‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 86 sur 323 · Houang-si (Chine), Miss, cath.; Lyon · texte numérisé non relu

Houang-si (Chine), Miss, cath.; Lyon

choires de ces molosses. S'il peste des morceaux de crâne ou de fémur, Les lamas gardiens des chiens pilent dans un fnortier de pierre ces fragments trop durs, et celle poussière d'os, mélangée à une bonne ration de thé beurré, termine le repas de ces animaux pourvoyeurs de la transmigration.

« A Lythang, écrit M81 Biet, nous visitâmes la lamaserie. Nous fûmes reçus avec politesse par de grands dignitaires qui nous offrirent le thé et le tsampa (farine d'orge grillée). On nous donna avis que si nous voulions voir un spectacle rare, dans deux jours on devait procéder aux obsèques du kembo ou supérieur de la lamaserie, mort le mois précédent; son corps devait être dépecé et livré aux vautours (autre mode funéraire de la première catégorie). Au jour indiqué, à 9 heures du matin environ, par un froid de 25 degrés au-dessous de zéro, l'immense procession se met en marche. Les lamas musiciens portent une vingtaine de conques marines, des clarinettes dont le son ressemble beaucoup à celui de la cornemuse des montagnards, des flûtes faites en ossements humains, une douzaine de tambours de basque, une grosse caisse, quatre ou cinq paires de cymbales, de grandes trompettes de 2 à 3 mètres de longueur, ayant un pavillon de 50 centimètres de diamètre. Il faut deux lamas pour faire manœuvrer ce dernier instrument. »

Dès que la musique se fait entendre, de gros corbeaux viennent planer au-dessus de la procession; bientôt aussi les vautours quittant leurs obserxatoires, arrivent de toutes parts, attirés par cette lugubre harmonie qui leur annonce un festin sanglant.

Après les musiciens, s'avance le brancard sur lequel est étendu le cadavre raidi : il est recouvert d'un drap rouge et porté par quatre lamas, dont les bras sont ornés de brassards faits de deux mâchoires humaines.

Derrière le catafalque, les grands dignitaires de la lamaserie ayant le titre de docteurs ou lamas, suivent à cheval, drapés dans leur grande écharpe rouge; puis vient en assez bon ordre la masse énorme des moines inférieurs coiffés d'un casque jaune, et marchant en ligne serrée, de vingt à trente de front sur les routes.

Arrivés au lieu désigné pour le dépeçage sacré, les lamas mettent pied à terre et se tiennent debout en demi -cercle, faisant escorte au nouveau kembo qui s'assied sur un fauteuil garni de peaux de panthères. Aux pieds du lama se trouve un mortier qui servira à broyer les os du défunt. La musique prend place en face des grands dignitaires, à 50 mètres environ. Le cadavre est debout devant le trône du kembo , soutenu par deux lamas; pendant que les religieux chantent des exorcismes et des imprécations avec accompagnement de musique, deux moines armés de couteaux coupent sur le cadavre des lambeaux de chair et les remettent au grand lama, qui à son tour les offre aux vautours planant au-dessus : ceux-ci viennent les prendre en voltigeant. Quand toute la chair est enlevée, les os sont désarticulés par des moines inférieurs et réduits en pâte sous le pilon ; ils sont mélangés avec des feuilles de thé beurrées et de la farine d'orge ou tsampa, mis en boulettes, et présentés au grand lama, pour être livrés également aux vautours. Lorsqu'il ne reste plus rien , on déclare alors que la transmigration est opérée.

La seconde classe de funérailles est la crémation. Dès que le malade a rendu le dernier soupir, on appelle un lama qui de suite consulte le sort, en vue de savoir combien de jours il faut attendre avant d'allumer le brasier.

Sans plus tarder, on apporte un panier en bambou ou en cuir de 1 mètre de haut sur 1 mètre de large, et on y place le cadavre accroupi, les genoux relevés à la hauteur de la poitrine, les bras pendants, la tête inclinée entre les genoux pour qu'on puisse fermer le panier; si la colonne vertébrale est trop rigide et gêne l'opération, une incision faite avec un couteau lui donnera la souplesse suffisante.

Ordinairement on enduit le corps d'une épaisse couche de beurre, pour accélérer la combustion. Si le jour où doit être dressé le bûcher est éloigné, on sale le cadavre dans un panier, et on emballe le tout dans une peau de yak détrempée que l'on coud avec soin, de façon qu'en séchant le cuir se resserre, et forme une clôture hermétique.

