‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 84 sur 323 · I. c. cit · texte numérisé non relu

I. c. cit

des plus notables occupations de la vie privée de ce peuple.

D'abord, fait remarquer M. 0. Girard, tandis qu'en tout pays le cercueil est un objet lugubre qu'on dérobe aux regards, en Chine au contraire, l'habitude est de se le procurer de son vivant, de le choisir à son goût et aussi riche que les ressources le permettent; un Chinois prévoyant le garde quelquefois pendant vingt ans sous ses yeux. Offrir à ses parents la bière dans laquelle ils doivent dormir leur dernier sommeil est un trait d'amour filial très apprécié en Chine.

Rien de plus commun que de voir des fils affectueux se vendre, se louer, pour assurer à leur père un cercueil choisi et distingué.

Le père vient-il à mourir? « à saluer le monde », selon la remarquable expression en usage : sa dépouille reçoit honneurs, hommages, marques de respect et soins infinis. La chaux, les aromates, les vernis et le coton servent à une sorte d'embaumement provisoire : la coutume, en effet, est d'attendre trois fois sept jours avant de procéder à la sépulture. On cite même des cas où par piété filiale, des fils ont obtenu de l'autorité la permission de garder près d'eux, pendant trois ou quatre ans, le corps paternel.

Le cercueil est exposé dans une salle toute tendue de blanc, couleur de deuil des Chinois. Devant, sur une table, se place le portrait du défunt entouré de fleurs, de parfums et de lumières. Ses amis arrivent, se prosternent, et de leur front frappent plusieurs fois la terre.

« Le fils aîné du défunt, accompagné de ses frères qui se tiennent avec lui dernière une draperie placée à côté du cercueil, sort de cette retraite en rampant, et vient, dans cette attitude prosternée, rendre à tous les visiteurs qui se présentent les saluts que ceux-ci ont donnés au corps inanimé de son père. Toutes les fois qu'il quitte ainsi le lieu où le relègue sa tristesse pour remercier les amis de la famille, on entend les femmes et les filles du défunt, placées du côté opposé du cercueil, et que cache également une épaisse draperie, pousser en mesure des gémissements répétés. Les visiteurs sont ensuite conduits dans une autre pièce delà maison; un parent éloigné, ou bien quelque ami

de la famille chargé de taire les honneurs, leur offre alors le thé

et une col l<i fi "H. »

Reoouverl d'un sac de chanvre et appuyé sur un bâton, le fils du défunt marche en tète du convoi, le corps tout courbé : telle i^t L'étiquette obligée. Les femmes viennent ensuite dans des chaises couvertes d'étoffes blanches. Elles font entendre des lamentations qui s'augmentent encore des cris des pleureuses de profession, louées en grand nombre pour faire cortège et augmenter l'éclat de la douleur filiale.

Quand le défunt est d'illustre famille, le fils fait construire près de la sépulture un baraquement où il reste, un et même deux mois, près de la dépouille qu'il ne quitte pas, pour bien indiquer avec quel regret il se sépare de son ascendant vénéré.

Les tombeaux, toujours établis dans des endroits isolés, sont peints en blanc ou en bleu et on les entoure de clôtures pour que les passants ou les animaux ne puissent les profaner. Ces monuments sont sacrés, et à aucun prix on ne doit y toucher. On détournerait un chemin projeté, on renoncerait à ouvrir une mine, plutôt que de consentir à une exhumation sacrilège : la sépulture des aïeux est plus inviolable même qu'un autel.

Les funérailles ont lieu en Chine avec le plus grand luxe, surtout quand c'est un fils qui conduit le deuil *. On en pourra juger par le détail suivant, où se trouve énuméré tout ce qui compose le cortège funèbre d'un Chinois de la classe moyenne : « Enseignes et insignes de deuil. — Etendards de taffetas de couleurs diverses. — Tambours de métal. — Encensoir à brûler les parfums. — Offrandes de viande pour les bonzes ou lamas. — Orchestre de trompettes, et autres instruments de musique. — Riche boîte contenant une tablette où sont inscrits les noms du père, de l'aïeul et du bisaïeul. — Papiers destinés à être brûlés. ■ — Brancard pour le cercueil. — Groupe de proches parents vêtus d'un sac, ayant une grosse corde pour ceinture, des souliers de paille, et des pendants de coton aux oreilles. — Parentes du mort en chaises couvertes. — Bonzes ou lamas, qui

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