‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 2)Chapitre 98 sur 323 · Le R. P. Rémont · texte numérisé non relu

Le R. P. Rémont

« On oint le mort avec du beurre ou de la graisse, afin de conserver aux membres leur souplesse; on dispose ensuite avec soin s;i chevelure, et on lui met m>s plus beaux habits. Après lui

avoir Ouvert les yeux, ou l'assied sur sou séant, et une personne se lient derrière pour maintenir la tète droite. Alors les parents et amis entrent dans la case, et, s'adressant au défunt, lui posenl toutes sortes de questions comme celle-ci : « Pourquoi k as-tu voulu mourir?... Est-ce que nous ne t'aimions point?... u Est-ce que tes femmes ne préparaient pas bien ton couscous?...

I st-ce qu'elles ne pilaient pas bien ton riz? etc. » Pour suppléer aux réponses du défunt, la personne qui soutient le cadavre lui fait faire des inclinaisons de tête et des mouvements de mains, comme si elle était vivante!... Cette singulière audience étant terminée, on enlève les ornements du mort pour le ficeler dans une natte et le porter en terre. Quatre hommes le déposent sur une civière. Si c'est le père de famille qu'on enterre, la frêle toiture de la case est enlevée par des porteurs, et maintenue, comme une sorte de dais, au-dessus du corps, pendant le trajet du village au cimetière. Durant le convoi, de jeunes hommes du cortège tirent force coups de fusils. Après l'inhumation la toiture sert à recouvrir la tombe, et ce sera sous ce même abri que viendront « reposer » plus tard à leur tour les autres membres de la famille. »

Les modes funéraires du Gabon, écrit de son côté le R. P. Tristant, missionnaire chez les Adoumas, ont un vrai cachet d'originalité. Quelqu'un vient-il à tomber gravement malade, on fait fétiche : c'est la manière de prier pour lui et de conjurer le courroux du Grand-Esprit. Si, ces prières faites, le malade ne va pas mieux, les parents se réunissent près de son lit, et c'est à qui criera le plus fort, et harcèlera le moribond avec le plus d'ardeur, le tirant tantôt par les bras, tantôt par les jambes.

Armé d'un fusil, un membre de la famille se tient à la porte de la case, pour tirer un coup de l'eu, aussitôt que le malade aura rendu l'a me, « et effrayer ainsi les mauvais esprits ».

M. L. Walcke, qui a exploré les rives du Congo pendant cinq ans, relate ce qui suit à propos des Basoundes dans le Congo. « L'acte dans lequel se révèle surtout leur caractère, est celui

dis funérailles. Voilà un noir qui pendant toute son existence ne se vêt que de lambeaux informes; et cependant constamment il achète des tissus de toute espèce. Qu'en fait-il? Eh bien, il les garde en vue d'être enterré dignement; il « se fait beau » pour l'autre vie... Un de ses parents meurt-il? il le met dans une position assise, à la turque, les jambes repliées sous le corps, et quand on l'a peint en rouge pour lui donner une belle teinte cuivrée, on l'enveloppe dans des linceuls de choix. Le problème consiste à faire d'un homme dans la position que je viens de décrire un ballot cylindrique. Pour cela on glisse entre les bandes d'étoffe un peu de feuilles sèches; on roule le paquet dans la plus belle pièce qu'on a gardée dans ce but, et en grand triomphe on le promène par tout le village et les villages environnants, car c'est un honneur d'être enterré avec beaucoup d'étoffes. Plus le paquet est volumineux, plus le chef parait avoir été puissant, et ce sentiment est poussé si loin, que les amis donnent des tissus variés en vue de grossir le ballot funèbre, comme ailleurs on offre des couronnes ou des fleurs. »

Suivant Cavazzi, les nègres du Congo croient fermement que l'homme quitte en mourant une existence misérable, pour entrer sûrement dans une autre vie remplie de félicités et de plaisirs.

Cette opinion explique peut-être les mauvais traitements qu'ils infligent à leurs parents malades pour hâter leur mort. Le voyageur italien raconte avoir vu, lui aussi, plus d'une fois les parents d'un nègre à l'agonie « lui tirer le nez et les oreilles de toutes leurs forces, lui donner des coups de poing sur le visage, lui secouer les bras efcjes jambes avec violence et lui fermer la bouche pour l'étouffer plus promptement. D'autres le prenaient par la tête et par les pieds et le laissaient retomber à terre ; d'autres encore, se mettant à genoux sur sa poitrine, la foulaient de manière à la rompre! » Ces malheureux, nous l'avons déjà dit, s'imaginent devoir agir ainsi par une singulière compassion, afin de libérer plus promptement le mourant des douleurs suprêmes. Du moins, telle est bien l'opinion de l'auteur précité.

Pour cette même raison, dans quelques peuplades de l'Ame-

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rique du Nord ' on enterre \ ivants, assure-t-on, ses vieux parents, eu encore on les abandonne dans des solitudes.

Ce n'est pas tout 1 de graves auteurs ont soutenu que certains sauvages, par une aberration étrange, tuaient et mangeaient leurs vieux parents.,, Que peut-il \ avoir de vrai dans une pareille affirmation?

Faisant la part d'une exagération probable, on peut admettre toutefois qu'il y a quelque chose de fondé dans ce qui, à cet 1. est rapporté des Massagètes, des Callatiens de l'Inde an- Itique, des anciennes tribus du Caucase et aussi des Derbices.

Quand nous étudierons le cannibalisme, nous verrons en effet qu'une conviction des plus répandues chez Jes non-civilisés, est que F âme du mort passe dans le corps de celui gui en mange, fût-ce un seul morceau. De même encore, disent-ils, on s'approprie telles ou telles qualités d'un être, en en dévorant certaines parties spéciales : main, oreille, cœur, ou cervelle...

Il y a là, ce semble, le principe d'une explication acceptable, si l'on tient pour constantes ces horribles pratiques, que serait tenté de nier, àpriori. quiconque ne connaîtrait point la métaphysique extravagante professée par les peuples sauvages.

Faut-il rappeler ce que les historiens rapportent des indigènes du Venezuela qui pilaient les corps desséchés jusqu'à ce qu'ils fussent réduits en poudre, et ingurgitaient peu à peu cette poussière paternelle mêlée à leur boisson...? Il y a peu d'années encore, à Cayenne, les habitants voisins d'un respectable défunt, enterré au milieu du carbet où il avait vécu, déterraient ses os, les brûlaient « et en gardaient la cendre pour l'absorber en des jours de fête2 ».

D'après Mindana et d'autres auteurs, les insulaires des îles Maria unes avalaient dans du vin de coco des ossements humains réduits en poudre, et mangeaient aussi des cervelles!

On raconte que les Essedons, ancien peuple de la Sarmatie3, découpaient en forme de coupe le crâne de leur père, pour s'en Bervir ensuite dans leurs repas, et que les Samoyèdes portaient

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