Au pied du monticule choisi pour l'incinération, les lamas se

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rangent du côté du vent et commencent une psalmodie lento et saccadée, accompagnée de leur Lugubre musique; le panier est placé sur le bûcher, et les parents ou serviteurs de la maison y mettent i<i feu, que l'on active de temps en temps, en y jetant des boules de beurre et du bois sec.

Enfin 1rs lamas constatent que les chairs sont consumées, et que la transmigration a dû avoir lieu dans de bonnes conditions.

Le menu peuple (et le plus grand nombre des Thibé tain s rentre dans cette catégorie emploie un moyen bien plus simple et moins coûteux pour faire disparaître les corps : c'est la noyade, lorsqu'un torrent, une rivière ou un fleuve se trouve à proximité. Après avoir libéré le cadavre des liens qui le maintenaient, on le précipite dans le courant, où il disparait bientôt grâce à la rapidité toujours très grande des rivières au Thibet, et les poissons se chargent de sa destruction.

Il est défendu de tuer les vautours et les corbeaux, parce qu'ils aident à la transmigration, en se repaissant de chair humaine; cette défense est rigoureusement observée, même par les soldats chinois : aussi vautours et corbeaux abondent-ils dans tout le Thibet.

Pour le même motif, il est également interdit d'aller à la pêche en certains endroits. Cependant comme les cadavres sont jetés à la même place, les poissons pullulent en ces parages, et les soldats chinois sont tentés de s'en procurer; ils n'ont pas de peine, parait-il, à en prendre en une heure autant qu'ils en peuvent vendre ou manger.

u Lorsque nous étions en résidence à Bathang, dit un missionnaire, ces rusés avaient noté nos jours maigres et notre temps de Carême; ils ne manquaient jamais de nous apporter du poisson de leur pêche en nous disant : « Pères, achetez mes poissons; ils sont gras, je vous assure, car ils n'ont jamais faim, tous les jours ils ont à manger. Ils sont très bons! achetez-en sans hésiter. »

Quand les rivières sont gelées, et que par suite la noyade est impraticable, les lamas portent, sur un brancard, la dépouille au champ des morts; c'est une plaine éloignée de 1 ou 2 kilomètres le toute habitation.

Là, on plante solidement un pieu en terre, on dépouille le corps de ses vêtements, on lui attache une corde au cou, et on le fixe au piquet, afin que les chiens puissent le manger sur place, et ne le ramènent point en ville, ce qui arrive quelquefois lorsque la corde n'étant pas assez forte, vient à se rompre.

Les lamas opérateurs soufflent ensuite avec force dans leur conque marine ; mis en éveil par ces sons stridents et profonds, les chiens sauvages, cachés dans les replis du terrain, arrivent de tous côtés au bruit du signal qu'ils connaissent; les vautours, qu'on ne voyait pas d'abord, planent dans les airs et descendent pour prendre aussi leur part du festin; les lamas s'éloignent alors en laissant la place à ces carnassiers.

Chez les Ba-hnars de la Cochinchine occidentale, à peine un père a-t-il trépassé, que sa famille fait entendre, sur un rythme déterminé, des plaintes accompagnées de coups de gongs et de tam-tam. On revêt le cadavre d'un beau langouti, d'un petit vêtement sans manches, et on lui orne la poitrine d'un grand nombre de colliers de perles. Pendant ce temps, on tue un buffle , un bœuf ou un porc , et l'on prépare des jarres de vin. Chaque membre de la famille, et tous les amis conviés prennent un morceau de viande, remplissent de vin un petit tube de bambou, puis introduisent la nourriture et le vin dans la bouche du défunt, en disant : « Tu es mort, je te donne à manger et à boire. — Tu vois que je t'aime. — Ne nous fais pas de mal. — Sois bon à notre égard, et fais-nous vivre longtemps. » On place auprès du mort une petite tasse de terre, quelques ustensiles, des perles, son sabre, son couteau qui sont ensuite enfermés avec le cadavre dans une seule et même natte enroulée et liée solidement. On dépose sur la tombe une marmite en terre, un teulôpe, sorte de gourde remplie d'eau, une pipe, une arbalète, et des flèches, dans une petite hotte appelée krouh.

Chaque soir, à partir du jour de l'enterrement, un des fils ou un proche parent vient pleurer sur le tombeau. Après s'être lamenté quelques instants il verse de l'eau dans la petite tasse, et allumant du feu à côté de la tombe, fume avec la pipe du défunt. Enfin, s'accroupissant près du ballot funèbre, et soufflant dans

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le fourneau de La pipe, il refoule par le tuyau la fumée, qui est censée parvenir jusqu'au mort.

