d'Oxford a traduit1, contient les Règles du cérémonial imposé à chacun avec une minutie invraisemblahle : on y prévoit quand il convient de glisser en marchant, ou au contraire de marcher porté sur les talons... ; quand il y a lieu de « laisser traîner sa robe comme une eau courante » ou « d'avancer le menton comme le toit d'une maison » de façon à donner par son attitude « une impression de vertu », etc..
Retenons seulement les démonstrations respectueuses imposées aux enfants : « Le fils arrive chez ses parents , leur demande de leurs nouvelles d'un ton doux et prend une physionomie joyeuse ou triste, selon que leur santé est bonne ou mauvaise. S'ils ressentent quelque douleur, « il les frotte respectueusement ». En causant avec eux, il aura soin de ne pas les traiter de « vieux ». S'ils ont la figure malpropre , « il fera chauffer l'eau qui a servi à nettoyer le riz et les priera de se laver » . Le fils surveille la nourriture de ses parents, car il y a une science de l'alimentation, selon la saison, et il n'est nullement indifférent de faire la cuisine aigre ou acide, amère ou salée. Le Lî-ki contient les instructions nécessaires, et y joint une quantité de petites recettes de cuisine tenues pour canoniques. »
En tête des Lois du Céleste Empire, se trouve rénumération des divers vêtements de deuil admis en Chine; et cette place d'honneur est accordée à ces enseignes funèbres dans le but , dit le texte, « d'en illustrer l'importance ».
L'importance est en effet des plus considérables, car la mesure et la durée de la peine infligée, en cas de délits envers les personnes, sont déterminées par le degré du deuil existant, de par la loi, entre l'agresseur et sa victime 2.
Cela demande une explication.
Le législateur chinois a pris pour base de ses appréciations comme mesure de culpabilité, tantôt le rapport de parenté à rai-
1. M. James Legge. Y. Ccrémon. en Chine, par M. Arvèie Barine.
2. Cod. Annamite, par Philastre, I, p. 71 et 72 ; Lois et Décrets de l'Empire de Hoang-Yiêt,
PIETÉ FILIALE ET RTTBS lTMUAHŒS. 103
son dés sentiments affectueux qu'il suppose; tantôt la dignité de La victime, c'est-à-dire le respect auquel elle avait droit. Partant de ces deux idées combinées, il a établi en conséquence une échelle de criminalité; en sorte que le même manquement, le même délit, se trouve être puni de peines très différentes, selon que le rapport entre le coupable et la victime impliquerait tel ou tel deuil, d'après le tableau officiel prévu.
Particularité très curieuse! dans les Codes annamite ou chinois, le degré de parenté est désigné par le vêtement de deuil que la personne est tenue de porter1. Ainsi, au lieu de se dire parent au premier, deuxième, troisième degré, le Chinois se dira « parent de la période complète... ; parent de la robe coupée...; parent de la robe ourlée...; parent du gros ouvrage... : autant d'appellations correspondant exactement aux divers rangs de la famille légale.
Pour rester clans notre sujet, nous nous contenterons de faire connaître la réglementation officielle du deuil imposé à l'enfant, comme témoignage public de sa piété filiale.
La robe de V orphelin ne doit pas être ourlée, mais coupée-. L'étoffe sera de chanvre écru très grossier; le bord supérieur du vêtement sera cousu à F envers, la couture restant visible en dehors; sur le dos de l'orphelin, on ajoutera un morceau carré de sept pouces de côté appelé la pièce du fardeau , pour indiquer que l'enfant doit désormais porter le poids de sa douleur et de ses regrets.
Sur la poitrine, à l'endroit môme du cœur de l'enfant, on placera une autre petite pièce symbolique appelée comme le vêtement, thaï, et figurant la blessure que les orphelins doivent avoir au cœur; enfin, sous les aisselles, on réunira deux morceaux d'étoffe affectant la forme d'une queue d'hirondelle.
Le chapeau de l'orphelin doit être de papier collé, et fixé a l'oreille au moyen d'une cordelette qui contourne la nuque : ce serait une grave irrévérence que de porter un couvre-chef d'étoffe
1. Il va cinq vêtements de deuil correspondant à cinq générations distinctes; et le deuil comprend quatre degrés appelés : véritable vêtement; vêtement du devoir; vêtement au g m»