Ann. propag. de la Foi
FÊTES RELIGIEUSES DKS ÎMXI'LKS NON l'IllIKTIKNS. 19
Pour bien accentuer l'idée que L'ancêtre principal assiste aux
charisties, celui-ci y est représenté par un enfant appelé chi
corps, image . qui se tient immobile pendant que le père1 lui
offre vin, fruits, viande ou bâtonnets. En cet instant solennel il passe pour être rempli de l'esprit de ses pères; aussi les assistants écoutent-ils avec attention les paroles qui peuvent sortir de la bouche de l'enfant, afin d'en tirer des présages pour ou contre les descendants. Cette pratique est déjà mentionnée par Confucius.
A propos des charisties faisons une observation d'ordre général.
Ce mot, appliqué aux festins religieux de l'Annam et de la Chine s'explique, en ce sens qu'il est tiré de charistia-, qui veut dire : repas de famille d'où les étrangers étaient exclus. En eilet, du 13 au 21 février, avaient lieu à Rome les fêtes des défunts3, qui se terminaient par des banquets, des charisties, réunions faisant partie aussi des « sungénicies » des Grecs. Toutefois, si l'appellation « charisties » est assez exacte dans le cas, encore faut-il se mettre en garde contre une habitude qui se répand de plus en plus chez les hagiographes actuels, et qui consiste à transporter dans l'histoire des religions non chrétiennes, tantôt des appellations bibliques, tantôt des expressions de la liturgie catholique : ce qui est de nature à susciter des rapprochements d'idées aussi déplacés au point de vue religieux, qu'antiscientifiques, le mot éveillant des rapports de similitude, là où il n'y a qu'une analogie des plus éloignées.
Certes, on aurait pu se contenter de désigner ces réunions chinoises par le mot connu et ordinaire de « Hepas de famille », mais l'expression charistie a paru plus originale.
Poussant plus loin l'assimilation, un auteur qui veut surenchérir à son tour, parle dans une publication récente « des banquets eucharistiques grecs » ; et il insiste beaucoup sur ce que les convives y absorbaient le pain et le vin...
Ici, la préoccupation hostile apparaît, car il n'est pas un seul
1. Le chef de famille s'appelle truong-toc chez les Annamites, et l-ia-tchang chez le3 Chinois.
2. Ou cara cognatio, Cicér., De offic, I, 17, 19. — Ovide, Fast., II, G17. — Martial,