Au commencement de tous les mois Lunaires a lieu la cérémonie du Giommpor, observée surtout par les bons fils. Dès le matin on se pend au cimetière, puis on dépose sur le tombeau une feuille de bananier contenant du riz, des gueuxongs (crevettes , de la viande de porc ou de poule... Un trou est pratiqué en terre, juste à L'endroit où repose la tète du défunt. Dans ce trou on verse du vin de millet ou de maïs que l'on suppose descendre dans la bouche du parent que l'on pleure.

Cette fête lugubre est observée mensuellement jusqu'au jour anniversaire du décès, nommé le Moute Kiek , ce qui signifie « l'entrée chez les morts ».

Quelquefois encore et par subrogation on offrira des sacrifices aux mânes paternels, par exemple, quand on voudra détourner un malheur imputé à leur colère vengeresse : telle est, par exemple, la pratique superstitieuse du Khàl que me ba, en usage surtout chez les llagou. En voici un exemple : Un sauvage achète, je suppose, un buffle ou un bœuf et veut le ramener dans son Village; mais il a beau tirer la corde, l'animal se refuse à avancer. Pourquoi cette résistance obstinée? se dira l'indigène : sans doute parce que les parents défunts réclament un sacrifice expiatoire, et ne veulent pas, par vengeance, laisser partir la bête tant que l'offrande ne leur sera pas offerte. Aussi le sauvage n'hésitera pas : il commencera par se procurer un bambou flexible qu'il fendra en quatre dans la plus grande partie de sa longueur. Cela fait, il plantera dans le sol l'extrémité non divisée et, recourbant avec symétrie les branches opposées, les enfoncera de manière à figurer un minuscule parasol ouvert : ainsi disposé, l'objet devient le médium de l'évocateur hagou. Au sommet de cet appareil primitif, il placera une gourde ébréchée contenant du vin de millet ou de maïs, deux petits tubes pour boire, et quelques morceaux de viande enfilés dans deux bâtonnets. De ces tubes et de ces deux bâtonnets, l'un est destiné à sa rrière , l'autre à sonpère;le tout est décoré de copeaux de bambou. Alors l'opérateur évoque les mânes de ses parents, en ayant soin de nommer d'abord la mère. Celte invocation comporte les détails

suivants : « L'acheteur de l'animal récalcitrant supplie ses parents d'avoir compassion de lui : 0 ma mère, ô mon père, ayez un peu pitié de moi!... Voyez mon embarras! J'ai acheté un buffle, il se refuse à me suivre parce que sans doute c'est vous qui le retenez. Ame de ma mère, âme de mon père, venez boire de ce vin et manger de cette viande que je vous apporte ! Laissezvous apaiser et commandez à mon buffle de me suivre... Une fois sa prière terminée, l'indigène hagou se retire, laissant là son offrande que les corbeaux se partageront; et si après cela, le buffle refuse encore et toujours de marcher, le pauvre homme finit quelquefois par l'abandonner, convaincu que les mânes du mort en courroux ne sauraient être apaisés et que l'animal est possédé par un esprit vengeur *. »

Aux termes du Code annamite, quiconque aura excité un enfant de sept ans à la rébellion contre ses parents, subira luimême la peine qu'encourrait le jeune coupable : il est juste, pense-t-on, que celui qui a été l'instigateur du mal, soit châtié, car en morale c'est lui qui a commis le méfait plus encore que l'enfant2.

Lorsqu'un condamné a ses parents dans l'indigence, il a toujours le droit de racheter sa liberté en se soumettant à la bastonnade; et le Code annamite ajoute (art. XVII) que le coupable adulte verra sa peine suspendue, quelque grave qu'elle soit, s'il justifie de la nécessité de sa présence au foyer « pour assister ses parents infirmes ou âgés d'au moins soixante-dix années révolues. »

Voilà des dispositions pleines de sagesse, et qu'il serait bon d'imiter, en partie du moins, dans nos lois.

D'après le Gode chinois, celui qui néglige d'assister ses parents vieux ou impotents encourt 80 coups de truong (bâton). S'il les abandonne, la loi permet que l'on s'empare de l'ingrat et qu'on l'oblige à revenir près d'eux, pour les nourrir et les soigner comme il convient.

Même pénalité est prévue si le fils d'un condamné à mort man-

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