Plus exactement Christos
2. Faisons ici un rapprochement : L'inscription I. N. R. I. placée au sommet de la croix, et qui signifie : (( Jésus, Nazaréen, Roi des Juifs », a été parodiée dans la Franc- Maçonnerie par la traduction suivante : Igné Natura Renovatur Integra (La nature tout entière se régénère par le feu) (?).
et discrète, parut être comme une sorte de révélation de Celui qui avait rempli les filets de Pierre, multiplié Les poissons au désert, et commandé à ses apôtres d'être désormais des c< pêcheurs d'hommes ». De là vint la faveur enthousiaste qu'elle rencontra parmi les chrétiens.
On comprend, par ce < j ni précède, le sens de ce signe, qui n'était qu'un heureux symbole : rien déplus1.
Cette étymologie est si bien historique, qu'à la fin du nc siècle, ^aint Clément d'Alexandrie recommandait aux iidèles de [dire graver sur leur sceau r image du Poisson.
L'usage était même, à cette époque, de donner aux chrétiens le nom de ces animaux, selon le témoignage de Tertullien :
On nous appelle petits poissons , pisciculi , dit-il, à raison du divin Poisson, Jésus-Christ. » Et, poursuivant la comparaison, il ajoute que ces petits poissons prennent naissance « dans l'eau du baptême ».
Le dessin de la colombe se retrouve aussi très fréquemment chez les premiers chrétiens : messagère de paix lors du déluge, elle devint le symbole de l'Esprit-Saint, que l'on voit dans tous les baptistères... Les premiers ciboires affectèrent même la forme d'une colombe d'or ou d'argent, et pendant de longs siècles, les hosties consacrées destinées au viatique, furent conservées dans ces sortes de vases : columbœ.
Plus tard sur les chapiteaux ou les bas-reliefs des vieux monastères, dans les peintures des cryptes ou les mosaïques des tombeaux, on remarque maintes figures animales; mais il ne faut voir, là encore, que les conventions du langage symbolique, parlant aux yeux de tous, surtout de ceux qui ne savaient point lire.
Partout et toujours, en effet, Fépée, la cuirasse, la balance, voudront dire : combat, défense . justice. De même, dans la Langue hiératique, ou artistique, le lièvre, le cerf, signifient activité et zèle; le sphinx, mystère; le mouton, douceur; le lion, force et courage.
Mais les chrétiens, est-il besoin de le dire? n'avaient pas plus
1. Dans les Catacombes de Rome, on voit le poisson symbolique, écrit en lettres, ou gravé au trait, sur les monuments funéraires des premiers âges.
de culte pour ces animaux que pour les roses des clefs de voûte, les trèfles des chapiteaux ou les pommes de pin des archivoltes.
Puisque les Romains toléraient dans leurs villes les adorateurs d'Osiris, de Mithra et de la bonne Déesse, comment donc expliquer leur acharnement implacable contre la religion de douceur, de charité et de pardon dont la Galilée émerveillée avait entendu les échos? pourquoi ces tortures, ces jeux odieux du cirque, ces flots de sang répandus, pour terrifier ceux qu'attirait la parole de Jésus?
Voici le motif de cette exception et de cette contradiction :
Les sectateurs des cultes de l'Orient ne répugnaient point trop à reconnaître les dieux romains et à les placer à côté de ceux qu'ils vénéraient : au besoin, ils brûlaient l'encens sur les autels des empereurs déifiés.
Les chrétiens , au contraire , professaient la foi en un Dieu unique, exclusif, n'admettant aucun partage.
Or, d'après la croyance des cités romaines, la Fortune de Rome dépendait de la sauvegarde des dieux indigènes : renverser la religion nationale était un crime d'ordre politique. Aussi voyait-on dans tout partisan du Christ un rebelle, un ennemi des institutions et du culte officiel.
N'admettant aussi qu'un seul Dieu, Jéhovah, la religion juive aurait dû, ce semble, susciter les mêmes inimitiés que le Christianisme. Pourquoi donc le judaïsme ne provoquait-il point également des hostilités?
M. P. Allard en donne une judicieuse raison : les Juifs formaient une race à part, gardant la ferme volonté de ne point se confondre avec d'autres peuples; tandis que les chrétiens aspiraient à diffuser leur foi, sans distinction de nationalité : « On se faisait chrétien, sans cesser d'être romain. Etonnant contraste! L'aigle impériale qui se posait insouciante au sommet des synagogues, s'enfuyait avec effarement à la vue de la croix, apparaissant comme une épée invincible et gigantesque ; et l'audacieux Romain, vainqueur universel, avait peur de ces apôtres extraordinaires, qui venaient prêcher la paix, la concorde et l'amour du prochain. »
On verra comment se comportaient les gouverneurs romains à
l'égard des adorateurs de Jésus, en se référanl à une lettre de Pline le Jeune1 à L'empereur Trajan, lettre dans laquelle Pline, alors gouverneur en Asie, raconte, confidentiellement, comment il procédait avec les chrétiens :
« Jusqu'ici, quand on m'a dénoncé des gens comme fidèles du Christ, je Les ai interrogés sur leur foi. S'ils avouaient, je leur renouvelais ma question, nue seconde et une troisième fois, en Les avertissant qu'ils encouraient la mort. Et quand ils persistaient, je les faisais exécuter. »
Puis le gouverneur rapporte comment il agissait, pour vérifier si, oui ou non, la réponse était sincère.
L'accusé niait-il être disciple du Christ?... Pline récitait une prière païenne et prétendait la faire répéter mot à mot. Ou bien, il proposait d'offrir le vin et Y 'encens devant la statue d'une idole apportée exprès, en vue de cette épreuve.
Enfin, s'il lui restait un doute sur les convictions, il demandait aux suspects de proférer des insultes contre le Christ2, « toutes choses, ajoute-t-il, auxquelles on ne peut contraindre le vrai chrétien ».
Dans la fin de la lettre du gouverneur se trouve un témoignage précieux à recueillir.
Pline raconte à Trajan que, pour savoir l'absolue vérité sur la morale de ceux qu'on signalait ainsi à ses vengeances, il avait cru nécessaire de mettre à la torture des chrétiennes, des diaconesses; et que, par là, il avait eu la preuve que, loin d'être des criminels, « les chrétiens s'engageaient par serment à ne commettre ni vol, ni meurtre, ni infidélité, ni mensonge ».
A travers ces lignes perce un sentiment favorable aux persécutés; et il fallait un certain courage pour oser écrire à César que ces prétendus révolutionnaires, voués à la mort comme ennemis des dieux de la nation, n'étaient coupables que « de superstitions et non point de crimes3 ».
Les fonctionnaires romains et les magistrats imaginèrent de
1 . Ep. X. Pline était gouverneur de la province de Bithynie.