‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 85 sur 323 · P. Dobel, Séjour en · texte numérisé non relu

P. Dobel, Séjour en

accompagnent le mort en jouant de divers instruments. — Amis du défunt en habits de deuil, c'est-à-dire en blanc.

Il n'est pas rare de voir dépenser aux obsèques, jusqu'à 10.000 et 15.000 piastres1.

C'est au sching-shang ou prêtre qui a présidé à l'ensevelissement du défunt, qu'il appartient de désigner l'endroit où le mort doit être enterré. S'il déclare que ses calculs ne permettent pas qu'on procède sur-le-champ à cette cérémonie, on fait embaumer le corps, on l'enferme dans un cercueil de plomb, et on le transporte ensuite dans un lieu spécial pour y être conservé jusqu'au moment où l'astrologue pourra enfin indiquer la place de la sépulture définitive. Cette attente se prolonge souvent durant plusieurs années, pendant lesquelles le vénéré sching-shang est censé consulter les Livres du Destin, dont ceux de sa profession possèdent seuls l'intelligence! Des sacrifices sont en même temps offerts aux Dieux pour se les rendre favorables.

Les Chinois emploient des sommes considérables à édifier de superbes mausolées qui occupent de grands espaces. Ces monuments sont toujours entretenus avec soin, car la moindre négligence à cet égard est sévèrement punie par la loi. Comme les Égyptiens, ils semblent croire que la salubrité et l'agrément des habitations ont beaucoup plus d'importance pour les morts que pour les vivants. En effet, tandis que ceux-ci sont relégués généralement dans des régions basses et marécageuses, les défunts, au contraire, ont leurs demeures dans des endroits secs, bien aérés et qui dominent les plus beaux points de vue.

Les tombeaux affectent la forme d'un croissant sur lequel sont tracées des inscriptions en lettres rouges. Quant à leurs dimensions, elles varient suivant la fortune de la famille : les gens les plus pauvres placent une modeste pierre, avec inscription en caractères rouges au-dessus de la tête du mort.

Dans les maisons riches, se trouvent des chapelles dédiées à la mémoire de ceux qu'on a perdus, et on leur rend annuellement les honneurs funèbres dans une fête particulière. Elle se célèbre au mois d'Ei-Yonit, le second de l'année chinoise, regardé à

1 De 4."). 000 à 67.000 francs.

cause de cette solennité, comme le plus important de tous. Les offrandes dans cette occasion consistent en riz, viande, poisson et fruits. Des bougies nommées lap-chock sont allumées et placées autour du tombeau, sur lequel on brûle du papier d'or et d'argent. Ces bougies mesurant environ trois pouces de long, sont de couleur rouge, et leur mèche est une baguette en bois de sapin entourée de coton : cette baguette se prolongeant en dessous, forme une pointe qui sert à ficher la bougie en terre, de manière à se passer de chandelier.

Voici les cérémonies qu'observent les Chinois en allant rendre hommage aux tombeaux : le fils aîné ou l'individu le plus Agé de la famille s'avance vers le lieu de la sépulture, suivi des autres parents qui se rangent tous derrière lui, et les prières commencent. Pendant qu'elles durent, les assistants se mettent souvent à genoux et se prosternent trois, six, ou neuf fois en adressant des vœux aux Divinités pour qu'elles protègent et sauvent là me du défunl. Une petite partie des offrandes est laissée sur le tombeau; le reste, quand il s'agit de gens aisés, est distribué aux pauvres, ou au contraire emporté par la famille quand celle-ci est indigente.

Nous lisons, dans la relation d'un missionnaire, de pittoresques renseignements sur les pratiques de sorcellerie chinoise envers les morts : « Dans un village où je passais, écrit-il, je m'arrêtai pour prendre un bol de riz. Il y avait là, précisément, un sorcier occupé devant une table à des agissements superstitieux, en vue d'apaiser les mânes des ancêtres... Figurez- vous un petit homme à la figure repoussante, ayant sur le nez de grosses lunettes; d'une main il frappe sur un tambour et sur des espèces de cymbales; de l'autre, il tourne les feuillets d'un livre en chantant : « Nous te donnons à manger de la viande, « nous te donnons du thé, nous te servons; il ne faut pas nous « nuire. » En effet, mettant la promesse à exécution, on tue un porc, on apprête une table, et on verse du thé dans les tasses. Alors le tambour recommence à se faire entendre, mêlant ses lourds battements aux cris suraigus du porc que Ton saigne. Puis cet homme se lève gravement, armé d'un sabre; il entre dans la maison, frappe à droite et à gauche en poussant des

cris épouvantables pour chasser le diable, et tout se termine par un repas où figure le porc que l'Esprit a refusé de manger, quoiqu'on le lui ait offert et qu'on l'ait supplié de venir y faire honneur1. »

Lorsqu'on arrive au pays thibétain, après avoir traversé la Chine, le contraste est complet; ici, plus de cimetières, plus de tombeaux disséminés dans les champs ou dans la prairie : c'est que le point principal de la religion bouddhique au Thibet est la croyance en la transmigration, et les lamas affirment que celle-ci ne peut avoir lieu qu'après la destruction complète du corps. De là divers modes employés pour désorganiser les chairs plus ou moins rapidement, afin que l'âme, délivrée de son enveloppe périssable, puisse s'envoler plus vite. Naturellement les moyens de destruction les plus complets et les plus rapides sont les plus coûteux ; aussi les lamas ont-ils imaginé différents genres de funérailles.

Msr Biet, missionnaire au Thibet, divise en plusieurs catégories les services funèbres : « ceux de première classe, avec le concours de chiens croque-morts ou au moyen du dépeçage par les vautours; ceux de seconde classe sous forme d'incinération; et enfin ceux de troisième classe ou noyade des corps ».

Auprès des grandes lamaseries du Thibet, il y a, attenant au couvent, une construction spéciale entourée de hauts murs en pierre. C'est là qu'on nourrit des chiens de la taille de ceux des Pyrénées, à la tête énorme, aux yeux sanguinolents, aux babines pendantes, aux poils longs et épais, à la démarche lourde et pesante, qui les fait ressembler plutôt à des ours. Ils rappellent les chiens sépulcraux auxquels les habitants des régions de la mer Caspienne livraient, dit-on, leurs morts...

Au Thibet, il faut disposer d'une somme considérable pour jouir du privilège d'être dévoré par ces chiens; mais les Thibétains dévots ne reculent pas devant la dépense, pour faciliter au défunt une transmigration rapide; car en quelques heures les cadavres sont dévorés, et les os broyés par les formidables mà-

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