D'après M. Mau, cité par M. de Quatrefagea
la croyance populaire, en correspondance avec l'Océan par les régions infernales, est censé conduire les morts dans leur dernière demeure.
L'Hindou, docile aux conseils des Védas, a recours aussi au bûcher pour brûler ses morts, surtout quand ils appartiennent à la caste guerrière; mais tantôt selon telle secte, les cendres doivent en définitive être jetées dans un fleuve, « l'eau succédant au feu » ; tantôt le cadavre est d'abord mis en terre pour éviter les carnassiers, puis les os dénudés sont recueillis dans un vase d'argile; et portés vers la rive la plus voisine. De plus, là comme ailleurs, le culte ancestral a fondé des fêtes périodiques, entre autres les banquets annuels que les Karens des montagnes de l'Inde offrent à leurs aïeux.
Déjà dans l'Inde aryenne une solidarité intime unissait les vivants et les défunts, dont l'Esprit demeurait près de sa descendance pour la protéger si, fidèle à sa mémoire, on lui procurait le repas des morts, le sraddah, dont l'âme était censée se repaître délicieusement. Ainsi le veut la loi ; et Manou donne le détail de la composition de ce mets funèbre : « Que le chef de la maison fasse avec du riz, du lait, des racines et des fruits le sraddah, afin d'attirer sur lui la bienveillance des mânes »; mais se dispense- t-on de s'occuper des défunts? leur ombre délaissée « enverra des sorts pour châtier les survivants. »
Les funérailles indiennes sont toujours solennelles, et quand il s'agit d'un ascendant il existe des cérémonies de subrogation appelées « cràddhas1 ».
Une fois la crémation terminée, il importe, pour le fils pieux, « de délivrer l'âme paternelle réputée errante2 ». Pour cela, pendant dix jours consécutifs, on lui offre des gâteaux qui la nourrissent et lui donnent la force « de faire le voyage des cieux ». Le onzième jour commencent des rites spéciaux (cràddhas ou pitri-yadjnas). Ce sont des offrandes funéraires de riz, de farine, de gazon sacré et des récitations d'hymnes ou mantras renouvelées plusieurs jours de suite en plein air, en vue « de hà-
1. Religious thought and life in India, Monier William, professeur de sanscrit à l'Université d'Oxford. — Barthélémy Saint-Hilaire, Journal des Savants, 1885.