‹ Histoire des croyances, superstitions, m¶urs, usages et coutumes (seon le plan du dâecalogue) (volume 3)Chapitre 129 sur 285 · Loc. cit., M. Martigny · texte numérisé non relu

Loc. cit., M. Martigny

qu'il se manifeste au monde par ses œuvres, la main était L'emblème natuivl de sa puissance1.

En réalité, l'idée des stoïciens ei des anthropomorphistes 2 de

toute date, qui se figuraient un Dieu corporel, étail jugée par les Pères très dangereuse pour le peuple, naturellement porté «à matérialiser tout, et à se faire « un dieu de chair et d'os » ; aussi n'est-ce qu'au boul de plusieurs siècles que les pasteurs permirent aux artistes de figurer Dieu par un solennel vieillard, assis sur un siège et enveloppé de nuées mystérieuses.

On serait porté à croire que, dans la ferveur de leur foi, les chrétiens des premiers âges devaient multiplier partout l'image du Crucifix, qu'ils traçaient si volontiers sur leur personne.

Or, il n'en est pas ainsi. D'abord, l'idée d'un Dieu humilié, meurtri, immolé, ne pouvait pas facilement conquérir les sympathies des païens, adorateurs de divinités orgueilleuses, égoïstes et sensuelles. De plus, publier ce signe, c'eût été provoquer les assauts de la gentilité avant que la foi eût jeté des racines assez profondes. Enfin la croix, objet d'opprobre, en tant que gibet criminel, ne lut abolie, comme supplice, qu'à l'époque de Constantin seulement.

« Ne pouvant donc, à cause de l'hostilité qui l'environnait, présenter ouvertement aux yeux de ses enfants l'image de son Dieu, l'Église des catacombes eut recours à l'allégorie : elle se plut à leur offrir d'abord le signe du poisson mystique; puis celui de Y agneau, l'un des plus anciens et des plus clairs symboles du Sauveur3. »

Avec le temps, l'emblème devint encore plus intelligible : l'agneau eut l'épaule chargée d'une petite croix hastée4; ensuite il fut couché sur un autel au pied d'une croix; puis on lui dessina au tlanc une blessure, d'où le sang s'écoulait. Enfin, il fut peint ou sculpté par les artistes sur la croix même, à l'endroit où fut figurée bientôt l'enveloppe humaine du Hédempteur.

Telles sont les phases successives de Y histoire du Crucifix.

r.thropomorphisme, doctrine de ceux qui s'imaginent Dieu ayant la forme humaine. 3. Dict. de» ant.

•1. Qui a la forme d'un fer de Lance; de hasta, lance.

Ce n'est guère que vers le ive siècle que la Croix, victorieuse du paganisme, apparut au fronton des monuments publics.

Consacrons quelques lignes à préciser l'hiéroglyphe du « poisson », dont nous venons de parler.

Il est certain que, chez les premiers chrétiens, l'emblème du poisson îui entouré d'une vénération particulière. En le trouvant peint sur les fresques, sculpté sur les portes des temples, reproduit sur les tombeaux des martyrs, gravé sur des bagues servant de sceau et d'ornement, divers auteurs ont voulu voir là une sorte de fétichisme ou même une aberration.

Rien n'est plus inexact, car, ainsi que nous venons de le voir, c'est par suite de l'obligation où ils se trouvaient de se cacher, sous peine de perdre leur liberté, leur vie même, que les premiers fidèles du Christ se préoccupèrent d'avoir un signe de ralliement, suffisamment déguisé pour n'être pas découvert, et cependant formel et certain pour éviter de dangereuses méprises.

Or, il se trouva que le mot grec iklhus, décomposé lettre par lettre , fournissait les initiales d'un extraordinaire acrostiche , étant rappelé toutefois que FI et le J sont pris comme équivalents.

Si l'on regarde, en effet, les lettres initiales des mots grecs suivants :

ïésoûs Kristôs1 THeoû Uios Sotér (en français : Jésus-Christ, fils de Dieu, Sauveur), on trouve le mot ikthus, qui veut dire précisément poisson2.

Comment et par qui cette ingénieuse énigme fut-elle découverte?

Il serait difficile de le dire ; mais, pendant plus de trois cents ans, elle servit de devise aux néophytes qui s'étaient purifiés à la « piscine baptismale ».

Quoi qu'il en soit, la trouvaille, peut-être fortuite, de cette combinaison de lettres , qui désignait le Christ d'une façon claire

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