Fat a, fée
3. Le mot fétiche, qui a fait fortune, a été employé pour la première fois, en 1760 par le président de Brosses, dans un livre spécial que nous avons sous les yeux.
CULTE DES ESPRITS l M 8 CIVILISÉS 11
bouddhisme indien n'est qu'une spéculation de philosophes; el L'islamisme, une pure doctrine politique disséminée dans les 1666 versets du Coran...? En dénaturant ainsi le sens ordinaire des vocables admis, on en arriverait, par une ingéniosité quintessenciée, à nier toute religion quelconque dans le monde;
Non ! si grossier soit-il, le fétichisme croit au surhumain, bon ou mauvais. 11 a sa foi, ses rites, ses fêtes, ses offrandes, ses sacrifices. An sens philosophique, c'est bien là une religion; et an regard de L'ethnographie, c'est même la religion de la majeure partie des terres africaines et des iles de L'Océanie.
Si M. Broca et d'autres après lui, écrit M. Réville, ont conclu à l'athéisme en pareil cas : « c'est qu'ils n'ont pas trouvé, chez les peuples par eux observés, un culte organisé, des dogmes, des idées métaphysiques correspondant à un développement intellectuel déjà avancé. Mais un culte peut être très puéril, très niais, pour nous: ne briller ni par la poésie, ni par l'éclat des cérémonies : pourtant, il y a là une religion, et le préjugé seul pourrait lui contester ce nom1. »
Les objets fétiches, amulettes ou grigris des Africains sont des plus variés : cailloux blancs, coquillages nacrés, graines, perles, morceaux de bois, de métal, de faïence ou d'ivoire, plumes, cornes d'animaux, griffes de fauves, soies de porcs, têtes de serpents; ou encore comme chez les Achantis, des queues de vaches insérées dans une poignée de cuir... Tantôt les grigris sont suspendus à la hutte, tantôt portés sur la personne môme : par exemple, une crête-de-coq dans un sachet est un porte-bonheur des plus estimés.
Le règne animal fournit quantité de fétiches : caïmans, blaireaux, chats, renards... Au Dahomey notamment, on vénère le léopard et les serpents : dans la ville de Weida on voit un temple qui en contient plus de mille.
Le fétichiste établit si bien une distinction entre l'Esprit et ce qui lui sert de résidence, écrit le U. P. Baudin missionnaire. que dans Les premières années de mon séjour à la Côte des Esclaves, notre voisin le Grand Féticheur-de-la-Foudre étant mort, on retira de sa case tous ses fétiches comme autant d'objets dé-
sormais inutiles. Je demandai aux Noirs pourquoi ils les méprisaient ainsi : ils m'affirmèrent que les dieux n'y riaient plus, parce qu'ils s'en étaient allés avec leur serviteur défunt... Le fétichisme n'est donc qu'un spiritualisme dégradé. A leurs yeux, les féticheurs possèdent l'art et le pouvoir d'unir les dieux et les génies à des objets; et ces objets, une fois désignés par des cérémonies religieuses, deviennent comme autant de corps, animés par les dieux ou les esprits l. »
De ce témoignage si autorisé et si catégorique, il résulte que le fétichiste n'adore pas à proprement parler l'objet corporel, V élément matériel, mais que son culte s'adresse à la déité infuse.
Voilà pourquoi, quand un fétiche est déclassé, discrédité, on n'hésite pas à l'enterrer, à le briser, ou à le livrer au feu, car ce n'est plus qu'un morceau de matière quelconque.
Comme l'objet fétiche, le corps humain est la demeure d'Esprits individuels. Rien déplus fréquent, que de voir de pauvres nègres persuadés que tel ou tel membre de leur famille est revenu sur la terre, en vertu de la métempsycose, pour animer le corps d'un parent ou d'un allié qui vient de naître.
« Les Noirs croient que, revenant en ce monde, les morts naissent de nouveau. J'ai vu un enfant que sa mère n'osait pas frapper; elle se soumettait même à tous ses caprices, car le léticheur avait déclaré que le nouveau-né était l'aïeul de la mère. Ainsi le baby était son propre grand-père! A Whydah, on jeta dans la lagune un petit prince qui, étant né avec des dents, fut considéré par les féticheurs comme devant être, à n'en pas douter, Je père, ressuscité, du roi actuel. Celui-ci, craignant d'être détrôné, força son très jeune père à retourner chez les morts, et immola l'enfant. »
« Un jour, dans le temps que j'habitais Porto-Novo, on parla d'un nago, mort à la guerre, et qui venait, disait-on, de renaître à nouveau. L'enfant portait au front une marque accidentelle, qui fut déclarée provenir de la balle qui avait tué son père : la mère affirmait que c'était bien son mari défunt qui réapparaissait au logis en la personne de son fils 2. »